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Crise politique à Madagascar : la lueur au bout du tunnel?

L’organisation envisagée d'élections présidentielles vers fin octobre 2013 après de multiples délais laisse envisager une solution à l'impasse politique à Madagascar. Les crises post-électorales à répétition dans le pays incitent cependant à la prudence face à un optimisme prématuré sur les élections comme une étape vers une sortie de crise durable. Car si d’aucuns entrevoient enfin la proverbiale “lueur au bout du tunnel”, le chantier de la reconstruction économique est encore en lambeaux. En effet, la pauvreté endémique dont souffrent la population malgache ne date pas de cette crise, même si les indicateurs économiques montrent qu'elle s'est aggravé fortement ces 4 dernières années. De nombreux observateurs de la grande île se sont penchés sur les causes et les solutions potentielles à la crise qui mine le pays. Cette première partie traite de la crise politique et des conditions pour en sortir. La deuxième partie se penchera sur le volet économique de la crise et les solutions à envisager.

Elections et accès équitable à l'information

La tenue d'élections en 2013 serait un début de sortie de crise mais certainement pas la panacée. Beaucoup ont du mal à croire à des élections qui changeront le cycle de crise périodique à Madagascar mais veulent quand même y croire, comme Sahondra Rabenarivo, juriste et experte en droit international :

Je rentre de la campagne où les élections n’ont aucune, alors aucune, résonance. Quand on n’évite pas de parler des affaires nationales, on s’en remet à Dieu pour résoudre les problèmes, tellement le sentiment d’impuissance face à l’énormité du problème met le citoyen à l’écart de tout pouvoir d’agir [..] Les élections de sortie de crise étaient censées être différentes : la liste électorale allait être revue en long et en large, mais qu’en est-il ? Où était la société civile ? [..] Il n’est pas encore trop tard mais il le sera bientôt. Les médias doivent ne pas laisser les uns et les autres occuper la place médiatique. Car pour y croire, il faut avoir confiance, et pour avoir confiance, il faut une démonstration crédible de progrès (carte d’électeur, bulletin final orienté vers la compréhension des électeurs et pas les préférences des politiques, accès égalitaire aux antennes nationales, abandon de prérogatives ministérielles)

 

Vote d'un citoyen malgache via Andrimaso avec leur permission

Vote d'un citoyen malgache via Andrimaso avec leur permission

Tsilavina Ralaindimby, ancien ministre de la culture, abonde dans ce sens et plaide pour un accès aux médias équitable pour tous les candidats:

Si le suffrage universel est sacré c’est parce que l’opinion exprimée par le choix du citoyen est sacrée. Mais comment avoir un véritable choix si on ne dispose pas de l’intégralité des informations ? Comment sera assuré l’accès équitable des candidats aux médias publics en particulier ? Sachant aujourd’ hui que les médias privés dominants sont ancrés à des candidats, les prix du temps d’antenne risquent d’y être prohibitifs.
Ne rêvons toutefois pas de conditions idéales et respectées. Nous avons empilé tellement de couches de complexités dans nos façons de penser et de faire qu’appliquer des idées justes et simples est devenu compliqué. Mais si ces diverses conditions sont remplies dans la majorité des lieux de vote et qu’au travers de leurs représentants dans les différentes régions, les candidats en compétition l’admettent, sont-ils d’accord pour signer un document commun où ils s’engagent à respecter les résultats et à donner une nouvelle chance à la démocratie à Madagascar ?

 

Les causes cachées de la crise de 2009

La périodicité des crises politiques à Madagascar s'accélèrent de manière inquiétante: 1975, 1991, 1996, 2002 et 2009. Pour la crise de 2009, de nombreux experts se sont penchés sur les raisons qui ont provoqué cette spirale irréversible du pays dans l'impasse actuelle. Une récente étude publiée sur le magazine Les Afriques explique “les secrets profonds de la [dernière] crise malgache”. L'étude argumente que les intérêts géo-politiques divergents autour de la grande île ont attisé le coup d'état qui a renversé Marc Ravalomanana :

Le coup d’Etat d’Andry Rajoelina, le 18 mars 2009 à été qualifié comme étant un «french Coup», un coup-d’état orchestré par la France, selon les propos d’un diplomate européen à l’issue de la réunion du groupe international de contact sur Madagascar du 6 au 7 octobre 2009 à Antananarivo [..] Dans les câbles diplomatiques américains révélés par WikiLeaks à l’automne 2011, la même idée est mentionnée par M. Pierre Van den Boogaerde, ancien représentant du Fonds monétaire International (FMI) à Antananarivo. « Van den Boogaerde a affirmé que la France a payé la facture pour les “extras” du CAPSAT », note l’ambassadeur américain de l’époque, M. Niels Marquart, en référence aux mutins du Corps des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT), qui ont joué un rôle central dans le renversement de M. Ravalomanana et l’accession de M. Rajoelina au pouvoir en mars 2009. [..] L’arrivé de Rajoelina a fait tomber Madagascar entre les mains d’apprentis sorciers qui ont ouvert la boîte de Pandore. [..] La crise politique malgache depuis 2009 a donc été le résultat d’une mésentente entre la France et les U.S.A et les intérêts pétroliers sont au centre de cette querelle. Le plan énergétique américain et français, qui consiste à s’immiscer dans les affaires politiques, économiques et militaires des Etats pourvoyeurs de pétrole pour faire main basse sur cette dernière, n’est pas d’invention récente…

Les affirmations du magazine Les Afriques sur le rôle de la France se basent principalement sur l'article de Thomas Deltombe dans Le Monde Diplomatique de Mars 2012 pour étayer ses arguments. Dans cet article, Deltombe affirme ainsi que:

Les sujets de crispation franco-malgaches se multiplièrent tout au long de la présidence Ravalomanana. Le groupe Bolloré fut, dit-on, fort marri de se voir souffler la concession du port de Toamasina, privatisé en 2005, par un concurrent philippin. Quant à Total, il fallut une très forte pression de l’Elysée pour que le gouvernement malgache signe, en septembre 2008, une licence permettant à la multinationale française d’explorer les sables bitumineux de Bemolanga, à l’ouest de Madagascar [..] Si l’hypothèse d’un soutien français au coup d’Etat a la vie dure, c’est aussi que la France n’a jamais masqué sa proximité avec le président de la HAT Andry Rajoelina. [..] Si M. Rajoelina a les faveurs de la France, encore faut-il savoir de quelle « France » il s’agit. Car Paris a toujours eu plusieurs canaux d’intervention parallèles en Afrique subsaharienne. Ainsi, pendant que M. Stéphane Gompertz, par exemple, tentait au Quai d’Orsay de convaincre M. Rajoelina de ne pas se présenter à l’élection présidentielle qui doit intervenir, un jour, pour mettre fin à la « transition », d’autres, du côté notamment de M. Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Elysée et [alors] ministre de l’intérieur, adoptaient une ligne nettement moins consensuelle, défendant l’idée d’une élection rapide susceptible d’imposer le « chouchou » par les urnes.

 

Pourquoi Madagascar incite tant de convoitises qui la plongent irrémédiablement dans des crises à répétition ? Les Afriques rappelle que Madagascar est un pays qui a les ressources pour sortir sa population d'une pauvreté endémique :

Madagascar est riche en ressources forestières et halieutiques. Ses 5000 km de littoral, composés des mangroves et récifs coralliens qui produisent chaque année un excédent biologique (des poissons, des crabes, des crevettes, des concombres de mer et des huîtres) supérieur à 300 000 tonnes. Les mangroves du Canal du Mozambique servent à la reproduction de crevette de qualité appelées «L’or rose de Madagascar ». son sous-sol regorge du pétrole lourd et léger, de quartz, de diamant, d’or, d’ilménite etc. [..] Madagascar dispose donc de tout pour décoller. Pourtant cette île est l’un des 12 pays les plus pauvres du monde, 80% de la population vit en deçà du seuil de pauvreté [..]  L’insécurité des biens et des personnes et maximale aussi bien dans les grandes villes que dans les zones reculés.

 

Le processus de sortie de crise devra donc naviguer à travers de nombreux obstacles et des intérêts divergents pour pouvoir poser les bases d'une reconstruction solide. Mais le temps joue aussi contre la grande île. Les prochains dirigeants devront trouver des solutions dans un très court terme au regard de la situation économique fragile du pays.

Le deuxième volet de cette analyse par les observateurs de la crise malgache se focalisera donc sur la partie économique et sociale.

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