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Les causes de la crise actuelle en République Centrafricaine

Catégories: Afrique Sub-Saharienne, France, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Ouganda, République Centrafricaine, Tchad, Dernière Heure, Guerre/Conflit, Histoire, Politique, Relations internationales

[Mise à jour: Il semble que le président Bozizé aurait quitté le palais présidentiel.]

Alors que les rebelles de la coalition Séléka [1] annoncent ce samedi leur entrée dans la capitale Bangui, essayons de comprendre pourquoi l’échec des accords de Libreville était prévisible [2].

Les accords de paix de Libreville signés en 2008 stipulaient que l'opposition signataire devait participer au nouveau gouvernement.

Les rebelles reprenaient cependant les armes en 2012 et prennent le contrôle de plusieurs villes. Le président François Hollande a refusé de fournir l’aide de l’armée française que sollicitait François Bozizé pour stopper les rebelles de Séléka en décembre dernier et lui répondra que le temps de ce genre d’aide était désormais « terminé »,  ce qui obligea le président Centrafricain à signer les accords de Libreville [3] qui lui imposent cette fois un premier ministre issu des rangs de l’opposition. Ce nouveau gouvernement avait peu de chances de réussir [3]pour plusieurs raisons : une de ces raisons est la multitude de postes ministériels créés pour contrecarrer le pouvoir effectif du premier ministre; une autre raison est que le reste des accords de Libreville n'a pas été respecté.

Depuis la signature de cet accord, l’armée tchadienne qui soutient François Bozizé est au Mali [4]une rébellion voudrait reprendre la lutte armée contre Idriss Déby [5] [qui est lui-même parvenu à la tête de son pays par une rébellion].

Il y a quelques jours, le 16 mars, l'opposant Jean-Jacques  Demafouth [6] a été expulsé du Tchad [7] ou il s’était réfugié, vers la Centrafrique [8].

C’est dans ce contexte que la Séléka a soumis une liste de onze revendications au président Bozizé [9] tout en reprenant plusieurs villes. Elle annonce ce samedi son entrée dans la capitale Bangui.

Le gouvernement français demande une réunion d’urgence à l’ONU [10].

Rebelles en République centrafricaine via wikipedia CC-BY-2.0 [11]

Rebelles en République centrafricaine via wikipedia CC-BY-2.0

Sur son blog Francis Laloupou nous apprend dans Centrafrique, Etat zéro [12] :

Le premier président centrafricain, Barthélémy Boganda [13], disparu en 1959, quelques mois après son élection … avait dans un élan visionnaire … imaginé une parade aux prévisibles errements de son pays en militant, en vain, pour la création d’un Etat unique d’Afrique centrale comprenant la Centrafrique, le Cameroun, le Congo et le Gabon.

Il déplore notamment une histoire de lutte de pouvoir entre leaders incompétents :

… la Centrafrique aura mis en scène, aux yeux du monde, le spectacle de son inexorable déchéance. Une effarante descente aux abîmes, orchestrée par des régimes aussi indigents que caricaturaux. … Bokassa [14] autoproclamé empereur avec la bienveillance de son compagnon de chasse Valéry Giscard d’Estaing [15], avant d’être renversé en 1979 par ce dernier … Afin d’éviter toute vacance du pouvoir, l’Elysée avait pris soin d’aménager une place au sieur David Dacko [16] dans l’un des aéronefs transportant vers Bangui les soldats de l’opération « Barracuda  [17]». Déjà, l’histoire bégayait en Centrafrique : Giscard d’Estaing réinstallait au pouvoir, en lieu et place de Bokassa, David Dacko, lui-même ancien chef d’Etat, renversé en 1965 par… Bokassa. Deux ans après, en 1981, David Dacko, qui n’a pas inventé la poudre, sera la victime d’un nouveau putsch portant au pouvoir le général André Kolingba [18]

Il note aussi des élections démocratiques qui ne le sont que de nom :

En 1993, la Centrafrique, à l’instar de nombre de pays africains, opte pour le multipartisme, et Ange-Félix Patassé accède au pouvoir à la faveur d’élections « démocratiques ».

Nous continuons avec le billet BOZIZÉ, DEBY, SASSOU, OBIANG: Des putschistes dans la hantise d'être victimes de putsch [19] :

Le 15 mars 2003, alors que soit ex-compagnon Ange Félix Patassé est en voyage au Niger, M. Bozizé rentre d'exil et s'empare de Bangui sans coup férir.

Précision de taille dans CENTRAFRIQUE : ANNUS HORRIBILIS (PAR JOSEPH AKOUISSONNE) [2] :

François Bozizé s’est emparé du pouvoir en Centrafrique avec l’aide décisive du gouvernement tchadien. Depuis, la République Centrafricaine vit sous la tutelle d’Idriss Déby [20], Président du Tchad [21].

Cela fait donc 10 ans que François Bozizé se maintient au pouvoir comme insiste l'auteur du billet Mine de rien, le soudard Bozizé fête ce 15 mars 2013, le 10ème triste anniversaire de son coup d’état [22] :

Il avait prétendu au début que c’était juste pour mettre de l’ordre dans le pays … Entre temps, il a organisé deux mascarades électorales en 2005 puis en 2011 qu’il a prétendu avoir gagnées et se prépare à briguer un troisième mandat après 2016 lorsque la rébellion de Séléka est venue faire vaciller son pouvoir en décembre dernier…

En dix ans de gestion du pays, Bozizé a mis la RCA sens dessus dessous ; la RCA est à feu et à sang. Il n’y a plus d’état, plus d’armée, plus assez à manger, plus de pays quasiment. La misère et la pauvreté sont le lot quotidien des fils du pays. Le territoire est mis en coupe réglée et dépecé par des bandes armées étrangères, ougandaises, soudanaises, tchadiennes, sud-africaines …

La population civile reste toujours la victime principale de ce conflit. Cette vidéo de la croix rouge illustre les problèmes d'insécurité croissants dans le pays: