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Tweets2Rue : Connecter les personnes vivant à la rue

Il y a de plus en plus de personnes à la rue en France : en 2012, l'INSEE (Institut National de la statistique et des études économiques) a relevé que le nombre de SDF ou “sans domicile fixe” atteignait les 141.500, en hausse de 50 % depuis 2001 (rapporté par Libération).

Selon une étude menée par le secteur caritatif et résumée dans le Parisien, la progression de la pauvreté chez les plus vulnérables fait baisser la qualité de vie de nombreuses familles déjà précarisées. Un billet de blog [anglais] sur le site internet du Guardian illustre l'inquiétude :

Un sondage de 2009 a trouvé le chiffre ahurissant de 56% de Français qui pensent pouvoir se retrouver eux-mêmes à la rue un jour ; 75 % ressentent de la “solidarité” avec ceux qui dorment dehors.

Le 17 octobre, Journée Internationale de Refus de la Misère, cinq hommes sans domicile fixe ont reçu le moyen de raconter leur quotidien sur Twitter, sur l'idée de jeunes de quartiers parisiens défavorisés, participant à Génération Réactive, un “média médiateur” qui se propose de développer des méthodes innovantes pour résoudre les problèmes de la ville par l’ “intelligence collective”, selon les termes de son co-fondateur Emmanuel Letourneux.

Le site web de Génération Réactive décrit le projet basé sur Twitter comme un alliage de communication et de nouveaux médias dans la lutte contre l'exclusion des personnes en situation de grande précarité, en donnant à celles-ci les moyens de se tisser leur propre réseau de soutiens citoyens. 

Pourquoi Tweets 2 Rue ?

  • Parce que les personnes sans domicile fixe sont des citoyens et des sujets à part entière, qui ont beaucoup à partager et souhaitent souvent rompre leur isolement.
  • Parce que personne n’est mieux placé que les premiers concernés pour parler de la situation des personnes sans domicile fixe.
  • Pour favoriser un usage vraiment social des réseaux sociaux et encourager les solidarités au delà des cercles habituels.

Un blog a été dédié au projet, sur lequel ces hommes se présentent et racontent leurs problèmes et leurs espoirs. Le compte Twitter spécial pour l'opération, @tweets2rue retweete leurs messages et constitue une plate-forme de discussion et de contact pour ceux qui les suivent.

Et comment ces cinq hommes se sont-ils approprié l'outil ? Comme n'importe quel utilisateur de Twitter, ils publient des informations sur leur vie quotidienne, comme les difficultés à trouver un bon endroit pour dormir ou le manque de chaussures convenables, souvent avec beaucoup d'argot ou d'écriture phonétique (note : les chiffres ont été relevés le 12 novembre 2013).

Patrick M. @kanter57640 (1278 tweets, abonnements : 33, abonnés : 1799) est de loin le plus volubile. Il échange avec ses abonnés à propos de sa recherche d'emploi, et de ses idées sur la vie :

Sébastien Moustik @DjamaikaPtiseb (56 tweets, abonnements : 36, abonnés : 1618) est bricoleur :

Les tweets reflètent aussi la grande dureté de la vie à la rue. Nicolas @nickopompons (149 tweets, abonnements : 43, abonnés : 2259) a un souci permanent :

Ryan (@Usher226 (20 tweets – une vingtaine semble avoir été supprimée -, abonnements : 23, abonnés : 1541), vient de twitter sur le froid de plus en plus mordant, et communique avec les autres participants au projet :

Ryan cite aussi un autre participant, Manu @115toimeme:

Mais de l'espoir apparaît également. Le même Manu @115toimeme (359 tweets, abonnements : 55, abonnés 706) est venu de Côte d'Ivoire à Paris :

L'opération a reçu une très large couverture médiatique, faisant les titres, entre autres du Nouvel Obs ou de Stream Aljazeera [anglais], et des remous sur la blogosphère française. Le blogueur corto74 qualifie l'opération de “pur voyeurisme” :

Que se passera-t-il le 15 mars pour les cinq nouveaux héros de nos tweetlines lorsque l'opération prendra fin? On ne le sait pas trop. Peut-être seront-ils sauvés, extraits de la rue par un généreux compatissant, peut-être retourneront-ils dans l'anonymat, peut-être aussi qu'ils auront fourgué leur smart au marché noir… Allez savoir, pour l'instant, on s'en fout, ce n'est pas le sujet, on vous livre leurs vies en 140 caractères.

Mais nombreux sont les internautes enthousiastes. Entrepreneur indépendante en technologies, Anathalie Mukundwa salue le projet :

Le site solidaire et technophile Youphil fait l'éloge de l'initiative :

…cette campagne numérique est probablement plus efficace pour sensibiliser les gens à l’exclusion que les campagnes d’affichage, parfois misérabilistes, qui ne permettent pas vraiment de comprendre ce que vivent les sans-abris… Par ailleurs, la fracture numérique, que ce soit le manque d’accès aux nouvelles technologies ou le manque de compétences pour les utiliser, est un facteur d’exclusion important…

Le projet est soutenu par la Fondation Abbé PierreFrance Interla Fondation Agir et Génération Réactive.

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