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Pourquoi Edward Snowden divise les Russes

En quittant Hong Kong pour l'aéroport Cheremetievo de Moscou, l'ex-sous-traitant de la NSA Edward Snowden a placé la Russie au centre d'une affaire à l'origine purement américaine. Selon un communiqué [anglais] de l'organisation pour la transparence Wikileaks [anglais] du 23 juin, Snowden était “en route pour la République d'Equateur par un itinéraire sécurisé à fins d'asile, et escorté par des diplomates et des conseillers juridiques de WikiLeaks.”

Les journalistes en poste à Moscou se sont précipités à l'aéroport pour tenter de dénicher Snowden, tandis que la présence de voitures à plaques diplomatiques équatoriennes en ce même lieu alimentait les rumeurs sur la destination ultime de Snowden. Malgré ses réservations sur deux vols d'Aeroflot, le jeune homme ne s'est présenté à aucun (laissant bredouilles les nombreux journalistes pleins d'espoir qui avaient acquis leur billet pour un vol de 11 heures pour la Havane).

"Edward Snowden Found." Photo mashup by Rob Tom, 26 June 2013, CC 2.0.

“Edward Snowden retrouvé.” Montage photo de Rob Tom, 26 juin 2013, CC 2.0.

Nul n'a vu Snowden à Cheremetievo depuis son arrivée, bien que le ministre russe des Affaires Etrangères Sergueï Lavrov affirme qu'il y est toujours dans la zone de transit et n'a donc “pas franchi la frontière russe” [russe]. Snowden a fait de nombreuses demandes d'asile, jusqu'alors refusées ou ignorées par la plupart des pays sollicités. Le Président Vladimir Poutine a offert [anglais] de lui accorder l'asile à condition qu'il cesse ses révélations de secrets américains, à quoi n'a pas consenti Snowden. La situation de ce dernier est compliquée par le fait que son passeport a été révoqué par les Américains qui le considèrent comme un fugitif et l'accusent d'espionnage.

Depuis les fuites, Snowden est un personnage hautement clivant aux Etats-Unis. Les uns voient en lui un lanceur d'alerte digne de louange, les autres le considèrent comme un traître qui a mis en danger des civils. Pour les Russes, son séjour prolongé à Cheremetievo (où il est toujours le 4 juillet 2013) a fait passer la question de son sort, désormais largement entre leurs mains, de la théorie à la pratique.

Certains commentateurs pro-Kremlin ont vu dans le traitement réservé à Snowden le sceau de l'hypocrisie américaine. La blogueuse Kristina Potupchik [russe], ancienne attachée de presse du mouvement de jeunesse Nachi, a été particulièrement virulente [russe] :

США заочно предъявили Сноудену обвинение в хищении государственной собственности, раскрытии данных о национальной обороне и умышленной передаче секретной информации посторонним лицам. Он также был заочно лишен американского гражданства. Демократия? Свобода? “Права человека”? “Служить и защищать”? Не, не слышали. Несмотря на очевидное несоответствие официальной позиции США с данными, раскрытыми Сноуденом, штаты решили объявить его преступником национального масштаба, хотя тот, фактически, наоборот раскрыл гражданам реальные угрозы, которые ждут их по милости собственного правительства.

Les USA  ont accusé par défaut Snowden de vol de propriété publique, divulgation d'informations sur la défense nationale, et de transmission préméditée d'informations secrètes à tierce partie. Il a aussi été privé par défaut de sa nationalité américaine. Démocratie ? Liberté ? “Droits de l'homme”? “Servir et protéger” ? Non, ils ne connaissent pas. Malgré l'évidente contradiction de la position officielle des USA avec les faits révélés par Snowden, les Etats-Unis ont décidé de le déclarer criminel de niveau national, malgré le fait qu'en réalité, il a au contraire révélé aux citoyens les véritables menaces qui les attendent par la grâce de leur propre gouvernement.

Un avis que ne partagent pas tous les partisans de Poutine. Alexeï Filatov, expert en sécurité et vice-président de l'Association Internationale des Vétérans de la Force (anti-terroriste) A, a estimé que renvoyer Snowden en Amérique serait une aubaine pour les relations entre la Russie et les USA et “forcerait les Etats-Unis à se regarder dans le miroir” [russe] et reconsidérer leurs rapports avec la Russie. Ancien agent des services de sécurité, Filatov a une piètre idée de l'éthique professionnelle de Snowden :

C профессиональной точки зрения Сноуден никакой не правозащитник. Это человек, который сознательно выбрал себе профессию, давал подписку о неразглашении служебной тайны, получал за ее соблюдение деньги, но в конечном итоге предал и свою страну, и свою профессию.

D'un point de vue professionnel, Snowden n'est en rien un défenseur des droits de l'homme. Cet homme, qui a choisi son métier en connaissance de cause, a signé un accord de non-divulgation des secrets du service, a été payé pour le respecter, mais au final a trahi et son pays et sa profession.

Edward Snowden - Human Rights Defender or Traitor? (Screenshot from Youtube.com)

Edward Snowden – défenseur des droits de l'homme ou traître ?
(Capture d'écran de Youtube.com)

Ironiquement, cette vision est aussi celle du militant anti-Poutine Akram Makhmoutov, qui a exprimé sur Facebook [russe] son mécontentement de la collaboration supposée de Snowden avec des régimes peu recommandables :

Это Сноуден, ну уж и “борец за права человека”, блин. Одно непонятно, отчего за эти права он вздумал бороться с помощью режимов, в которых эти права и не ночевали (Китай, Россия, Эквадор, Куба). Такое поведение есть признак гуманитарной недоразвитости и отсутствия убеждений. Нет, не правозащитник он, а типичный предатель.

Ce Snowden, un “guerrier des droits de l'homme”, purée ! Ce que je ne comprends pas, c'est comment il a eu l'idée de lutter pour ces droits avec l'aide de régimes (Chine, Russie, Equateur, Cuba) où ces droits n'existent pas. Un tel comportement est un signe d'humanitarisme incomplet et de manque de conviction. Non, il n'est pas un défenseur des droits de l'homme, mais un traître typique.

Oleg Kozyrev n'est pas d'accord. Si le soutien des autorités à Snowden était hypocrite, au vu de leur bilan en matière de droits de l'homme, il a défendu [russe] que Snowden n'en méritait pas moins d'être protégé :

Мне не ясно, почему за Эдварда Сноудена не вступились ведущие российские правозащитные организации. Я лично считаю, что сегодня в мире должны быть защищены права не только гражданских лиц, вскрывающих преступления правительств, но должны быть защищены и военные и работники спецслужб. Если военный или работник спецслужб сталкивается с очевидным нарушением базовых прав человека, я бы хотел, чтобы такие люди, не боясь, могли открыто выступать, и быть защищенными и законами своих стран и законами международными.

Je ne comprends pas pourquoi les principales organisations russes de défense des droits de l'homme ne sont pas intervenues en faveur d'Edward Snowden. Je trouve personnellement que dans le monde d'aujourd'hui, il ne faut pas seulement défendre les droits des civils qui révèlent les crimes des gouvernements, mais aussi ceux des des militaires et des agents des services spéciaux. Si un militaire ou un agent des services spéciaux rencontre une violation caractérisée des droits fondamentaux de l'homme, je voudrais que ces personnes puissent, sans crainte, s'en ouvrir et être protégés par les lois et de leur pays et internationales.

Certains ont perçu l'humour noir du séjour kafkaïen de Snowden dans “la zone neutre.” Un message Twitter [russe] de l'utilisateur yasvidirov a été retweeté plus de 140 fois :

“Зато теперь я мэр Шереметьево,” – подбадривал себя Сноуден, чекинясь в сотый раз.

“Me voilà donc maire [sur foursquare] de [l'aéroport de] Cheremetievo,” s'est réconforté Snowden, en s'enregistrant pour la centième fois.

D'autres ont fini par se lasser de cette histoire, qui dure depuis une dizaine de jours. La mannequin Tanya Stychinskaya, par exemple, a récemment tweeté [russe] :

От фамилии Сноуден уже тошнит

Le nom Snowden me donne déjà la nausée

En Russie comme dans son pays d'origine, la personnalité de Snowden divise, en incarnant le conflit intrinsèque entre le besoin de transparence gouvernementale, le droit de l'individu à la vie privée, et la nécessité pour les services de sécurité d'effectuer certaines tâches dans la discrétion. Dans le débat sur ce qu'est Snowden et son destin final, la plupart des internautes russes ont glissé rapidement sur le contenu réel des programme qu'il a dévoilés. Plus étonnant encore, peu en ont relevé la similitude avec le programme de surveillance de la Russie elle-même, SORM [anglais], qui, à la différence de PRISM, n'est en rien un secret d'Etat.

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