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Bangladesh : la religion envenime la politique, les manifestations contre les crimes de guerre se poursuivent

Tous les liens renvoient à des pages en anglais, sauf mention contraire.

The protesting crowd's demand We want capital punishment

La revendication des manifestants : “Nous voulons la peine capitale”. Photo par Arif Hossain Sayeed, utilisée avec sa permission.

Depuis le début du mois de février, des centaines de milliers de Bangladais occupent la place principale de Shahbag, au coeur de Dhaka, réclamant la peine capitale pour des crimes de guerre commis lors de sa guerre d'Indépendance contre le Pakistan en 1971. Mais ce qui avait commencé comme un mouvement populaire pacifique semble se transformer dans le sentiment populaire en un mouvement anti-Islam.

Alors que ce moment était en gestation depuis des décennies, l'explosion actuelle de l'activisme citoyen a un caractère de nouveauté et de jeunesse, empreint d'optimisme. La vitalité et l'importance du mouvement ont surpris et émerveillé. Shimul Bashar [bn], journaliste d'une chaîne privée de télévision, a écrit au sujet des manifestations #Shahbag sur Facebook :

আমি আবার বলছি, শাহবাগের এইসব দিন ইতিহাস হবে। জীবনে এর চেয়ে বড় পাওয়া আমার নেই। মা, আমার চোখে ঘুম আসেনা। আমি শাহবাগের কথা ভাবি। আমার তার মুখ মনে পড়ে।

Je le répète encore, ces jours de Shahbag feront l'Histoire. Je n'ai rien reçu de plus important dans ma vie. Mère, je n'ai plus sommeil. Je pense toujours à Shahbag. Je me souviens des visages.

Un mouvement initié par les blogueurs

Shahbag protest in Dhaka, Bangladesh

Les manifestations de Shahbag à Dhaka, au Bangladesh, le 21e jour. Photo par Zakir Hossain Chowdhury © Copyright Demotix ( 26 février 2013)

Tout a commencé quand les blogueurs et activistes en ligne (dont l'acronyme anglais est désormais BOAN, lien en bangla) ont appelé à occuper la place de Shahbag le 5 février et réclamé la peine capitale contre le secrétaire général adjoint du parti islamiste Jamaat-e-Islami, Abdul Quader Mollah, quelques heures seulement après sa condamnation à l'emprisonnement à perpétuité par le Tribunal Pénal International de Bangladesh (ICT) sur les charges de 344 accusations de meurtres, viols et torture commis en 1971.

Depuis, la demande pour la peine capitale a été étendue à tous les criminels de guerre actuellement jugés et les manifestations se sont propagées dans tout le pays, au nom de la justice pour un nombre estimé de 3 millions de victimes et de 250 000 femmes violées pendant la guerre de l'Indépendance. Les milices locales politiques et islamistes qui s'opposaient à la séparation entre le Bangladesh et le Pakistan ont participé au massacre, en ciblant notamment la communauté hindoue. Et comme Mollah, un certain nombre de criminels de guerre inculpés ont détenu des responsabilités publiques et vécu en toute impunité jusqu'en 2010, lorsque les procédures contre eux ont commencé au Tribunal Pénal.

Une lutte pour l'opinion publique

Islamists protest in Bangladesh over 'Blasphemous Blogs'.

Des islamistes qui manifestent au Bangladesh contre les “blogs blasphématoires”. Photo par Zakir Hossain Chowdhury. Copyright © Demotix (22 février 2013)

La bataille principale pour les détracteurs des manifestations de Shahbag est maintenant celle de l'opinion publique. Dans une société où les tensions inter-religieuses sont toujours brûlantes, cela peut avoir des conséquences dramatiques. Au Bangladesh, 89% de la population est musulmane et nombreux sont ceux qui sont facilement distraits par des accusations d'athéisme.

Les partisans de Jamaat-e-Islami ont distribué des tracts dans tout le pays décrivant les blogueurs à l'origine des manifestations de Shahbag comme coupables de “blasphèmes”, et ont même demandé la “peine de mort contre les blogueurs athées“. Au moins trois journaux de l'opposition ont soutenu ces demandes et publié des incitations à sévir contre les manifestants de Shahbag et certains blogueurs.

Ahmed Rajib Haider, un blogueur qui était à l'avant poste des manifestations de Shahbag, a été assassiné hors de son domicile à Dhaka, le 15 février. Depuis des années, il écrivait sur les criminels de guerre et sur le fondamentalisme islamiste au Bangladesh sous le pseudonyme de Thaba Baba (Captain Claw, Capitaine Griffe) [bn].

Le blogueur Hasib a écrit :

খুন করার জন্য থাবাবাবাকে বেছে নেবার কারণ পরিষ্কার। থাবাবাবা ধর্মবিশ্বাসের নাস্তিক ছিলেন এবং সেটা তিনি উচ্চস্বরে জানানও দিতেন। জামাতের উদ্দেশ্য এখানে এই ধর্মবিশ্বাসকে আশ্রয় করে একটা বিভক্তি টানা। তারা এই বিভক্তি তৈরী করতে সফল।

Il est clair pourquoi Thaba Baba a été ciblé pour être assassiné. Thaba Baba se disait publiquement athée et il le disait même à haute voix. L'objectif principal du Jamaat (parti islamiste) est de diviser en utilisant la religion. Et ils ont réussi.

Le blogueur Nir Shandhani a raconté le chaos qui a suivi le meurtre de Rajib, quand un blog monté de toutes pièces et rempli de blasphèmes a été largement diffusé en l'attribuant au blogueur, alors qu'il avait été créé après sa mort. Les textes du blog avaient été téléchargés, imprimés et distribués pour inciter à la haine contre les blogueurs de Shahbag. Le Jamaat-e-Islami et ses alliés avaient organisé des manifestations dans tout le pays le 22 février contre les “blogueurs athées”, pendant lesquelles quatre personnes sont décédées lors des affrontements avec la police.

Pendant ce temps, le gouvernement du Bangladesh est, sans en faire état, en faveur des manifestations de Shahbag, le Jamaat-e-Islami étant un opposant politique qui souhaite établir la loi islamique.

Alors que les manifestations deviennent de plus en plus importantes, les jeunes voient leur résolution mise à l'épreuve par des demandes et des menaces contradictoires. Et les citoyens du Bangladesh qui connaissent moins bien Internet et qui ne savent pas ce qu'est un blog sont sûrement arrivés à la conclusion aujourd'hui qu'il s'agit d'un mouvement anti-islamique.

Le 28 février, le dirigeant du Jamaat-e-Islami Delwar Hossain Sayed, a été condamné à mort, une décision qui a provoqué la liesse sur la place Shahbag, ainsi que des affrontements sanglants entre islamistes et policiers à Dhaka et dans d'autres villes du pays. Le Jamaat-e-Islami a annoncé qu'ils répondraient pas un blocage général du Bangladesh de 48 heures à compter du dimanche 3 mars.

Cet article a été écrit avec la contribution des auteurs du Global Voices Bangladesh

ISN logoCet article et ses traductions en espagnol, arabe et français ont été commandés par International Security Network (ISN) dans le cadre d'un partenariat visant à donner le point de vue des citoyens sur les relations internationales et la sécurité dans le monde entier. Cet article a d'abord été publié sur le blog de l’ISN, vous pouvez lire d'autres articles ici.

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