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Les habitants de Gaza demandent la fin de l'enfermement

"A Gaza, tous nos rêves s'arrêtent à la frontière de Rafah.." Image produite par Mohammed Abdulrahman. Partagée sur Twitter à @AlaaAlShokri

“A Gaza, tous nos rêves s'arrêtent à la frontière de Rafah.” Image produite par Mohammed Abdulrahman. Partagée sur Twitter à @AlaaAlShokri

[Billet d'origine publié le 30 septembre 2013. Lien en anglais]

Des rêves sont nés puis se sont évanouis au poste-frontière de Rafah, entre l'Egypte et Gaza (Palestine). La frontière a été verrouillée par les autorités égyptiennes à la suite de la destitution de l'ancien président égyptien Mohammed Morsi. En conséquence de la fermeture, les étudiants palestiniens ne peuvent pas rejoindre leurs universités à l'extérieur de Gaza, et demeurent bloqués au poste-frontière de Rafah, qui est le passage principal pour 1,7 millions de Palestiniens de la Bande de Gaza du fait du blocus israélien.

Le poste de Rafah a été ouvert les 18 et 19 septembre 2013 pendant une courte durée. Le 18, 333 personnes ont traversé, tandis que 557 autres sont entrées en Egypte le 19. En tout, durant ces deux jours, d'après la page d'informations officielle du passage de Rafah, 1200 voyageurs ont attendu la permission de passer, dont des centaines d'étudiants palestiniens.

Le 18 septembre, un groupe d'étudiants palestiniens a organisé un sit-in pour demander l'ouverture de la frontière afin de pouvoir aller assister à leurs cours et passer leurs examens. Beaucoup sont encore bloqués à la frontière.

Parmi eux, il y a Shahd Abu Salamah qui raconte leur calvaire sur son blog. Abu Salamah, qui fait ses études en Turquie, tweete :

Cher #postefrontièredeRafah, tu m'as laissée sans énergie pour faire quoi que ce soit, sans espoir, toujours à cran, incapable de dormir. Libère moi ! Laisse moi sortir.
— ShahdAbusalama (@ShahdAbusalama) 29 septembre 2013

Sur son blog, elle explique :

Cela fait plusieurs fois que j'essaye d'écrire ce que je vis au poste-frontière de Rafah, à la frontière fermée avec l'Egypte, qui laisse des milliers de personnes bloquées à Gaza. A chaque fois que je commence, un grand soupir me submerge. Très vite, je me sens paralysée et finis par déchirer mon brouillon. Je n'ai jamais trouvé cela si difficile de raconter une expérience personnelle. Aucun mot ne peut capturer toute la souffrance et la peine que notre peuple vit collectivement à Gaza sous le siège inhumain et étouffant des autorités israélo-égyptiennes.

A l'heure où j'écris, je devrais me trouver quelque part dans le ciel, au milieu des nuages, volant vers Istanbul pour commencer un master. Mais je n'ai pas pu avoir mon vol car je suis encore coincée dans la Bande de Gaza assiégée, assise dans le noir car le courant est coupé à cause de la crise du pétrole, essayant de rassembler mes pensées et utilisant ce qu'il me reste de ma batterie d'ordinateur.

Elle finit son article en disant :

Cette expérience m'a portée à croire que la dignité humaine est devenue une plaisanterie. Le droit international est vide, composé de mots impuissants inscrits dans des livres. On nous prive de notre droit de circuler librement, de notre droit de suivre des études, de notre droit d'être bien soignés, et de notre droit d'être libres et de vivre dans la paix et la sécurité. Mais aucune personne de pouvoir n'essaie d'agir.

[…]

La tragédie de notre peuple à cause de la fermeture ininterrompue de la frontière de Rafah continue, et la crise s'aggrave. Vivre à Gaza dans ces circonstances est comme être condamné à une mort lente. Agissez et libérez nous. Il est temps de mettre fin à ces injustices que nous vivons au quotidien.

Malaka Mohammed a une licence de littérature anglaise de l'université islamique de Gaza. Elle est maintenant en master de politique et droit internationaux à l'université de Sheffield au Royaume-Uni. Elle partage son histoire sur le site Electronic Intifada en disant :

Après dix heures d'attente et de protestation, les 1800 voyageurs réunis dans une salle se sont tus, l'annonce faite par l'un des officiers de police faisant l'effet d'une douche froide : “Vous devez partir, nous avons fini le travail pour aujourd'hui. Revenez demain et peut-être que vous pourrez passer.”

Obaida Aainaldain, un autre étudiant de Gaza, voulait voyager pour aller étudier en Turquie, mais il n'a pas pu. Il écrit son histoire [en arabe] sur son blog :

ظللنا ننتظر الساعة تلو الاخرى، بلا فائدة، حتى إنتهى دوام الموظفين دون فائدة تذكر للطلاب سوى تسجيل أسمائهم بطريقة فوضوية مزعجة.
في سياق اخر وجدنا كثيرًا من الحالات الإنسانية العالقة، شخص كبير يبكي بكاءًا حارًا لأن مديره في العمل هدده بالطرد إن لم يصل خلال اسبوع، والآخر طالب طب يندب حظه لأنه تأخر عن إمتحانه المؤجل وعليه أن يعيد السنة كاملة

Nous avons attendu pour rien pendant des heures, jusqu'à ce que les employés aient fini leur journée de travail, sans aucun service pour les étudiants, à part nous faire noter nos noms de manière désorganisée.
Par ailleurs, nous avons trouvé beaucoup de personnes désespérées comme ce vieil homme pleurant parce que son chef l'avait menacé de renvoi s'il ne venait pas au travail pendant une semaine, ou comme cet étudiant en médecine qui se lamentait car il ne pourrait pas rattraper son examen et aurait maintenant à refaire son année entière.

Des militants on lancé une pétition sur Avaaz pour demander l'ouverture de la frontière. La pétition avait rassemblé environ 6000 signatures dans les trois premiers jours.

Depuis la destitution de Mohammed Morsi, le passage a été fermé plus de trois fois. Et tandis que le passage de Rafah entre l'Egypte et Gaza est partiellement ouvert pour quelques heures, le passage de Taba entre l'Egypte et Israël est toujours ouvert. Ainsi, Gaza reste sous le double siège d'Israël et de l'Egypte, et les habitants de Gaza restent piégés dedans comme dehors. Les étudiants sont toujours enfermés !

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