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Etre insulté par Poutine, une marque d'honneur

Vladimir Putin meets with United Russia officials, 3 October 2013, Kremlin press service, public domain.

Vladimir Poutine rencontre la direction de Russie Unie, le 3 octobre 2013, service de presse du Kremlin, domaine public.

Les militants de Greenpeace embastillés à Mourmansk sont peut-être les plus malchanceux dans le scandale qui entoure en ce moment les forages russes dans l'Arctique, mais ils ne sont pas les seuls à souffrir. Sergueï Medvedev, un professeur médaillé de l'Ecole Supérieure d'Economie de Moscou, vient de s'attirer les foudres de plusieurs responsables politiques russes (dont Vladimir Poutine), en suggérant dans une discussion sur Facebook que la Russie devrait permettre un contrôle de la région par la communauté internationale.

A une réunion publique du 3 octobre 2013 avec des responsables du parti Russie Unie, un participant s'adressant à Poutine commença à expliquer qu'un “certain professeur russe” avait proposé que la Russie renonce à sa souveraineté sur l'Arctique. Avant que l'homme puisse terminer, Poutine chuchota de façon audible [russe], “L'imbécile !” L'auditoire d'applaudir le propos de Poutine. (Curieusement, la transcription officielle [russe] sur le site internet du Kremlin enregistre une expression plus policée : “quelqu'un [a dû] faire une blague.”) Dans une riposte sur Facebook qu'il a par la suite supprimée [russe], Sergueï Medvedev a déclaré “[prendre] une insulte personnelle de Poutine comme une marque d'honneur.”

On ne sait si Poutine savait ou non sur le moment que son insulte visait le Professeur Medvedev, mais sa remarque n'en a pas moins alimenté un nouveau tour de débat public sur le sort de l'Arctique russe, que les utilisateurs ont étiqueté du mot-clic “#придурокизвшэ” (#imbécile de l'école supérieure d'économie).

L'Ecole supérieure d'économie, où enseigne Sergueï Medvedev, est connue comme l'une des institutions les plus libérales et indépendantes de la Russie, et est tenue en grand respect par les universitaires occidentaux. L'enseignement de M. Medvedev s'apparente étroitement avec ses idées audacieuses sur l'Arctique. De fait, ses récentes publications de chercheur comprennent des travaux sur “connaissance et éducation, biens publics mondiaux, “la tension entre souveraineté et interdépendance”, et “la sécurité, bien public mondial.” Il anime aussi un programme éducatif sur la télévision “Kultura,” et intervient régulièrement dans la presse russe. Sur Facebook, il a près de 2.000 abonnés.

L'un d'eux, Andreï Gorbounov, l'a interpellé [russe] ainsi :

То, что тебя Путин назвал придурком, это не оскорбление, это твоя суть….

Que Poutine t'appelle un imbécile, ça n'est pas une insulte, c'est ce que tu es…

Un autre utilisateur de Facebook, Sergueï Demidov, a laissé entendre [russe] que le professeur Medvedev aurait dû être conscient des risques de propos aussi politiques :

сук на котором сидят, даже дурак сомневается рубить… АРКТИКА – это в первую очередь ПОЛИТИКА […].

même un idiot sait qu'il ne faut pas scier la branche sur laquelle on est assis… L'ARCTIQUE, c'est en premier lieu de la POLITIQUE […].

Katya Bychkova, dont le profil Facebook indique qu'elle est une ancienne élève de l'Ecole Supérieure d'Economie, a offert [russe] des paroles de soutien à son possible ancien professeur :

Сергей, если после всего этого придется уйти из вышки, это будет полный для нее провал.

Sergueï, si après tout ça vous devez quitter Vychka [le surnom de l'ESE], ce sera un échec total pour elle.

Sergei Medvedev, explains his Arctic comments to Russia's Public Chamber, 5 October 2013, YouTube screenshot.

Sergueï Medvedev explique ses propos sur l'Arctique devant la Chambre Publique de Russie, le 5 octobre 2013, capture d'écran YouTube.

Ecrivant sur LiveJournal, le populaire blogueur russe Andreï Malgin a moqué l'affirmation de Poutine que l'Arctique est “une partie intégrante de la Fédération de Russie.” (Si les propos de Poutine peuvent être compris comme une revendication territoriale sur l'entièreté de la zone, ils masquent un débat international non tranché sur les limites extérieures précises du plateau continental de la Russie. Malgin, ne s'embarrassant pas des subtilités de la dispute sur l'Arctique, a publié une carte du nord du cercle polaire montrant que la région chevauche le Canada, le Danemark, la Norvège et les U.S.A. Il a joint [russe] cette prière narquoise :

“Расскажите кто-нибудь Путину, что Арктика выглядит следующим образом:”

“Que quelqu'un dise à Poutine que l'Arctique ressemble à ceci.”

Les forages dans l'Arctique, vieille question environnementale et  baril de poudre dans les débats sur la souveraineté, sont-ils sur le point de changer la culture universitaire de la Russie ? Les fermes réactions à la remarque insultante de Poutine contre l'opinion de Sergueï Medvedev étaient probablement inspirées par les inquiétudes sur la liberté des chercheurs. Le pétrole de l'Arctique sera-t-il le combustible d'une nouvelle campagne de patriotisme pour étouffer les centres de réflexion indépendants de Russie ?

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