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Egypte : La rentrée du programme satirique de Bassem Youssef saluée par des procès

C'est une série de procès qui a salué le coup d'envoi de la troisième saison d'Al Bernameg [Le Programme] du satiriste égyptien Bassem Youssef, l'événement médiatique et social le plus attendu du pays et probablement du Moyen-Orient.

L'année dernière, quelque 30 millions de téléspectateurs dans le monde arabe ont suivi l'émission satirique de l'ancien chirurgien cardiologue. Sur ce plan, rien n'a changé, du moins en Egypte, remarque Ramez Youssef :

مصر كلها قاعدة نفس القعدة بظبط دلوقتي !!

L'Egypte entière est assise en ce moment dans une position identique [et regarde l'émission] !!

Les spectateurs étaient sur des charbons ardents, avec une pause publicitaire de 18 minutes avant le spectacle, ce qui a allumé leur colère et leurs sarcasmes :

Je retourne en Egypte dans 2 semaines, je devrais arriver juste à temps pour la deuxième moitié d'el Bornameg de ce soir.

Je pense que le nouveau spectacle du @DrBassemYoussef (s'il commence un jour) sera l'émission la plus compulsivement live-tweetée depuis le final de Breaking Bad

Les spectateurs se demandaient si le programme garderait son tranchant sarcastique après les récents événements politiques et le basculement du pouvoir qui a secoué l'Egypte. Youssef allait-il contre-balancer les médias actuels, tous de façon écrasante militaristes et nationalistes ? Du point de vue de la forme, rien n'a changé dans le spectacle, avec sa recette classique de clips vidéos de la télévision égyptienne, de réflexions sarcastiques souvent alimentées de sous-entendus grivois, et de chansons scénarisées à la Broadway. Beaucoup s'interrogeaient si Al Bernameg s'en prendrait au nouvel homme fort de l'Egypte, le Commandant en Chef de l'armée égyptienne et Ministre de la Défense, le général Abdelfattah Al Sissi, comme il le faisait avec l'ex-président Mohammed Morsi lors de la saison précédente.

Après la fin des 70 minutes de l'émission, les réactions ont été très mêlées, témoignant du clivage de la scène politique. Saif AbdelFattah a souligné que rire des plaies des Egyptiens n'était pas la chose à faire :

Rire d'un blessé, se moquer d'un détenu, mépriser un martyr, reproduire les mensonges du pouvoir, et diffamer un symbole de liberté (Rabaa) de façon dégoûtante… ce ne sont pas des manières d'honnête homme

Nadia Al Magd dit à peu près la même chose en notant que le sarcasme se trompait de cible :

Le sarcasme contre les victimes (par milliers) au lieu des coupables, entre autres, ça n'est pas très élégant

Certains remarquent, avec grand regret, que le ton du programme était plus âpre sous Morsi :

Bassem a toujours été plus mordant avec Morsi et il a même alors un peu tâté le terrain. Ce n'est pas aujourd'hui que nous verrons jusqu'où il ira.

Comme l'a relevé Mohamed El Dahshan :

Bassem se moque des partisans de Sissi et non de Sissi directement, ce qui est malin. Mais à dire vrai, malheureusement, l'émission a perdu en liberté et en mordant

D'autres semblaient très satisfaits de ce premier épisode et ont voulu mettre les choses en contexte :

J'ai pensé que Bassem Youssef ne pourrait jamais mentionner directement Sissi. Je me trompais. La chute était un message direct à Sissi.

“Bassem Yousuf n'est pas allé assez loin”. Voyons si vous seriez allé aussi loin à sa place. Non ? Alors ça va.

La dernière catégorie de commentateurs, de loin la plus nombreuse, est celle des internautes pro-armée et pro-Sissi, apparemment très hérissés par les sous-entendus grivois et le manque de respect que Youssef aurait montré envers l'armée égyptienne et son commandement. Plusieurs entités ont décidé d'attaquer la tentative de l'animateur de “diffamer et insulter le ministre de la défense Abdel Fatah El Sissi.”

This pro-Sisi Facebook page vows to stop Youssef's programme. The caption reads: "We will not allow you to cross the line with Egypt's national symbols."

Cette page Facebook se promet de faire cesser le programme de Youssef, aux mots de : “Nous ne vous permettrons pas de franchir la ligne avec les symboles nationaux de l'Egypte.”

Un groupe Facebook pro-Sissi a fait voeu de réduire Youssef au silence. Son affiche ci-dessus professe :

Nous ne permettrons jamais à ce clown manqué et vulgaire de ridiculiser les symboles de la nation égyptienne, espèce de fils de p…

Le conseiller juridique de la branche jeunesse des Frères Musulmans a décidé d'aller en justice :

Le conseiller juridique de la branche jeunesse de la Confrérie fait un procès à  Bassem Youssef

Et les procès de s'accumuler :

Impossible de compter combien de personnes/groupes traînent Bassem Youssef devant les tribunaux pour son premier épisode de Bernameg. #Etrange

Mohamed Fathy souligne que des copies de ces assignations sont arrivées dans les rédactions des télévisions égyptiennes dix minutes à peine après la fin de l'émission :

Pour votre information, la copie du premier procès contre Bassem Youssef est parvenue dans plusieurs organes de médias 10 minutes après la fin de l'épisode. Ça veut dire qu'elles étaient préparées d'avance

Face à ce tumulte, CBC, la chaîne qui accueille l'émission de Bassem Youssef, a décidé de réagir et émis ce communiqué :

“CBS a suivi la réaction publique à l'épisode de hier de Al Bernameg présenté par le Dr Bassem Youssef. La plupart de ceux qui ont réagi étaient offensés par ce qu'ils ont vus dans cet épisode. CBS affirme sa volonté de défendre la fierté et les sentiments nationaux et s'assurera qu'aucuns sketches ou expressions offensantes susceptibles de heurter les sentiments du peuple égyptien ou les symboles de l'Etat égyptien ne seront diffusés. La chaîne confirme aussi son attachement à une totale liberté d'expression et d'information et son entier soutien à la révolution égyptienne et à ses buts”

Apparemment, comme Youssef l'a lui-même twitté à la fin de l'épisode :

Ce n'était pas un épisode dans un programme

Avant d'ajouter dans un autre tweet :

Le pays ne peut accepter le sarcasme en ce moment. On l'a dit hier soir, et il y a un an, et il y a deux ans, en plus de toutes les insultes et accusations de trahison

Nul doute que Youssef veut continuer à servir sa satire hebdomadaire aux Egyptiens et au monde arabe. L'Egypte est-elle prête pour cette nouvelle tranche ?

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