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L'eau, arme dans les différends territoriaux entre Kirghizistan et Kazakhstan

Pendant la fraternité obligatoire du communisme, la terre et l'eau n'étaient pas causes de friction entre les peuples de l'Asie Centrale soviétique. Mais en deux décennies de souveraineté, les disputes sur la délimitation des frontières nationales et l'accès aux fleuves partagés ont compliqué les relations entre les gouvernements de la région et envenimé les liens entre populations frontalières des républiques nouvellement indépendantes.

La dernière éruption a commencé le 7 juillet 2013, lorsque plus de 200 habitants du district de Kara-Bura, dans la région de Talas au Kirghizistan, ont barré le canal “Ahmed” [russe] en y déversant des rocs, pour empêcher l'eau de pénétrer au Kazakhstan. Selon Vesti.kg [russe], les contestataires ont bloqué le canal pour manifester leur opposition à un accord de démarcation de frontière entre le Kirghizistan et le Kazakhstan entré en vigueur il y a quatre ans. Des négociations pour dégager le canal sont en cours [russe] et les responsables kazakhs enjoignent leurs homologues kirghizes de rétablir l'ordre dans la région.

Le traité [russe] de Délimitation et démarcation de la frontière kazakho-kirghize a été signé par les dirigeants des deux pays le 15 décembre 2001, et ratifié par le parlement kirghize seulement en 2008. Et à présent, cinq ans après, les villageois du côté kirghize sont mécontents. Comme Talaïbek Izatov, un protestataire de Kara-Bura, l'a affirmé [russe] au journal kirghize Fabula :

Нельзя отрицать, что отход земли в Кок-Сае к казахам это вопрос, вызывающий недовольства не только у одних таласцев, но всего кыргызского народа. Священной обязанностью каждого кыргызского гражданина является – беречь нашу землю как зеницу ока, сохранить ее. Если мы не защитим свою землю, и будем сидеть с раскрытым ртом, отдавая свои земли, то как нас простят потомки? Не простят. Поэтому, даже если на другое смотрим равнодушно и безразлично, но никогда нельзя быть равнодушным к земле.

On ne peut nier que la cession du territoire de Kok-Sai aux Kazakhs est une question qui cause le mécontentement, non seulement de ceux de Talas, mais de tous les Kirgnizes. Le devoir sacré de de chaque citoyen kirghize est de conserver et défendre notre terre comme la prunelle de nos yeux. Si nous ne protégeons pas notre terre, et restons bouche cousue en renonçant à notre terre, comment nos descendants nous pardonneront-ils ? Ils ne nous pardonneront pas. C'est pourquoi on peut être indifférent et négligent pour le reste mais jamais pour la terre.

Le Premier Ministre adjoint du Kirghizistan chargé de la Sécurité, Tokon Mamytov, a rencontré le 9 juillet les habitants de la zone pour discuter de la situation. M. Mamytov a expliqué aux journalistes que les gens du cru estiment [russe] que la frontière a été mal délimitée dans leur zone et que de nombreux territoires kirghizes sont tombés illégalement sous contrôle kazakh. M. Mamytov a ensuite expliqué [russe] aux journalistes que les habitants ont changé plusieurs fois de revendications :

image taken from stanradar.com

Le barrage improvisé édifié par les villageois kirghizes dans le district de Kara-Bura district. Source photo : stanradar.com

“Ils ont d'abord exigé la fin du partage de pâturages le long de la frontière. Ensuite ils se sont mis à réclamer la dénonciation du traité… Maintenant qu'on les a informés qu'une dénonciation de l'Accord de 2001 est impossible, ils veulent l'ouverture d'une procédure pénale contre Askar Akaev, le premier Président de la république kirghize et 76 députés de la troisième convocation du parlement [kirghize], qui ont voté pour la ratification du traité avec le Kazakhstan.”

D'un air entendu, M. Mamytov a expliqué aux villageois que des “forces destructices” pourraient manipuler leurs manifestations en vue de déstabiliser l'Etat, une possible allusion à l’agressivité croissante de l'opposition nationaliste [anglais] au Kirghizistan.

M. Mamytov a conclu en expliquant [russe] que la décision des villageois de barrer le canal n'avait pas privé d'eau les seuls Kazakhs. Onze kilomètres du canal courent en territoire kirghize, approvisionnant d'autres villages du district de Kara-Bura en aval du barrage improvisé.

Pendant ce temps, le gouvernement kazakh exhortait les autorités kirghizes à traiter l'affaire sérieusement et à prendre toutes mesures nécessaires pour éviter un possible conflit.

Ces événements ont ouvert de vives discussions entre internautes réagissant aux informations sur les sites d'actualités de part et d'autre.

Annonim a commenté sur le portail kazakh d'information Nur.kz [russe] :

В Киргизии правит толпа!

Au Kirghizistan, ce sont les masses qui gouvernent !

Un autre utilisateur, qui a préféré rester anonyme, lui a répondu [russe] :

Там не толпа правит, а гражданское общество. Если их не устраивает что-то они говорят об этом, и обращают внимание власти на себя, и действуют, и власть все равно вынуждена к ним прислушиваться. Данный поступок конечно неразумный, Казахстан здесь ни причем, договоры заключало их прошлое правительство, но суть не в воде или границах, а в том, что они готовы отстаивать свои интересы раз власть не выполняет свои функции и тянет с решением вопроса.

Là-bas ce ne sont pas les masses qui gouvernent, mais la société civile. Si quelque chose ne leur convient pas, ils en parlent, et obtiennent l'attention du pouvoir, et agissent, et le pouvoir est quand même obligé de leur prêter l'oreille. Ce procédé [couper l'eau] est certes déraisonnable, le Kazakhstan n'y est pour rien, les accords ont été conclus par leur gouvernement précédent, mais ce qui est essentiel, ce n'est ni l'eau ni les frontières, mais qu'ils sont prêts à défendre leurs intérêts là où le pouvoir ne remplit pas son rôle et traîne pour résoudre le problème.

SAM OREZ a constaté [russe]:

вообще даже обидно от “братьев” киргизов нож в спину получить. сто человек портят авторитет миллионов. странно, что их выбранный Президент бездействует.

Il est déjà tout à fait fâcheux de recevoir ce coup de couteau dans le dos des “frères” kirghizes. Cent individus pourrissent la réputation de millions. Bizarre que leur président élu ne fasse rien.

Skazka Almatinskaya a publié une déclaration à l'intention des Kirghizes [russe] :

Да вы даже на той земле, которую имеете, не можете порядок навести. Зачем вам еще ? Честное слово, уже надоели ваши революции . Лучше жить стали ? Нет. Так может надо идти другим путем ? Просто работать не пробовали?

Vous n'arrivez même pas à mettre de l'ordre sur la terre que vous possédez. Pourquoi vous en voulez plus ? Honnêtement, nous en avons assez de vos révolutions. Est-ce que vous vivez mieux depuis ? Non. Alors il faut peut-être prendre une autre voie ? Et si vous essayiez simplement de travailler ?

H2O, un internaute d'origine probablement kirghize, a fait une prédiction intéressante [russe] :

Во всем мире особенно в Китае, Индии в ЦА будет большие проблемы с водой и орошением в ближайшие годы и десятилетия. Возможно будут войны за воду. Например между Египтом и Эфиопией или Турцией и Ираком. Вода это новое супероружие (для тех кто богат на гидроресурсы как Киргизия) и скоро будет дороже чем золото+нефть. Тай что готовьтесь платить. Киргизы же платят за газ, бензин итд.

Le monde entier, et surtout la Chine, l'Inde et l'Asie Centrale, va connaître de gros problèmes d'eau et d'irrigation dans les prochaines années et décennies. Des guerres pour l'eau seront possibles. Par exemple, entre l'Egypte et l'Ethiopie, ou la Turquie et l'Irak. L'eau est la nouvelle super-arme (pour ceux qui sont riches en ressources hydriques comme le Kirghizistan] et vaudra bientôt plus que l'or et le pétrole. Préparez-vous donc à payer. Les Kirghizes paient bien [votre] gaz, essence etc.

Talgat Smagulov, un Kazakh, a écrit [russe] :

Мы им экономическую помощь, а они нам воду перекрывать. Неблагодарные.

Nous leur donnons une aide économique, et ils nous coupent l'eau. Les ingrats.

Anonim, un autre internaute du Kazakhstan, cherche une explication [russe] dans la situation politique du voisin plus pauvre, mais plus démocratique :

“… БЕДНОСТЬ И ДЕМОКРАТИЯ – ВЕЩИ НЕСОВМЕСТИМЫЕ…” ЦИТИРОВАЛ ЧЕРЧИЛЛЯ НАШ ПРЕЗИДЕНТ. ВОТ ЧТО ПРОИСХОДИТ, ОКАЗЫВАЕТСЯ. РЕВОЛЮЦИИ, ПИКЕТЫ, ДЕМОНСТРАЦИИ И ВСЯКИЕ РАЗНЫЕ АКЦИИ. ПОСТОЯННО У НИХ НА ГЛАВНОЙ ПЛОЩАДИ СТОЯТ ЮРТЫ ТАКИХ ПРОТЕСТУЮЩИХ… СЕГОДНЯ НА ОДНУ ТЕМУ, ЗАВТРА НА ДРУГУЮ ТЕМУ ПРОТЕСТУЮТ. ГЛАВНОЕ, НЕ РАБОТАТЬ. СКОРО КР КАК ГОСУДАРСТВО ПЕРЕСТАНЕТ СУЩЕСТВОВАТЬ НАВЕРНОЕ.

“… Pauvreté et démocratie sont incompatibles…” notre Président [Nazarbaev] a cité Churchill. Il se trouve que c'est ce qui arrive. Révolutions, occupations, manifestations et toutes sortes d'actions. Ils ont tout le temps leurs yourtes et manifestants sur la grand'place… Aujourd'hui ils manifestent pour une chose, demain pour une autre. L'important, c'est de ne pas travailler. Le Kirghizistan cessera probablement bientôt d'exister comme Etat.

Note de l'auteur : En général, la frontière du Kirghizistan avec le Kazakhstan est moins problématique que celles avec le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Le mois dernier, RFE/RL a rapporté [anglais] que des gardes de sécurité ouzbeks ont abattu un citoyen kirghize à proximité de la frontière occidentale de cette république avec l'Ouzbékistan. Explication dans l'article : “Les coups de feu le long de la frontière kirghizo-ouzbèque sont fréquents et résultent souvent de vols d'animaux comme les chevaux, les vaches ou les moutons.”

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