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Espagne : Un automobiliste condamné à Valence pour refus de parler castillan

Carles Mateu, un homme qui a refusé de parler castillan durant un banal contrôle routier à Valence, a été condamné à six mois de prison et au retrait de son permis de conduire pour avoir désobéi aux autorités policières.

CarlesMateu

“NOUS SOMMES TOUS DES CARLES MATEU / Un groupe soutenant le conducteur condamné à 6 mois de prison à Valence”. Affiche du groupe de soutien de Carles Mateu dans la ville d'Alemenara. (Castelló). 

En décembre 2012, Mateu a été arrêté par la Guardia Civil, la force de police militaire, lors d'un contrôle routier à Castelló (Valencia). Mais il a été retenu pendant trois heures par deux agents, qui l'ont accusé d'avoir refusé de se soumettre à un test d'alcoolémie et de non-port de la ceinture de sécurité ainsi que du gilet jaune réfléchissant. Mateu clame pourtant le contraire: ces rapports seraient mensongers et les agents l'auraient sanctionné pour avoir parlé en valencien, un dialecte catalan, et refusé de s'exprimer en castillan.

La langue valencienne possède un statut officiel dans la région avec le castillan, comme c'est également le cas en Catalogne et dans les îles Baléares. Selon La Veu del País Valencià, un média en ligne, Mateu a eu le sentiment que les agents ont affiché des signes de “mépris” envers lui et sa langue, utilisant des phrases telles que “parle-moi en castillan, nous sommes en Espagne”. 

Mateu a été acquitté en janvier 2013, mais le procureur de la République a fait appel et le jugement a été révoqué. Dans le même temps, son action à l'encontre des fausses accusations des agents de police a été rejetée. Le nouveau verdict, prononcé le 20 septembre dernier, le condamne à six mois de prison et à la suspension de son permis de conduire pendant un an et un jour.

De victime à coupable

L'affaire a suscité un grand intérêt, tant civil que politique, parmi les territoires de langue catalane, que beaucoup considèrent comme un énième cas de discrimination linguistique, similaire à ceux rapportés au festival de musique Arenal Sound l'été dernier. Dans une interview donnée au journal catalan El Punt Avui, Mateu explique:

He de dir que vaig reaccionar com qualsevol persona a qui intenten furtar el seu dret a la lliure expressió i vaig reaccionar –ho dic sincerament i amb el cor a la mà– per sota de la pressió a què els dos agents em van sotmetre.

Je dirai que j'ai réagi comme n'importe quelle personne dont le droit d'expression aurait été bafoué, et j'ai réagi – je le dis sincèrement, la main sur le cœur – j'étais sous pression et soumis à ces deux agents.

CarlesMateu2

“MOI AUSSI, JE POSSEDE LE DEFAUT DE PARLER VALENCIEN.” Image partagée sur Twitter par Alícia (@marclia), professeur de Catalan à l'université de Valence.

L'avocat de Mateu a expliqué au journal numérique VilaWeb que le conflit linguistique est désormais considéré comme une stratégie que Mateu a utilisé pour éviter l'alcootest, le faisant passer de victime à coupable.

Nous sommes tous des Carles Mateu

Les démonstrations de solidarité se sont multipliées sur le net. La page Facebook Jo També Sóc Carles Mateu (moi aussi, je suis Carles Mateu), reçoit les messages de soutien.

Sur Twitter, de nombreux internautes ont exprimé leur mécontentement grâce au mot-clé #TotSomCarlesMateu (Nous sommes tous des Carles Mateu). Antoni Manyanós (@amanyanos), professeur d'histoire-géographie, déclare:

Valence, un endroit où le régime espagnol peut vous envoyer en prison pour avoir parlé valencien avec la Guardia Civil 

La journaliste valencienne Amàlia Garrigós (@AmaliaGarrigos) a encouragé ses abonnés à signer une pétition sur Change.org, qui réclame des agents de sécurité parlant catalan:

Un conducteur valencien condamné pour avoir parlé sa propre langue. Signerez-vous cette pétition? Je viens de le faire !

De plus, un groupe soutenant Mateu s'est constitué dans sa ville d’Almenara, et une pétition sur Change.org a rassemblé plus de 11 500 signatures demandant l'annulation de la condamnation.

Des réactions politiques

Le cas de Carles Mateu est arrivé au Parlement Espagnol grâce à Joan Baldoví de la Coalició Compromís (coalition Compromis-Q), et Joan Tardà, de la Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche Républicaine de Catalogne, ERC). Baldoví a déclaré qu'il serait “barbare” d'envoyer un citoyen en prison pour avoir parlé sa propre langue, tandis que Tardà a formulé de nombreuses questions au Ministère de l'Intérieur.

Ramon Tremosa, un membre du Parlement Européen représentant le parti catalan de droite modérée au pouvoir, Convergència i Unió, a rapporté ce cas à la Commission Européenne avec le soutien des partis ERC et ICV-EUIA:

Maintenant nous sollicitons la Commission Européenne concernant la condamnation à l'encontre de Carles Mateu pour avoir parlé catalan. Soussigné: @ciu @Esquerra_ERC i @icveuia #WeAreAllCarlesMateu

Accroître la sensibilisation pour arrêter le conflit linguistique

Josep Escribano, président d’El Tempir, une association civique pour la langue, a encouragé les gens à rapporter les cas de discrimination linguistique afin de générer une pression sociale. 

Escribano assure que la suprématie de la langue castillane a, au fil du temps, permis aux gens parlant le catalan d'intérioriser leurs préjugés envers leur propre langue, qu'ils déprécient. Mais il demeure optimiste :

Cada vegada més, la gent que és ferma i que té una lleialtat lingüística, que s'estima el país i que s'estima la llengua, està fent un pas endavant i ho denuncia.

De plus en plus, les gens qui sont fermes et ont une loyauté linguistique, qui aiment la nation catalane et sa langue font un pas en avant en rapportant les cas de discrimination.

En rendant public ces cas de discrimination linguistique, les citoyens reçoivent le soutien des entités défendant la langue et la communauté, ce qui facilite la normalisation linguistique et les droits linguistiques universels de l'utilisation du catalan.

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