Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Le Nicaragua veut doubler le canal de Panama, avec l'aide de la Chine

(Billet d'origine publié en espagnol le 20 juin 2013)

(Liens en espagnol) L'annonce de l'octroi d'une concession par le gouvernement du Nicaragua à l'entreprise chinoise HK Nicaragua Development (HKND) pour la construction d'un canal entre les océans Atlantique et Pacifique a provoqué des débats dans toutes les sphères de la vie politique du Nicaragua car, à ce jour il existe, concernant ce projet, plus de questions que de réponses.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a signé le 14 juillet 2013 la  Loi 800 ou Loi du régime juridique du grand canal interocéanique, qui a déchainé les discussions sur les blogs et les comptes Twitter. S'il y a des opinions favorables, le mécontentement domine.

De Humo TV a fait un reportage sur le sujet qui décrit le projet de canal et son impact environnemental potentiel pour le pays.

La loi pour la construction du canal a été approuvée sans que les études de faisabilité aient été menées, ni les études sur l'impact environnemental achevées.

Le blog la Nicaragua linda cite un article d’ Edmundo Jarquín, un homme politique du Nicaragua.

Comme tous les habitants du Nicaragua, je voudrais que ce canal soit faisable parce que ce serait un puissant levier pour impulser le développement du pays, mais  bien des raisons mettent en cause la réalité de cette annonce. En premier lieu sa faisabilité.

Jaime Incer, conseiller environnemental de Ortega et scientifique renommé au Nicaragua, a bondi à cette annonce d'Ortega en disant qu'une étude sérieuse “exclurait cette possibilité”.

Les problèmes de l'expropriation des terres où passerait ce canal, de l'invasion du territoire indigène de la côte atlantique du pays ont alimenté des discussions dans toute la population. Le blog bitácora de un nicaragüense énumère ces problèmes:

Premièrement : les communautés indigènes, leur forme de vie sociale, leur forme de propriété et tous les droits spécifiques octroyés par l'État sous un statut d'autonomie : on ne les a pas été consultées et donnér la possibilité d'une expropriation, ce qu'il faudrait faire sans retard.

Deuxièmement : le dommage environnemental sera inévitable, tout projet a des “effets collatéraux” résultant du chantier en lui-même : abattage d'arbres entraînant une destruction de réserves de la biosphère, destruction de zones de reproduction de la faune par exemple les tortues marines qui de plus se trouvent en danger d'extinction,  détournement d'eau douce pour le fonctionnement du canal qui peut entraîner l'assèchement de bassins hydriques dans les zones touchées par le projet. Un risque à long terme est également la contamination irréparable par les hydrocarbures ou autre chose de nos voies d'eau et tout spécialement de l'immense patrimoine que représente le lac Nicaragua (Lac Cocibolca), sans sous-estimer les effets nocifs des sonars sur la faune du grand lac.

Troisièmement : mettre en route ce projet serait violer la loi générale sur l'eau, en particulier son Titre VII concernant le lac Nicaragua, son utilisation et sa protection, qui dispose :

Article 97.- La protection la conservation et le devenir des eaux du grand lac de Nicaragua (Cocibolca) sont sous la responsbilité de l'Etat avec la participation des gouvernements municipaux, des association de communes, du secteur privé, des organisations non gouvernementales et de la population en général.

Foto compartida por Mildred Largaespada en Facebook.

Photo partagée par Mildred Largaespada sur Facebook.

Rodrigo Peñalba commente également le projet sur son blog et signale entre autres choses les antécédents du porte-parole de la compagnie :

Le groupe HKND, qui présente ce projet de canal (pour lequel il ne doit payer que 100 millons de dollars US au  Nicaragua au titre d'une concession de 100 ans) a ouvert un site internet. On peut y découvrir son porte parole: Ronald Maclean-Abaroa.

Maclean-Abaroa est un homme politique, quatre fois maire de La Paz, ministre de l'information sous le gouvernement de Hugo Banzer, candidat à la présidence pour ce même parti en 2002. Pendant l'année 2000 alors qu'il faisait partie du gouvernement, a été votée la Loi 2029 de privatisation des ressources hydriques, qui a déchaîné de fortes protestations nationales. Cette loi permet, par exemple aux entreprises qui gèrent l'eau de faire payer des taxes sur l'eau de pluie recueillie pour usage personnel. […]

Si cet homme est leur porte-parole que pouvons-nous espérer de ses chefs de HKND ayant licence de changer la loi ?

Sur  Twitter les mots-clics #canalnica y #canalinteroceanico sont utilisés pour commenter le projet.

Azucena Castillo (@azulchena) partage une vidéo de la “Marche pour la défense de la souveraineté nationale et de la dignité du Nicaragua”. La vidéo, de l'utilisateur de YouTube Nicarao Libertario, montre des images de cette marche contre le projet qui a eu lieu le 13 juin.

Le 19 digital, journal en ligne du gouvernement, publie un article en faveur de la construction du canal :

Géographiquement, ce canal a un sens très fort : le lac de Nicaragua n'est séparé des eaux du Pacifique que par  19,3 km, ensuite, à partir de là on pourra se connecter à l'Atlantique. On ne sait pas encore quel sera l'itinéraire du canal…..

Pour le Nicaragua, ce méga projet a beaucoup de sens. Sa construction doublera le produit intérieur brut par personne de la nation qui était l'année dernière de 3300 dollars par an.

Pourquoi construire un nouveau canal quand il en existe déjà un à peu de distance ? Une raison à cela : le canal de Panama est sous forte demande, à tel point que le temps moyen de passage est actuellement de 12 jours. De plus les bateaux les plus grands qui peuvent transiter sur ce canal, appelés les Panamax, ne peuvent porter que 4500 conteneurs*.

Il existe pourtant maintenant de nouveaux bateaux beaucoup plus gros du type POST – PANAMAX. Parmi eux un modèle appelé TRIPLE-E, qui peut emporter plus de 18.000 conteneurs, c'est-à-dire quatre fois plus que les bateaux du type PANAMAX.

Le gouvernement du Nicaragua prévoit une augmentation du PIB (produit intérieur brut) de 15 % pour l'année 2015 et un doublement en 2018. L'année prochaine, en 2014, se réaliseront les études de faisabilité et d'impact environnemental qui permettront de connaître réellement la viabilité de ce méga projet.

*Note:le Canal de Panamá fait l'objet actuellement d'un projet d'extension qui pourrait permettre le transit de bateaux beaucoup plus grands du type “New-Panamax“. Néanmoins il y a encore des bateaux qui ne pourront pas l'utiliser du fait de leur taille.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site