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La Corée du Sud veut réguler les jeux en ligne au même titre que la drogue ou l'alcool

[Les liens renvoient à des sites en anglais sauf mention contraire]

Drogue, alcool et jeux d'argent. Le gouvernement sud-coréen veut ajouter à cette liste de domaines déjà sous contrôle un quatrième vice – les jeux en ligne.

En octobre 2013, les législateurs sud-coréens ont présenté un projet de loi qui régulerait les jeux en ligne d'une manière similaire à la drogue et l'alcool. Comme l'ont relaté les médias locaux, le Ministère de la santé et de la protection sociale est allé encore plus loin [coréen] en désignant les jeux en ligne comme l'un des quatre générateurs d'addiction [coréen] nécessitant un contrôle de l'Etat.

Si la réaction des internautes oscille entre railleries et critiques, la proposition a sans surprise subi les foudres des représentants de l'industrie des jeux, furieux d'être associés aux drogues et aux jeux d'argent.

 

New main image of the Korea Internet and Digital Entertainment Association's website

Nouvelle image d'accueil du site de l'Association coréenne du divertissement numérique et en ligne qui affiche ses “condoléances à l'industrie des jeux en Répubique de Corée”, faisant référence à la décision du gouvernement qui signe l'arrêt de mort de l'industrie du jeu coréenne. Utilisation non commerciale.

L'association coréenne de divertissement numérique et en ligne (Korea Internet and Digital Entertainment Association) a mis en ligne une pétition [coréen], proclamant que la décision du gouvernement signerait l'arrêt de mort de l'industrie coréenne du jeu, qui représente plus de 60% du marché des contenus du pays. En quelques jours seulement, la pétition rassemblait plus de 55 000 signatures.

Les médias sociaux coréens ont été envahis par les commentaires sarcastiques se moquant du projet de loi, certains utilisateurs déclarant qu'ils pousseraient sa logique au maximum en se faisant porter malades :

J'accueille avec joie l'idée de l'addiction au jeu reconnue comme une maladie. Je vais définitivement me faire diagnostiquer comme souffrant d'addiction au jeu par le médecin du travail de mon entreprise.

Maintenant que l'addiction au jeu est reconnue comme une maladie, je vais pouvoir partir en congé maladie, et on va peut-être même me déclarer handicapé ! Je pourrais utiliser l'autocollant handicapé sur ma voiture, et échapper aux frais de stationnement.. Ça vaut le coup de jouer !

Quelques voix plus sérieuses ont exprimé leur inquiétude que les législateurs et le gouvernement comprennent mal l'industrie du jeu vidéo ou le comportement du joueur :

La raison pour laquelle le problème de l'addiction aux jeux en ligne a pris des proportions énormes, c'est l'incompréhension par beaucoup du concept de “réalité virtuelle”. Les gens ont tendance à développer une peur irrationnelle de ce qu'ils ne connaissent pas. En fait, je pense que personne n'a réellement une idée claire des développements futurs de l'industrie des jeux vidéos.

Il y a quelques années, les autorités avaient présenté des statistiques sur l'addiction aux jeux, qui se sont avérées plus tard être des statistiques relatives à l'addiction à Internet. On ne pouvait pas utiliser ces chiffres comme preuves contre l'addiction aux jeux. Par ailleurs, cette étude s'avère infondée. De nos jours, ils n'essaient même pas de fournir des données et décrètent aveuglément que les jeux vidéos mènent à l'addiction. Les problèmes soulevés par l'addiction au jeu ne font désormais plus l'objet d'un débat rationnel.

La récente évolution de l'affaire fait écho à une autre controverse à propos d'un système de coupure mis en place par le Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, qui imposait un temps de jeu en ligne limité pour les jeunes de moins de 16 ans — un autre exemple de décision bureaucratique impopulaire dont les internautes ont dénoncé l'ignorance et l'inefficacité :

Quatre points que les pro-coupure ont en commun. 1. Ils ne connaissent pas les détails de cette loi. 2. Ils ne connaissent pas les droits des étudiants. 3. Ils ne connaissent pas les véritables causes de l'addiction au jeu. 4. Ils ne connaissent pas la structure de l'industrie des jeux (ils ont appris que les société de jeux gagnent beaucoup d'argent et en déduisent qu'elles sont comparables aux grosses entreprises)

De nombreux internautes ont souligné que les autorités n'ont pas su prendre du recul, consciemment ou non :

@idgmatrix:게임 중독이란 없다. 다만 여가와 놀이 시간의 심각한 부족이 있을 뿐이다. 원인과 결과를 뒤집지 말라. 우리의 연간 근무시간은 세계 1위를 달리고 있고[…]

@idgmatrix: L'addiction au jeu n'existe pas. Ce que l'on constate c'est un manque notable de temps libre dédié au loisir et au divertissement. Ne confondez pas les causes du problème avec ses symptômes. La quantité annuelle d'heures de travail en Corée compte parmi les plus élevées du monde […]

En fait, ça ne m'étonne pas que nos jeunes soient addicts aux jeux vidéos, avec tous les problèmes émotionnels auxquels ils sont confrontés — il est compréhensible que, prisonniers d'un système éducatif de m**** pendant 12 ans, ils souhaitent échapper à la réalité (en jouant).

@kinophio: 게임중독 여론은 최소한 3개 층위의 크로스다. 학부모의 지지율이 절실한 정치권, 지위의 안전과 돈줄을 확보하고픈 정부부처/민간단체, 그리고 ‘진심으로’ 게임이 미운 학부모들이다.

@kinophio: Il y au moins trois groupes d'intérêts concernés par le débat sur l'addiction au jeu : les groupes politiques qui cherchent désespérément le soutien des parents, les secteurs de l'administration et les organisations privées qui souhaitent sécuriser leurs statut et sources de bénéfices, et enfin les parents, qui eux détestent vraiment les jeux.

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