Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Pakistan: des photos de mode flirtent avec le thème de l'esclavage

Tous les liens dirigent vers des pages en anglais.

Une série de photographies extraites de la collection d'une jeune créatrice de mode au Pakistan a suscité la colère dans tout le pays pour avoir représenté un enfant à la peau sombre en train de servir d'esclave à un mannequin à la peau claire.

La collection présentée dans le dossier “Be My Slave” [Sois Mon Esclave] qui apparaît dans le numéro 106 de la revue Diva Magazine, est signée Aamna Aqeel. Aqeel, qui s'est fait connaître lors de la Fashion Pakistan Week à Karachi en avril 2013, affirme que son intention était de faire émerger un débat sur le travail des enfants et qu'elle soutient financièrement et scolarise le jeune garçon qui pose sur les photos.

Mais étant donné que l'esclavage et le racisme sont des problèmes bien réels au Pakistan, d'aucuns ont accusé Aqeel d'avoir construit ces clichés avec l'intention de choquer et d'attirer l'attention médiatique sur sa marque.

Dans un billet sur son blog Style Inn, le journaliste de loisirs Usama Hamayun met à mal ce traitement du thème de l'esclavage :

Sa collection [à la Fashion Pakistan Week] avait été plébiscitée et j'avais moi aussi aimé son travail. Mais cette série me dégoûte. Jouer de façon aussi crue avec ce thème dans un pays où le racisme et le travail forcé sont des problèmes critiques n'est en aucun cas acceptable, ni esthétiquement plaisant. On peut être à l'avant-garde de la mode et repousser les limites mais les images ci-dessus relèvent simplement d'un manque de goût et d'une attitude offensante.

A glimpse on some of the photographs in question. Image courtesy Style on Paper Blog

Un aperçu de certaines photographies mises en cause. Image du blog Style on Paper.

La blogueuse Padash a été l'une des premières à attirer l'attention des internautes sur la série de photos :

Aujourd'hui, un lecteur/une lectrice a partagé cette infâme publicité de mauvais goût créée par une soi-disant créatrice de mode au Pakistan, Aamna Aqeel. Vous n'avez jamais entendu parler d'elle? Et moi non plus? Cependant…cette fille a besoin d'une sacrée dose de réalité, d'une éducation et d'une leçon sur la façon dont le marché réagit à ses publicités !

En commentaire à un article paru sur The Express Tribune à propos de cette série de photos, ashar a écrit que l'industrie de la mode récompense ce type de comportement:

N'importe quelle idiotie que vous mettez en avant sera admirée et acceptée. C'est l'état actuel de l'industrie de la mode.

Ce n'est pas la première fois qu'une série de photographies de mode provoque l'indignation au Pakistan. L'an dernier, les photos de la marque pakistanaise Sana Safinaz qui montraient un mannequin vêtu d'un linon fin, entourée de coolies ou de travailleurs manuels, l'un d'eux portant son sac Louis Vuitton, n'ont pas été du goût de tout le monde.

Mais, comme dans le cas de cette dernière campagne, certain-e-s ont pris la défense de la série présentée par Aqeel.

Zeenia“, dans un commentaire sur l'article de The Express Tribune, a écrit que les photos sont inspirées de la réalité:

Pourquoi une telle indignation juste pour ça ? Ce n'est qu'un miroir de la façon dont notre société fonctionne.

Image courtesy Style On Paper blog

Image du blog Style On Paper.

Sur le blog Style on Paper, Zainul Abidin demandait à ceux qui étaient si indignés par la campagne de regarder les choses en face :

SVP, virez tous les enfants que vous avez embauchés pour faire le ménage et s'occuper de vos enfants et commencez à travailler de vos mains ; faites vous-mêmes votre ménage et ensuite vous pourrez commenter.

Alina a laissé un commentaire sur le même blog pour indiquer que l'indignation se trompait de cible:

Seulement si la légende avait été différente, ç'aurait pu être une campagne sociale très FORTE par une créatrice afin de faire prendre conscience de ce problème. Cependant, ça donne à réfléchir. La corruption morale est incroyablement répandue dans notre société. Ce n'est pas seulement l'esclavage que je vois dans ces images mais aussi le contraste, la tragédie de la froideur et de l'apathie des riches envers les pauvres. Dans un pays tel que le nôtre, c'est une honte de porter des marques de grands créateurs tandis que les pauvres ont des vies d'une misère inimaginable et que les riches se vautrent dans le luxe, le haut-de-gamme, sans aucune culpabilité. Enfin, tout changement révolutionnaire est difficile à concevoir dans l'immédiat donc à quoi bon. Continuez à envoyer des commentaires pour dire votre HAINE de la créatrice. *sigh*

Mais Kamran Hashmi n'est pas convaincu :

ça donne à réfléchir? Vous avez perdu la tête ou quoi? Elle vend des VETEMENTS en utilisant une forme d'”expression” choquante et ignoble. Ce qui est pire encore, c'est qu'elle UTILISE ce qui semble être un enfant NOIR comme son objet. A quel point au juste est-elle engagée dans un commentaire de “sa” société ? C'est la forme de publicité la plus indéfendable et la plus stupide que j'aie vu de ma vie.

Sur Twitter, le psycholinguiste Iftikhar Firdous (@IftikharFirdous) a qualifié les photos de “dégoûtantes” :

@IftikharFirdous@abbasnasir59 C'est troublant, troublant parce que si l'art est pollué par de tels stéréotypes ‘inconscients’ – que dire de l'avenir? @rabayl

Iqra Shoukat (@iqrashoukat) n'est pas emballée non plus par le thème de la série:

@iqrashoukat: le marché cible de #aamnaaqeel : les gens qui soutiennent le #racisme, l'#esclavage et un sens de l'humour cru au point d'en être dégoûtant.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site