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Guinée: Des juges poursuivent les militaires soupçonnés de tuerie

Le 27 juin 2013, les Guinéens et tous ceux qui sont soucieux du respect des droits humains et de la lutte contre l'impunité en Guinée ont accueilli avec grand espoir la nouvelle de l'accusation du Colonel Claude Pivi, chef de la sécurité présidentielle, par les juges d’instruction en charge de l’affaire du 28 septembre 2009, après avoir entendu la veille, le général Ibrahima Baldé, haut-commandant de la gendarmerie nationale, en qualité de témoin.

La blogueuse Assanatou BALDÉ se réjouit sur afrik.com:

L’heure de rendre des comptes est arrivée pour Claude Pivi alias Coplan.

L'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch présente les chefs d'inculpations de cette haute personnalité du gouvernement du Président Alpha Condé qui l’a décorée en 2011:

Le suspect, le lieutenant-colonel Claude « Coplan » Pivi, est le ministre guinéen chargé de la sécurité présidentielle, un poste qu'il occupait déjà au moment des crimes de 2009. Selon les médias, Pivi a été inculpé de meurtres, viols, incendies, pillage, destruction d’édifices et complicité. Conformément au droit international, Pivi est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit jugé et reconnu coupable.

On se rappellera que le 28 septembre 2009, les forces de sécurité avaient violemment réprimé d'une manière planifiée un meeting organisé par les principaux partis de l'opposition, tuant au moins 157 personnes et violant un nombre imprécis de femmes de tout âge.

Le site aminata.com publie un communiqué de presse conjoint de nombreuses organisations pour la défense des droits humains en Guinée, dans l'introduction, on peut lire:

Depuis le début de l’instruction, les victimes que nous accompagnons dans cette procédure craignaient que Claude Pivi, en raison des fonctions qu’il occupe et de sa place dans la hiérarchie militaire, échappe à la justice. Hier, les juges d’instruction ont apporté un premier élément de réponse en l’inculpant formellement.

Sarifou Barry rapporte dans un billet sur le site guineenews.org [lien actuellement indisponible, information peut être lue également sur ce site] les propos du Dr Thierno Maadjou Sow, président de l’Organisation guinéenne des droits de l'homme et du citoyen (OGDH):

Nous considérons du point de vue des principes que c’est quelque chose de très important surtout dans la lutte pour le respect des droits de l’homme et aussi dans la lutte contre l’impunité qui est le terreau des crimes. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu des personnalités qui ont été inculpées déjà dans cette affaire mais malheureusement, cela n’a rien donné. Ces personnes occupent encore des postes extrêmement importants au sein de l’administration. Vous savez, dès après les crimes commis, le Conseil de sécurité de l’ONU, les organisations de défense des droits de l’homme avaient déclaré que ces crimes commis étaient des crimes contre l’humanité.

Mme Asmaou Diallo, présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 Septembre (AVIPA), que Barry a également interpellé, a exprimé ses sentiments dans le même billet en ces termes:

C’est la réaction d’une victime qui crie toujours à ce qu’il y ait justice dans cette affaire. Si le colonel Claude Pivi a été inculpé, cela nous fait du bien mais ça ne suffit pas. Il ne s’agit pas seulement d’inculper et de laisser par la suite le dossier dans les tiroirs. Cette inculpation nous remonte quand même le moral mais, nous voulons plus. Nous voulons que tous ceux qui ont été inculpés dans ce dossier, quittent leurs postes de responsabilité pour qu’ils se mettent à la disposition de la justice.

Ce billet a été vivement commenté par les lecteurs. Par exemple, Ardho souligne le courage des juges qui ont accusé le Colonel Pivi et d'autres pontes des forces de sécurité:

Je pense qu'il faut encourager ces juges qui vont lentement dans des conditions que nous connaissons tous, mais qui entreprennent des actions importantes dans cette procedure… Nous esperons que le gouvernement prendra ses responsabilites aussi en ecartant ces maboules des postes de responsabilite qu'ils occupent.

Dans leur communiqué de presse mentionné précédemment, les ONG des droits humains expriment des préoccupations qui vont dans le même sens:

nos organisations expriment leur préoccupation quant à la sérénité de la procédure judiciaire et la sécurité de ses acteurs ou des victimes qui ont témoigné dans ce dossier, en raison du poste qu’occupe M. Pivi aujourd’hui. Comme nos organisations l’avaient recommandé concernant le colonel Moussa Oumar Tiegboro Camara, inculpé en février 2012, ou que le commandant Sekou Resco CAMARA, Gouverneur de Conakry, inculpé dans une affaire de torture en février 2013, qui ont tous deux été maintenus à leur poste, nous recommandons aux acteurs concernés de prendre toutes les dispositions afin garantir l’indépendance et l’impartialité du processus judiciaire en cours, dans le respect du droit à un procès équitable. Nous les invitons donc à envisager la mise à l’écart de ces hauts responsables, mis en cause pour des faits d’une exceptionnelle gravité.

ALMAMY CAMARA dans un billet publié sur afrik.com a écrit:

L’organisation internationale Human Rights Watch (HRW), a appelé ce mercredi 3 juillet à la suspension des accusés de leurs fonctions gouvernementales et invite les autorités à protéger les juges ainsi que les victimes dans le dossier du massacre du stade du 28 septembre, en 2009. Cet appel fait suite à l’inculpation du ministre de la Sécurité présidentielle, Claude Pivi dit Coplan par le pool des juges d’instruction le mercredi dernier.

Boubacar BAH exprime ses doutes sur la suite de cette affaire dans un billet publié sur guineedirect.org [lien actuellement indisponible], considérant l'impunité dont bénéficie les autres responsables des forces de sécurité nationales accusés par la même justice guinéenne avant le Colonel Pivi:

Mais pour des observateurs avertis, quelque soit la volonté du pool des juges d’instruction à éclaircir ce dossier, s’il n’y a pas de volonté politique, tous les efforts seront vains. Des soupçons forts sont portés sur le Président Alpha Condé qui ne souhaiterait pas du tout se débarrasser de Claude Pivi et de Tiegboro. Notamment parce que ces deux hommes puissants du temps du capitaine Dadis, lui avaient apporté tous leurs soutiens à l’occasion de la présidentielle de 2013. En prélude aux législatives de 2013, Alpha Condé ne veut pas perdre son électorat de la Guinée Forestière dont sont originaires Pivi et Tiegboro. Entre la justice pour les victimes du 28 septembre et la campagne pour les législatives, Alpha Condé a choisi la deuxième.

Commentant un article paru sur guineenews.org M. Sylla se demande:

Comment voulez vous qu'il est une justice dans un zoo .En tout cas sa sera pour la première fois alors attendons de voir mais sa m'étonnera que justice soit faite .déjà il est venu avec ces gardes du corps pour une simple interrogation chose qui n'est pas admissible dans des pays civilisés et de droit .Alors le jour du jugement si jugement ai il viendra avec tout le camp militaire.je vous dis que ce pays est un zoo .

Pour mesurer les dangers auxquels s'exposent les juges qui ont eu le courage d'accuser le Colonel Pivi, voici sa réaction rapportée dans un autre billet par Boubacar BAH:

lorsque le Pool des juges d’instruction a informé Pivi de son inculpation dans le dossier du massacre du 28 septembre, l’officier a piqué une colère noire. “Si les gens pensent qu’ils peuvent m’humilier comme ça dans ce pays, ils se trompent. Nous, nous avons servi ce pays”, aurait rouspété Coplan.

Les juges devaient entendre à nouveau le colonel Claude Pivi le 4 juillet. Mais l'accusé n'a pas répondu à la convocation des juges. Ses partisans se sont se mobilisés pour lui exprimer leur soutien. La communauté internationale et les militants des droits humains guinéens doivent faire pression sur le Président Alpha Condé pour la protection des juges ainsi que des témoins et afin que toutes les personnalités accusées de crimes ou figurant sur les listes d'individus suspectés de crimes contre l'humanité soient relevés de leurs fonctions et jugés.

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