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La Serbie veut sauver le doyen des chênes

Tous les liens renvoient à des références en serbe, sauf indication contraire.

A l'instar de la décision visant à éliminer le parc Gezi d'Istanbul qui a déclenché un soulèvement populaire [fr] en Turquie au cours des dernières semaines, les Serbes ont été confrontés à un combat similaire. Un projet de construction d'une autoroute devait détruire un chêne vieux de 600 ans dans le centre de la Serbie, mais après plusieurs jours de manifestations, l'administration semble avoir cédé à la pression et a modifié le tracé afin de sauver le chêne.

À la fin de juin 2013, selon les informations, le gouvernement avait obtenu un prêt de 340 millions d'euros et 700 autres étaient en vue pour la construction du Corridor 11, une partie stratégiquement importante attendue depuis longtemps de l'autoroute traversant la Serbie centrale.

Mais les Serbes ont vite appris que l'autoroute passerait sur l'emplacement d'un chêne vieux de 600 ans dans le village de Savinac, près de Gornji Milanovac. Les réactions contre ce projet ont été immédiates : indignation sur les réseaux sociaux et manifestations à Savinac et en ligne.

En plus de la splendeur nationale et de l'intérêt historique de cet arbre, il y a aussi une superstition chez les Serbes selon laquelle couper un chêne apporterait une tragédie, voire la mort. Les personnes âgées de la campagne serbe diront qu'il ne faut pas plaisanter avec les chênes, très respectés dans ces régions. Si les gouvernants et les responsables de la construction de l'autoroute avaient su que ce chêne particulier se trouvait sur le tracé du Corridor 11, ils auraient peut-être trouvé une autre solution, mais selon le ministre de l'Urbanisme et de la construction Velimir Ilic, “on n'avait pas attiré leur attention” à temps.

Les réseaux sociaux en Serbie ont vite été en ébullition avec des centaines de messages de protestation de citoyens sous le mot-clic #hrast (#chêne) à la fois sur Twitter et Facebook.

"In hrast [chêne] we trust" est devenu un appel populaire lancé par beaucoup d'internautes pour une  manifestation à Savinac et partagé sur les réseaux sociaux. Photo courtoisie de l'Institut pour les collectivités durables - page Facebook .Serbie

“In hrast [chêne] we trust” est devenu un appel populaire lancé par beaucoup d'internautes dans une manifestation à Savinac et partagé sur les réseaux sociaux. Photo courtoisie de l'Institut pour les collectivités durables – page Facebook Serbie

Le Ministre Ilić n'a pas tardé à réagir à la levée de boucliers amorcée sur les réseaux sociaux avant de se répandre dans les grands médias de la Serbie. Il a déclaré qu'il allait trouver une solution pour faire déplacer le vieil arbre massif, 600 ans, 40 mètres de hauteur et 7,5 mètres de diamètre, vers un autre emplacement. Le tabloïd en ligne Telegraf était parmi ceux qui ont contesté cette solution et interrogé des spécialistes :

Da bi se taj hrast, te veličine bezbedno iskopao, to zahteva veliki posao, veliki broj radnika i veliki prostor, odgovarajuću mehanizaciju. Teorijski je moguće, ali niko nema to iskustvo, te verujem da bi iskopavanje hrasta bio i njegov kraj. To je sve besmisleno. U zemljama koje drže do sebe takvo drvo bi se “uklopilo” u ambijent – kaže botaničarka Vasić.

Déplacer un  chêne de cette taille, en toute sécurité, nécessite beaucoup de travail, de nombreux ouvriers et un grand espace, avec un équipement adéquat. Théoriquement, c'est possible, mais personne n'a cette expérience, donc je crois qu'un déplacement du chêne serait sa fin. C'est un non-sens. Dans les pays qui se respectent, un arbre comme celui-ci serait “inclus” dans l'aménagement du territoire – dit le botaniste [Olja] Vasić.

Alors que le ministre et d'autres responsables gouvernementaux cherchaient différentes solutions, des manifestations étaient organisées autour de l'arbre à Savinac. Dans les derniers jours de juin, des habitants ont commencé à se rassembler autour de l'arbre pour le sauver, rejoints et dirigés par des personnalités comme le poète serbe Dobrica Erić, originaire de la région, et des associations telles que les “Verts de Serbie”, dans une manifestation baptisée “Le chêne ne doit pas tomber”.

Des  militants "Verts de Serbie" se rassemblent autour du chêne vieux 600 ans à Savinac. Avec l'aimable autorisation de l'Institut photo pour les collectivités durables - page Facebook Serbie

Des militants “Verts de Serbie” se rassemblent autour du chêne vieux de 600 ans à Savinac. Avec l'aimable autorisation de l'Institut pour les collectivités durables – page Facebook Serbie

Les manifestations ont duré jusqu'au premier week-end de juillet 2013. Des réunions ont eu lieu au Ministère de l'Urbanisme et de la construction ainsi qu'au cabinet du Premier ministre, Ivica Dačić, après quoi le ministre Ilić a déclaré publiquement le 9 Juillet que le chêne serait préservé. Le tabloïd Kurir rapporte :

“Asfalt će biti potpuno odvojen jednim betonskim armiranim nosačem, tako da asfalt ne ošteti žile, a ni žile asfalt. Na taj način će se izbeći moguća oštecenja auto-puta”, rekao je Ilić.

“L'asphalte sera entièrement séparé par une poutre en béton armé, de sorte que l'asphalte ne puisse pas endommager les racines, ni les racines l'asphalte. De cette façon, d'éventuels dégâts à la route seront évités”, a déclaré Ilic.

Tant l'autoroute que le chêne, qui dépasse de plusieurs siècles ceux de nombreux pays, sont d'une grande importance pour la Serbie. Alors que la route promet une solution logistique indispensable à une région de Serbie qui abonde en entreprises agricoles et industrielles, les Serbes ont montré qu'ils ne sont pas prêts à un sacrifice de cette ampleur.

Le blogueur Zoran Sokić, parlant du chêne qui a secoué la Serbie, raconte son enfance dans les forêts montagneuses du centre du pays, et souligne l'importance de trois arbres qui l'ont marqué depuis l'enfance l'âge avant de conclure :

Mogu samo da kažem da će se u mom kraju slaviti čovek koji tu dovede auto – put i pominjaće ga na slavama i okupljanjima u lokalnim kafanama, nakon branja malina, bar deset narednih vekova. Stara je lokalna priča, verovatno koliko i taj hrast u Savincima, da smo pravo slepo crevo, da komunisti nisu dali da tuda prodje pruga jer je četnički kraj, da će se sva omladina odseliti ako ne dodje put … Slažem se. Ali sa druge strane, ne bih dao ni jedno od ova svoja tri drveta ni za tri auto puta ili tri pruge.

Je peux seulement dire que, dans ma ville natale, l'homme qui construit une route sera célébré et mentionné dans les slavas [célébration du saint de la famille chez les chrétiens orthodoxes serbes] et les dans les cafés locaux après la cueillette de framboises, pendant au moins les dix prochains siècles. Les histoires locales sont probablement aussi anciennes que le chêne à Savinac, que nous sommes dans une impasse, que les communistes n'avaient pas permis aux chemins de fer de passer ici parce que c'était une zone de Tchetniks, que tous nos jeunes seraient partis si l'autoroute ne venait pas – je suis d'accord. Mais, d'un autre côté, je ne donnerais aucun de mes trois arbres, pas même pour trois autoroutes ou trois chemins de fer.

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