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Brésil : Le débat sur le renfort de médecins cubains teinté de racisme ?

Enfermeiro prepara injeção anti-ofídica. Existem muitas dificuldades na prestação de cuidados de saúde a comunidades locais da Amazônia no Brasil. Durante o salvamento de um residente do Rio Negro mordido por uma serpente (Surucucurana), levou oito horas a chegar ao hospital mais próximo em Novo Airo. Foto: Marcio Isensee e Sá copyright Demotix (11/04/2013)

Novo Airo, Brésil (11/03/2013): un infirmier préparant un sérum anti-venin. Les services de santé rencontrent d'énormes difficultés pour dispenser les soins auprès des communautés de la région amazonienne. Lors d'une opération de secours à un résident de la région, mordu par un serpent (Surucucurana), l'évacuation par le Rio Negro jusqu'à l'hôpital le plus proche, ne dura pas moins de 8 heures. Photo: Marcio Isensee et Sá copyright Demotix

[liens en portugais] Les premiers 400 médecins cubains, participants au programme “Mais Médicos” (Plus, dans le sens de “davantage”, de Médecins) du gouvernement fédéral brésilien, sont arrivés dans le pays. Parmi tout le bagage nécéssaire à un séjour de trois ans dans des régions du Brésil en manque d'assistance médicale, ils ont aussi apporté avec eux le débat autour des problèmes du système de santé publique brésilien. 

L'arrivée de médecins étrangers dans le réseau de santé publique du Brésil provoquait déjà la controverse et divisait des opinions sur le Net, bien souvent marquées du sceau de l'intolérance et du racisme.

1957, a estudante Elizabeth Eckford chegando para o seu primeiro dia de aula numa escola sem separação racial em Little Rock, Estados Unidos. 2013, médico cubano sendo vaiado por médicos brasileiros, Fortaleza. Imagem partilhada mais de 39 mil vezes no Facebook.

L'arrivée d'une élève à son premier jour de cours dans une école sans séparation raciale (1957) et l'arrivée d'un médecin cubain à Fortaleza, dans le cadre du programme “Plus de Médecins” (2013). Photo partagée plus de 39 000 fois sur Facebook.

Toujours est-il que la question est apparue sous un autre jour après la manifestation d'un groupe de médecins de Fortaleza, Ceará, à la sortie d'une cérémonie d'accueil organisée pour l'arrivée des médecins cubains le 26 aout dernier. La réception organisée par le groupe de manifestants, émaillée de huées et de slogans hostiles aux nouveaux arrivants, a été filmée et la vidéo est devenue virale sur l'internet brésilien.

Une photo de la manifestation qui montre un médecin cubain noir, hué par des médecins (à droite), a envahi toutes les Unes des journaux ainsi que la timeline brésilienne (#MaisMédicos), devenant ainsi la photo officielle illustrant la discussion. En pleine semaine de célébration des 50 ans de la Marche de Washington, l'image a aussi servi de relecture historique, comme elle a contribué à centraliser le débat autour du racisme.

Au cours d'une interview, le docteur José Maria Pontes, président du Syndicat des Médecins du Ceará (SimeC), a nié le fait que les attaques aient été lancées contre les médecins cubains et que les quolibets entendus, tels que “esclaves”, aient été une manifestation raciste. Selon lui, les protestations avaient pour cible le représentant du Ministère de la Santé.

La ministre des politiques de promotion de l'égalité raciale, Luiza Bairros, a regretté la réception faite aux médecins cubains, tout en constatant que “le racisme existe encore et la place que les noirs occupent, au sein de la société brésilienne, est encore une fois remise en question”.

#Mais Médicos: le mot-clic contesté

Ilustração do médico e desenhista Solon Maia no seu blog, Meus Nervos (CC BY-NC-ND 3.0)

Illustration du médecin et dessinateur Solon Maia sur son blog, Meus Nervos (CC BY-NC-ND 3.0)

Selon des données officielles, 80% de la population brésilienne dépend actuellement du système public de santé, le SUS (Système Unique de Santé, l'Hôpital Public). La réalité montre cependant, que, malgré l’augmentation du nombre de médecins formés dans le pays, au cours de ces dernières années, les régions nord et nordeste, plus spécialement dans les villes reculées de l'intérieur des terres, souffrent du manque de professionnels (de santé).

C'est ainsi qu'a surgit l'idée de Mais Médicos, un programme créé par le gouvernement fédéral pour  “stabiliser des médecins brésiliens et étrangers dans le réseau public de santé”.

Lors de la première étape, les places au sein du programme étaient accordées en priorité aux médecins brésiliens. Autrement dit, pas question de prendre les emplois des Brésiliens: les étrangers ne pourraient prétendre qu'aux postes situés dans les 700 municipalités qui n'avait pas trouvé preneur dans les rang des médecins brésiliens. Les Cubains cependant, font partie d'un accord différencié entre Cuba et le Ministère de la Santé du Brésil, sous l'égide de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

L'île communiste est considérée par l'OMS comme “le pays le plus développé du monde” dans le secteur de la santé, avec des indices de mortalité infantile inférieurs à ceux de pays comme les Etats-Unis et le Canada, grâce à la pratique de la médecine préventive. Le pays de Fidel est mieux classé, comme le montre l'article publié par Vinicius Galeazzi sur le site Sul 21:

No Brasil, há 1,8 médicos para cada 1.000 habitantes. Na Argentina, 3,2. O programa Mais Médicos visa elevar nosso índice para 2,5 médicos para mil habitantes: um incremento de mais de 170.000 médicos, quando nossas escolas de medicina formam cerca de 18.000 médicos por ano. Nesse contexto, não é aceitável que a corporação dos médicos brasileiros não concorde que se chame médicos de outros países para os postos carentes, onde eles não querem ir. Alegam que não há infraestrutura e, sem ela, os médicos não podem trabalhar, mas não lhes importa, parece, que pessoas adoeçam durante essa espera de infraestrutura.

Au Brésil, on recense 1,8 médecins pour 1.000 habitants. En Argentine, 3,2. L'objectif du programme Mais Médicos est d'élever ce numéro à 2,5 médecins pour mille habitants : une augmentation de plus de 170.000 médecins, quand dans le même temps, nos écoles de médecine ne forment que 18.000 médecins par an. Dans ce contexte, il n'est pas acceptable que la corporation des médecins brésiliens ne soit pas favorable au fait de faire appel à des médecins d'autres pays pour occuper les postes laissés vacants, c'est-à-dire, ceux où eux-mêmes ne veulent pas aller. Ils soutiennent qu'il n'y a pas d'infrastructures et que sans elle, les médecins ne peuvent pas travailler, mais ils se moquent semble-t-il, de savoir que des gens tombent malades pendant cette attente d'infrastructures.

La dispense d'examen alimente la polémique

L'accord conclu par le gouvernement brésilien visant à réglementer le travail des Cubains dans le pays, leur interdisant, par exemple, de changer de ville ou d'exercer la médecine dans un autre but que celui pour lequel on a fait appel à eux, les dispense de l'examen de revalidation de leur diplôme médical sur le territoire national, qui porte le nom de Revalida. Une partie des Brésiliens soutient que “faire appel à un médecin étranger sans valider son diplôme ce n'est plus de l'importation, c'est de la contrebande”.

84% des professionnels de santé cubains, ou formés à Cuba, qui vont travailler au Brésil ont plus de 16 ans d'expérience reconnue, précise le R7, (NdT: un portail d'informations). Ces dernières années, les premières places de l'examen Revalida ont toujours été occupées par des élèves d'écoles de médecine du Venezuela ou de Cuba.

Deux associations de médecins, l'Association Médicale Brésilienne (AMB) et le Conseil Fédéral de Médecine (CFM), ont initié des actions en justice pour essayer de suspendre le programme, en soutenant que l'embauche sans la revalidation du diplôme était illégale. Mais elles ont été rejetées. Dans l'Etat du Minas Gerais, le président du Conseil Régional de Médecine est même allé jusqu'à menacer de prison tout médecin travaillant sans la fameuse validation. Le ministre de la santé,  Alexandre Padilha, s'est exprimé sur son compte Twitter :

Ne pas porter secours ni donner de soins, ne peut être admis du point de vue de la déontologie médicale. Je ne peux pas croire que les médecins du MG suivront une telle recommandation

Une profession divisée : ce que disent les médecins

Le débat a donc divisé le corps médical brésilien. De nombreux médecins opposés à la venue de collègues étrangers en ont profité pour attirer l'attention sur les problèmes qu'ils rencontrent, principalement le manque d'infrastructures et la mauvaise rémunération. Le docteur Rodrigo Fontoura, qui travaille depuis sept ans dans le Système Unique de Santé (SUS) a livré le fond de sa pensée sur Facebook :

Não me aborreça depois de uma dia de plantão no SUS quando vou para casa triste e frustrado pensando que não fiz o meu melhor para alguns pacientes, porque não tive recursos básicos.
Não me faça ter pena da sua ignorância sobre o real motivo das vaias aos cubanos, portugueses, espanhóis ou brasileiros do Mais Médicos.
Essas vaias não são para os seres humanos que ali estão, e sim para o que eles representam.
Eles são a representação do descaso com a saúde, com todos os profissionais (médicos, enfermeiros, téc. Enfermagem, etc) que diariamente lidam com a mazela da sociedade, sem recursos.

Ne m'énervez pas quand, après une journée de garde au SUS je rentre à la maison triste et frustré pensant que je n'ai pas donné le meilleur de moi-même pour des patients parce que je n'en avais pas les moyens techniques de base.
Ne me faites pas l'affront de votre ignorance quant au réel motif des huées contre les Cubains, Portugais, Espagnols ou Brésiliens du programme Plus de Médecins.
Ces huées ne sont pas destinées aux être humains qui sont là, mais plutôt à ce qu'ils représentent.
Ils sont la vivante représentation du peu de cas que l'on fait de la santé, de tous les professionnels (médecins, infirmiers et infirmières, techniciens, etc.) qui sont quotidiennement confrontés aux maux de la société, sans aucun moyen.

De l'autre côté, se trouvent les médecins réceptifs à l'idée. David Oliveira de Souza, membre de l'organisation Médecins Sans Frontières, a publié une lettre ouverte aux étrangers sur son blog et dans le journal Folha de São Paulo, dans laquelle il souligne qu'une grande partie des problèmes de santé de la population brésilienne peuvent être résolus lors d'une simple consultation et il déclare :

A sua chegada responde a um imperativo humanitário que não pode esperar. Em Sergipe, por exemplo, o menor Estado do Brasil, é fácil se deslocar da capital para o interior. Ainda assim, há centenas de postos de trabalho ociosos, mesmo em unidades de saúde equipadas e em boas condições.

Votre arrivée répond à un impératif humanitaire qui ne peut pas attendre. Dans le Sergipe, par exemple, le plus petit Etat du Brésil, il est facile de se déplacer de la capitale vers l'intérieur. Mais même comme ça, il existe des centaines de poste de travail vacants, même dans les centres de santé équipés et bénéficiant de bonnes conditions.

Outre l'aide à la solution des problèmes de la santé au Brésil, on peut aussi espérer que cette initiative serve à changer le profil de la médecine brésilienne, en accroissant les opportunités et en ouvrant l'éventail de ceux qui ont accès à l'exercice de la profession. Comme ce fut le cas de l'étudiante en médecine Cintia Santos Cunha, originaire d'un quartier pauvre, qui a émigré à Cuba pour devenir médecin :

Entre polémiques et débats à venir, une certitude a été exprimée par l'analyste politique Bob Fernandes, dans une vidéo partagée plus de 20.000 fois sur les réseaux sociaux :

Milhões que moram nestas cidades (sem médicos) não querem saber se o médico é baiano, sueco ou cubano. Querem médicos. E medicina. Sabem que um médico é melhor do que nem um médico. A boa medicina será cobrada, e muito, nesse caminho. O resto é o jeito de cada um enxergar a vida.

Les millions de personnes qui habitent dans ces villes (en manque de médecins) ne veulent pas savoir si le docteur est bahianais, suédois ou cubain. Ils veulent des docteurs. Et de la médecine. Ils savent qu'un docteur, c'est mieux que pas de docteur du tout. Des compétences en médecine seront exigées, et de bonnes, dans cette aventure. Le reste appartient à la manière dont chacun voit la vie.

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