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La Chine renforce le “Parti des 50 centimes”, son armée de propagande en ligne

An icon of internet police in China to remind netizens to avoid unlawful behavior online. Photo from flickr user Harald Groven. CC BY-SA.

Un personnage de “policier d'internet” rappelle aux citoyens qu'il se doivent d'éviter tout comportement contraire à la loi sur la toile. Photo de l'utilisateur Flickr Harald Groven. CC BY-SA.

[Billet d'origine publié le 17 octobre – Liens en anglais]

Depuis une dizaine d'années, le gouvernement chinois et le Parti Communiste emploient des commentateurs en ligne qui manipulent l'opinion publique en postant des commentaires favorables à la politique officielle. Mais le Parti a du mal à garder l'avantage dans les débats en ligne, car le travail fourni par ce qu'on appelle le “Parti des 50 centimes”, un surnom donné à ces commentateurs en référence au montant moyen reçu par commentaire, est de qualité variable.

Si l'on jette un oeil aux affaires les plus discutées sur les réseaux sociaux chinois ces dernières années, tels que le scandale de la Croix Rouge chinoise (2011-2013), l'accident ferroviaire de Wenzhou [fr] (2011) ou le procès de Xia Junfeng (2009-2013), on constate que les leaders de l'opinion publique connus sous le nom de “Big Vs” (détenteurs d'un compte vérifié), et la Marine du web, un ensemble de commentateurs employés par des firmes privées, ont eu plus d'influence sur le débat en ligne.

Mais la Chine passe désormais à la vitesse supérieure.

La vague de censure la plus récente a pris pour cible à la fois les “Big Vs” et la Marine du Web. De nouvelles directives judiciaires publiées en septembre interdisent même les compagnies privées spécialisées dans la suppression de commentaires, apparentant leurs services à du chantage.

Dans le même temps, le gouvernement chinois est en train de bâtir un Parti des 50 centimes plus professionnel et une Marine du web plus facile à contrôler. En effet, le nouveau système de licences mis en place par les autorités accordera un vrai statut professionnel aux commentateurs en ligne. En septembre, le Ministre des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale a officialisé la profession d'”analyste d'opinion en ligne” et a ajouté cet emploi à la liste formelle du Centre Chinois pour l'Emploi et la Formation Technique, une institution “chargée de fournir une assistance technique pour la formation et l'emploi à une échelle nationale, et responsable de l'organisation de tests de compétences à travers le pays.” Cette reconnaissance officielle permettra aux autorités d'ouvrir des postes d'”analystes d'opinion en ligne” financés par le budget officiel, plutôt que d'empiéter sur les dépenses ou d'engendrer des frais supplémentaires en engageant des commentateurs freelance.

La nouvelle a suscité la colère des internautes chinois, mécontents que leurs impôts servent désormais à financer la surveillance et la censure de leurs propos. He Qinglian, un commentateur bien connu sur le net, a expliqué la situation à Voice of America (via le International Business Times):

Ces emplois sont financés par l'argent des impôts, alors même qu'ils vont à l'encontre du contribuable. La différence avec les autres secteurs de l'emploi, c'est que ces analystes ont pour but de renforcer le contrôle politique. La spécialité de ce secteur est de consommer de la richesse sociale sans rien créer en retour.

Dans une interview accordée à 163.com, un expert de l'analyse d'opinion en ligne a déclaré que le salaire actuel d'un analyste en début de carrière se situait entre 6000 et 8000 yuans, soit entre 700 et 950 euros.

Selon le Beijing Morning Post, environ deux millions de personnes sont chargées de récolter, gérer et analyser les opinions formulées par le public sur la toile. Ces employés travaillent soit pour le département de la propagande, soit pour des portails commerciaux en ligne. Afin d'obtenir une licence professionnelle, ils doivent suivre huit cours spécifiques, parmi lesquelles des formations d'analyse de l'opinion publique, de critique, de gestion de crise et de réaction d'urgence.

Les analystes d'opinion en ligne utilisent également des logiciels de surveillance qui suivent les points de vue exprimés autour de certains mots-clefs choisis par leurs clients. La fonctionnalité de ces logiciels varie avec leur prix, qui s'échelonne de 50 000 à 3 millions de yuan (de 6000 à 350 000 euros). Certains logiciels peuvent même repêcher des données en provenance de sites étrangers et en analyser les résultats. Les analystes employés par le gouvernement et le Parti Communiste, quant à eux, ont la possibilité d'utiliser les logiciels de surveillance pour supprimer des commentaires.

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