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Espagne: Les symboles franquistes exposés lors d'une vente dans une école publique

Uno de los puestos del mercadillo, donde se ven claramente objetos de simbología franquista. Foto subida a Twitter por Julio sin apellidos

Sur un stand de la foire, des objets à la symbolique franquiste bien en évidence. Photo publiée sur Twitter par Julio.

Samedi 28 septembre 2013, la mairie de Quijorna (Madrid) organisait en partenariat avec la Hermandad de Regulares (Amicale des Forces armées régulières) de Ceuta  les “Premières Journées culturelles sur l'armée et la défense”. Parmi les manifestations proposées, une exposition-vente d'objets en lien avec l'univers militaire s'est tenue dans les bâtiments du collège public Príncipe de Asturias.

Désagréable surprise, parmi les articles exposés figuraient des objets arborant des symboles fascistes : drapeaux espagnols de la période préconstitutionnelle, drapeaux et uniformes de la phalange [espagnol], portraits et photos de Francisco Franco et José Antonio Primo de Rivera, banderoles affichant des slogans franquistes, et même un drapeau à croix gammée.

Dans une vidéo de la chaîne télévisée La Sexta [espagnol], une habitante de Quijorna relate l'expérience que son fils de 10 ans y a vécue :

Un militaire s'est approché de lui et lui a dit : “tiens, prends cet autocollant je te le donne, tu pourras le mettre sur la fenêtre, mais ne le dis pas à ta maman, elle ne te laisserait pas faire”

La maire de Quijorna, Mercedes García (Parti populaire), dit ne pas avoir vu l'attirail fasciste exposé sur les stands de la foire mais reconnaît pourtant avoir passé une heure à l'exposition. Certains habitants ne la croient pas. Azucena Consejo, conseiller et porte-parole de l'opposition socialiste (PSM), explique dans cette même vidéo :

Otro puesto de mercadillo, con dos grandes cruces gamadas en primer plano. Foto subida a Twitter por alberto pérez ferré

Un autre stand. Au premier plan, deux grandes croix gammées. Photo publiée sur Twitter par Alberto Pérez Ferré

C'est impossible. En entrant, la première chose sur laquelle on tombait, à droite, c'était deux banderoles avec la croix gammée nazi.

Considérant que cet acte pourrait enfreindre la Loi sur la mémoire historique, Consejo a porté plainte auprès de la Guardia Civil. La maire a présenté ses excuses, affirmant que la mairie n'avait pas connaissance des objets qui allaient être exposés, et que si elle l'avait su, la manifestation aurait été annulée.

Néanmoins, la maire, qui selon le site web de la chaîne de télévision publique rtve [espagnol] se définit comme “une personne profondément démocratique”, participait le jour suivant, dans le cadre de ces mêmes Journées, à un hommage aux combattants du camp franquiste tombés lors de la guerre civile, en déposant une couronne au pied du monument qui rappelle leur souvenir sur une place de la ville. Sur la plaque de ce monument on peut lire :

“A ceux qui sont tombés pour Dieu et l'Espagne en défendant Quijorna du 6 au 8 juillet 1937″

Sur Internet les réactions ont été très vives. Sur le site d'El País nomerepresentan [espagnol} rappelle que plusieurs membres de Nuevas Generaciones du PP ont pu se laisser photographier entourés de symboles franquistes sans s'attirer les reproches des responsables du parti :

Je ne sais pas ce qui peut encore choquer les gens aujourd'hui. Selon le termes de notre gouvernement élu, poser au milieu de symboles fascistes ne serait qu'une polissonnerie…

Sur 20minutos.es, Qbertoll dénonce l'essor des groupes fascistes depuis le début de la crise :

Ce genre d'actes et de situations sont encore minoritaires, heureusement. Mais attention, les crises bénéficient toujours aux groupes radicaux. En parlant aux tripes plutôt qu'à la tête, il est très facile de manipuler les gens, de leur désigner des boucs émissaires (adaptés à la situation du moment) responsables de la situation.

Des réactions également sur Twitter:

Salut, @PPopular, le parti n'a pas encore exclu la maire de Quijorna? Alors? Alors ? Alors ? Alors ?

“Quijorna autorise une manifestation franquiste dans un collège”. En Allemagne ils s'excusent, ici on est fier d'avoir enterré la moitié du pays dans les fossés.

Cartel anunciador de las jornadas. Imagen del blog «Apoyamos nuestras tropas»

Affiche des Jornadas. Image du blog «Apoyamos nuestras tropas» (nous soutenons nos troupes)

À Quijorna, des nostalgiques du nationalisme catholique, modèle de culture nationale, d'unité, de liberté et de grandeur, http://t.co/UCUqYSSRLh — Echelon_43 (@Echelon_43)

Mercedes García, maire de Quijorna, dit que le fascisme est une culture. La tauromachie aussi sans doute ?

Le procureur général a annoncé que le Parquet allait examiner les faits pour savoir s'ils relèvent d'une infraction aux lois démocratiques. Le PP de Madrid a pris ses distances par rapport aux événements de Quijorna, et selon El País, plusieurs de ses dirigeants ont reproché à la maire les faits survenus, bien que le parti ne semble pas décidé à prendre des mesures contre l'édile :

Malgré la “stupeur” et la “surprise” exprimées par plusieurs personnalités interrogées, il n'apparaît pas qu'une demande de démission sera déposée à l'encontre de Mercedes García qui, ne pouvant être suspendue, devrait démissionner pour être relevée de ses fonctions.

Conjonction de circonstances, il y a quelques jours seulement la Cour suprême a engagé des poursuites remarquées contre l'organisation d'extrême-droite Alianza Nacional en vue de l'interdire [espagnol]. Plusieurs membres de cette organisation ont pris d'assaut le gouvernement catalan à Madrid le 11 septembre dernier, lors de la Diada, fête de la communauté catalane.

En Espagne, les groupes d'extrême-droite semblent avoir beaucoup moins d'écho que chez ses voisins. Mais certains observateurs imputent cette faiblesse apparente au fait que ces groupes se seraient fondus dans les franges les plus conservatrices du Parti populaire actuellement au pouvoir. Selon Francisco Riaño Campos, député de Izquierda Unida,

L'Espagne est le seul pays à avoir souffert du fascisme qui ne l'ait pas condamné. L'apologie du fascisme n'y est pas devenue un délit.

Lors de la transition démocratique, les responsables n'ont pas été inquiétés par l'État espagnol qui s'est contenté de tourner la page et de considérer comme des démocrates du premier jour les fidèles au régime, (…) et beaucoup d'entre eux ont continué à propager leur idéologie au sein de leurs cercles, en réalité aucun n'est parti.

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