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Traditions de Noël en janvier chez les chrétiens d'orient

Tous les chrétiens ne fêtent pas Noël le même jour. Ceux d'Europe orientale, d'Afrique du Nord et de quelques autres pays attendent début janvier. Selon le calendrier grégorien, une des nombreuses méthodes inventées pour mesurer le temps, et calendrier mondialement utilisé aujourd'hui, le Christ est né dans la nuit du 24 au 25 décembre il y a un peu plus de 2.000 ans. Selon le calendrier julien, encore en usage dans de nombreuses institutions religieuses dans le monde, ces dates correspondent aux 6 et 7 janvier.

Parmi ceux qui fêtent Noël à ces dates en janvier, on trouve la plupart des chrétiens orthodoxes et coptes, de l'Europe Orientale à l'Egypte et l'Ethiopie. Nous avons fait appel à l'équipe merveilleusement diverse des plus de 700 auteurs de Global Voices pour qu'ils et elles nous décrivent leurs traditions locales orthodoxes et coptes de Noël préférées et avons constaté que notre planète reste festive bien après que le monde occidental a remisé les souliers et dépouillé les sapins de leurs décorations.

Markos Lemma explique depuis l'Ethiopie qu'une partie de hockey est au centre des célébrations de Noël dans son pays :

Noël tombe le 29 décembre du calendrier éthiopien (le 7 janvier selon le calendrier grégorien). Ledet (Noël), est célébré sérieusement par une messe qui dure toute la nuit après un jeûne de 43 jours appelé Tsome Gahad (l'Avent), et une procession spectaculaire, qui débute à 6h du matin et dure jusqqu'à 9h. Après la messe, on rentre chez soi rompre le jeûne avec de la viande de poulet, d'agneau ou de boeuf accompagnée d'injera et des boissons traditionnelles (tella ou tej). C'est la tradition que les jeunes hommes jouent une partie d'une sorte de hockey appelé genna en ce jour, et à présent Noël en est venu à être aussi connu sous ce nom.

En Serbie, c'est très différent, mais les fidèles de l'Orthodoxie en Serbie, au Monténégro et en Bosnie-Herzégovine fêtent la veillée de Noël le 6 janvier, le dernier jour du même jeûne de 40 jours observé en Ethiopie, et rompent leur carême le jour de Noël, le 7 janvier, avec un banquet familial similaire où abondent viandes de toute sorte et plats spéciaux de Noël. Si les traditions varient d'une région à l'autre de ces pays, l'auteur de ce billet en présente une que la très grande majorité des familles orthodoxes maintient vivante dans cette partie des Balkans :

Le jour de Noël, le 7 janvier selon le calendrier julien, les foyers serbes orthodoxes accueillent un jeune homme ou jeune garçon, appelé un Položajnik, dans la maison de bon matin. Le garçon est d'habitude un cousin plus jeune, un petit-fils ou un voisin, et il doit être le premier à franchir le seuil ce jour-là. Il apporte une couronne ou un faisceau de branches de chêne bien sèches, de foin et autres, appelé un badnjak [anglais], qu'il utilise pour allumer le feu. En ville, où il n'y a généralement pas de cheminée, c'est le poêle qui sert à allumer le badnjak. Tandis que les étincelles volent autour des feuilles et branches sèches, il psalmodie “Autant d'étincelles, autant de santé ; autant d'étincelles, autant de richesse ; autant d'étincelles, autant d'amour ; autant d'étincelles, autant de chance…”, sans ordre particulier. Les différents villages ou familles ont leurs propres versions de cette ritournelle. Le položajnik représente la santé, la prospérité et toutes les bonnes choses. Il apporte chance, santé et amour dans la maisonnée. Il reçoit alors un cadeau de la famille et participe à son petit-déjeuner de Noël.

L'expatrié blogueur David Bailey, mieux connu comme “An Englishman in the Balkans”, a publié cette vidéo montrant la rupture traditionnelle du pain de Noël, ou Česnica, le jour de Noël dans un foyer orthodoxe en Bosnie. La Česnica prend toutefois des formes différentes à travers la région. Dans la Voïvodine serbe, par exemple, elle est très sucrée, plus proche du baklava que du pain.

La salutation traditionnelle de Noël en Serbie, en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro est “Christ est né !”, à quoi on répond comme il se doit par “En vérité il est né”. Cela tombe bien, le Liban, un pays assez éloigné de l'Europe orientale, a adopté la même salutation de Noël. Thalia Rahme explique :

Au Liban … c'est de plus en plus à la mode de dire la phrase ci-dessus, en réaction à la sécularisation de Noël

Si elle est d'usage pour Pâques – Christ est ressuscité, vraiment Il est ressuscité – à présent nous le disons aussi à Noël – Christ est né, vraiment Il est né.

Le particularisme du Liban se manifeste en matière de calendriers et de célébrations de Noël, avec une pléthore de confessions religieuses et de traditions qui n'appartiennent qu'à lui. Thalia a réussi à démêler pour nous un peu de l'écheveau du Noël libanais :

Les orthodoxes libanais célèbrent Noël avec les catholiques maronites le 24 décembre.

Seuls les orthodoxes arméniens le font le 6 janvier, et comme c'est l'Epiphanie pour nous maronites [la fête du baptême de Jésus], c'est comme une double célébration et un jour férié officiel au Liban pour ne léser aucune communauté.

Nous avons une petite communauté copte et orthodoxe et [une] éthiopienne qui fêtent le 7 janvier.

Par contre, les orthodoxes arméniens ont décidé de fêter leurs Pâques le même jour que nous maronites, mais pas les autres communautés orthodoxes […] mais cette année Pâques tombe le même jour pour les catholiques et les orthodoxes

Dès qu'on a parlé d'Epiphanie, de nombreux autres Européens de l'Est sont entrés dans le jeu avec leurs récits de cette fête chrétienne souvent négligée mais pas si mineure. Auteur à Global Voices pour la Bulgarie, Rayna St. décrit :

Pour les Français, le 6 janvier, c'est l'Epiphanie et on mange la Galette des Rois (et c'est délicieux).

Pour les Bulgares, le 6 janvier est aussi l'Epiphanie, encore appelée Yordanovden, la fête de tous les Yordan/ka, Daniel/a, Bogomil/a, Bojidar/a. Cette fête s'appelle aussi Bogoyavlenie (l'apparition de Dieu) et on la dit être le jour où Jésus-Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain. Quand il est sorti des eaux, les cieux se sont ouverts et une voix s'est fait entendre, disant “Tu es mon Fils bien-aimé, tout mon amour est sur Toi” ou quelque chose d'approchant.

Le sommet de ce moment est aujourd'hui le rituel qui accompagne la journée : le prêtre lance une croix à la rivière et les jeunes hommes se jettent à l'eau pour la rapporter. Vous vous en doutez, c'est sportif, car les températures en Bulgarie ne sont pas celles du Jourdain… :) Alors, quand un gars attrape la croix, on croit qu'il sera béni, chanceux et qu'il aura une santé de fer dans la nouvelle année. Le prêtre fait aussi la tournée des maisons, et, dans ma région du moins, emplit les pièces de fumée de tamyan (un mélange particulier de cires) pour chasser les mauvais esprits. Bogoyavlenie est en fait le dernier des Mauvais Jours et seuls des plats sans viandes sont servis au dîner.

Curieusement, s'il n'y a pas de date unique de Noël pour tous les chrétiens d'Europe orientale, ils ont en commun de nager dans l'eau glacée pour reprêcher des croix à l'Epiphanie. La tradition dont parle Rayna existe aussi en Russie, en Serbie, au Monténégro et dans d'autres pays de la région. En revanche, le jour où on fête l'Epiphanie en brisant la glace de janvier n'est pas la même, et ceux qui suivent le calendrier julien “retardent” là encore de 13 jours.

Mais revenons au Noël oriental. Occupée à suivre le mouvement de contestation Euromaïdan 2013 de l'Ukraine, qui s'est poursuivi au long des vacances de Noël et dans la nouvelle année 2014, Tetyana Bohdanova a distrait quelques instants de ces événements préoccupants pour nous apprendre comment les fidèles orthodoxes fêtent traditionnellement Noël [anglais] dans ce pays quand ils ne sont pas dans les rues à tenir par centaines de milliers des rassemblements contre le gouvernement :

En Ukraine la plupart des gens fêtent Noël le 7 janvier selon le calendrier julien. La veille de Noël, le 6 janvier, nous nous retrouvons pour un dîner traditionnel consistant en 12 plats sans viande honorant les 12 apôtres. Le dîner ne peut commencer qu'après l'apparition au ciel de la première étoile, qui indique que le Christ est né.

Une autre tradition de Noël est le Vertep, qui comprenait à l'origine un théâtre de marionnettes représentant des scènes de la Nativité. Une version contemporaine est un groupe de personnes jouant l'histoire de la naissance du Christ. Dans le Vertep il y a aussi communément des personnages du folklore et des chants de Noël. Cet année le Vertep ukrainien a été influencé par la tourmente politique dans le pays. Parmi les acteurs costumés on peut reconnaître, aux côtés des personnages bibliques et folkloriques, les politiciens contemporains, qui ne figurent pas forcément au nombre des bons !

Tetyana Lokot, aussi d'Ukraine, a rebondi sur ce que disait Tetyana Bohdanova des chants de Noël et a ajouté un témoignage de cette tradition villageoise :

Une [tradition] c'est de chanter Noël – parcourir les rues en chantant des cantiques et en apportant la Bonne Nouvelle, en échange de quoi les chanteurs reçoivent des bonbons et de la menue monnaie. Il est typique pour les chanteurs de revêtir pour l'occasion les costumes nationaux et d'aller par groupes, et les mélodies et paroles des chants de Noël se transmettent à travers les générations. Un des plus populaires, et sûrement mon préféré, c'est Schedryk (en anglais, le chant des cloches), une vieille chanson ukrainienne. [La vidéo] est une version récente de 2011 par Oleh Skrypka, un musicien ukrainien. Le film d'animation qui l'illustre annonce curieusement l'esprit d'Euromaïdan 2013 et 2014, tout en nous rappelant que nous sommes tous au fond de nous des enfants :)

Si les coptes forment la plus nombreuse communauté chrétienne d'Egypte, ils sont une part encore plus large de la communauté éthiopienne. Befekadu Hailu d'Ethiopie nous rappelle que beaucoup d'entre nous ne sont peut-être pas dans la même année et encore moins à la même date :

Vous le savez peut-être, notre calendrier [éthiopien] est également différent et nous n'avons donc pas commencé une nouvelle année avec la plupart d'entre vous. Nous avons commencé 2006 en septembre et ceci est le 2006ème anniversaire de Jésus. nous fêtons Noël demain [le 7 janvier] et c'est un jour férié. Les chrétiens orthodoxes termineront aussi demain leurs 40 jours de carême. Ce sera donc aussi un jour où on mangera beaucoup de produits carnés. On passe la journée à la maison et comme d'habitude la cérémonie du café, la nourriture de fête et les réunions de famille caractériseront la journée.

C'est là que nous terminons notre rapide voyage à travers ce qui est pour certains un Noël attardé, là où nous l'avons commencé : en Afrique, avec un chant de Noël traditionnel interprété par une chorale éthiopienne. Puissent vos Noëls avoir connu la même plénitude, chaleur et préparation que les leurs, quels que soient les lieux et moments où avez voulu les fêter. Entre-temps, certains d'entre nous se sont apprêtés pour le réveillon orthodoxe, aujourd'hui 13 janvier. Fêtez-le avec nous !

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