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Interview du journaliste tchadien Makaila Nguebla, expulsé du Sénégal vers la Guinée

Les autorités sénégalaises ont expulsé le journaliste Makaila Nguebla vers la Guinée le 8 mai 2013.

TeamObservers écrit sur France24 :

Un de nos Observateurs, Makaila Nguebla, opposant tchadien en exil à Dakar, a été expulsé dans la nuit du 7 au 8 mai par les autorités sénégalaises.
Fervent opposant au président tchadien Idriss Déby, Makaila était réfugié à Dakar depuis 2005. Malgré de multiples demandes, jamais le statut de réfugié ne lui a été donné par les autorités.

Dans la vidéo ci-dessous Makaila NGuebla raconte qu’il avait choisi le Sénégal après avoir été arrêté en Tunisie (où il venait de terminer ses études). Grâce à la pression internationale les autorités tunisiennes de l’époque n’avaient pas pu l’expulser vers le Tchad en 2005.

Au téléphone, de Conakry, il raconte :

Mes ennuis ont commencé le lendemain du départ du ministre de la Justice tchadien Jean-Bernard Padaré au Sénégal où il était venu rencontrer les autorités en vue du procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Jean-Bernard Padaré a rencontré le ministre de la justice et chef de l’état sénégalais seul sans la présence d’aucun autre officiel tchadien. Il a quitté Dakar le dimanche 5 mai. Le lundi 6 mai, la Division de la surveillance du territoire sénégalaise (DST) me convoque pour le mardi 7 mai à 15H. Je me rends à la convocation en présence d’Amnesty International Sénégal à qui il est demandé de quitter les lieux. Je reste donc seul avec eux.

Ils me mettent dans un avion pour Conakry dans la nuit du mardi au mercredi. Une « maman » me voyant pleurer durant le vol me prend sous son aile : elle m’aide à passer les formalités de police une fois à Conakry – les autorités sénégalaises n’avaient pas informé leurs homologues guinéens. Je suis actuellement logé chez cette dame dans les mêmes conditions que les Guinéens : coupures d’électricité le soir et connexion internet avec une clé qui marche à peine [ndlr: Global Voices a dû interrompre l’entrevue par Skype, la connexon étant trop mauvaise. Elle a été reprise par téléphone.].

Global Voices : Comment expliquez-vous que le Sénégal, qui n’a jamais expulsé d’opposants politiques, cède ainsi à ce qui semble être des pressions des autorités tchadiennes ?

Makaila NGuebla : Le conflit au Mali a donné une nouvelle autorité à Idriss Deby, notamment parce que l’armée tchadienne est la seule à connaître parfaitement le terrain et la seule des armées africaines à être en mesure de soutenir effectivement l’armée française. De plus, grâce à l’argent du pétrole tchadien, Idriss Deby a pu contribuer au financement de la campagne de Macky Sall au Sénégal. Dans les négociations sur le dossier Hissène Habré, il est demandé que l’on me livre aux autorités tchadiennes. J’ai été arrêté en Tunisie en 2005 je ne dois qu’à la pression internationale de ne pas avoir été expulsé vers le Tchad.

Global Voices : Vous sentez-vous en sécurité en Guinée ?

Makaila NGuebla : Non. J’ai rencontré le Ministre des droits de l’homme de la Guinée qui m’a dit qu’il ne peut pas garantir ma sécurité dans le contexte actuel de son pays. Depuis plusieurs années, la Guinée traverse une période difficile. Les élections législatives n’ont pu se tenir après les dernières élections présidentielles. Et il y a depuis plusieurs semaines des manifestations de l’opposition.

Global Voices : Vous m’avez dit plus haut que vous logiez chez cette dame qui vous a pris sous son aile depuis l’avion. Mais où en est votre situation administrative auprès des autorités guinéennes ?

Makaila NGuebla : Ce matin [samedi 11 mai], accompagné de membres du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne et du HCR, j’ai pu introduire une première demande de statut de réfugié.

La blogosphère sénégalaise quant à elle s'est mobilisée notamment sur Twitter sous le mot-clic #FreeMakaila et exige son retour au Sénégal.

Cheikh Fall, de Sunu2012 explique:  « Non seulement ceci constitue une atteinte aux droits de Makaila Nguebla qui n’a aucune attache en Guinée et s’est construit sa vie au Sénégal depuis 8 ans, mais ceci est une atteinte à la liberté d’expression de tous les Sénégalais : si les autorités commencent à livrer des opposants aux régimes dictatoriaux, elles n’hésiteront pas à s’en prendre à leurs propres opposants sur n’importe quel prétexte. »

Mise à jour 12 mai 2013, 14h :

Le gouvernement sénégalais vient de réagir ce dimanche matin par la voix de son porte-parole. Les réponses des twittos africains n’ont pas tardé.

Cheikh Fall @cypher007 remarque :

@cypher007: « Situation irrégulière, Présence tolérée sous conditions … » Depuis quand un statut pareil existe au #Sénégal?

@wirr2011 en 9 tweets quant à lui dit que le gouvernement sénégalais a volontairement maintenu Makaïla Nguebla dans l’irrégularité pendant huit ans pour pouvoir exercer des pressions sur lui.

Yacouba Ouédraogo @Bambyam répond à un tweet de @wirr2011 :

@Bambyan: Quand on a offert le gîte à Habré et à mains ensanglantées, on peut continuer à “tolérer” un parleur.

Plusieurs twittos font également remarquer que le porte-parole du gouvernement occupe ironiquement le poste de ministre de la bonne gouvernance et que cet ancien journaliste qui avait été maltraité sous l’ancien président Wade en est réduit « à défendre des pratiques honteuses ».

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