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Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il libéré Khodorkovski ?

"Deal or no deal," brought to you by Russian President Vladimir Putin. Images mixed by Kevin Rothrock.

” A prendre ou à laisser ” . Ce que vous apporte le président russe Vladimir Poutine. montage photographique de Kevin Rothrock.

[Article d'origine publié en anglais le 10 janvier – liens en russe sauf mention contraire] 

Andréï Illarionov [fr], ancien conseiller économique de Vladimir Poutine [au temps du démantèlement de Ioukos], est aujourd'hui un associé du think tank libéral Cato Institute de Whashington et un blogueur prolifique. Illarionov a consacré une attention spéciale sur son blog à la libération inattendue de Mikhail Khodorkovski en décembre dernier. Il énumère plusieurs explications possibles à la soudaine décision de Poutine de libérer son plus plus célèbre ennemi politique.

Andrey Illarionov at the World Economic Forum in Russia, 2 October 2003, Moscow, CC 3.0.

Andréï Illarionov au forum économique mondial de Moscou le 2 octobre 2003, CC 3.0.

Un des éléments qui ont poussé Illarionov à se lancer dans une analyse de 3240 mots de la libération anticipée de Khodorkovski a plus être l'entretien de Maria Baronova avec Stanislav Belkovski, que l'on a pu voir sur Slon.ru le 31 décembre 2013. Dans son billet sur LiveJournal, Illarionov attribue à Belkovski la première des sept explications possibles de la grâce de Poutine, ajoutant toutefois que cette affirmation ne devait pas être prise trop au sérieux.

Voici les sept théories :

(1) Poutine aurait fait preuve de clémence, de générosité, d'humanisme, de pitié face a la maladie de la mère de  Khodorkovski.

Illarionov rejette d'emblée l'idée que Poutine puisse faire preuve de clémence. Il insiste sur une phrase écrite dans un billet du 22 décembre 2013 (au sujet de la libération de Khodorkovski), répétant qu'il est peu plausible d'envisager que la grâce de Khodorkovski soit le résultat d'un changement profond dans le cœur de Poutine.

(2) Khodorkovski a reconnu sa culpabilité et se trouve donc libre.

Illarionov estime que Dmitri Peskov, chargé des relations avec la presse de Poutine et Vladimir Pozner, une personnalité du monde de la télévision très critique vis à vis de  Khodorkovski sont ceux qui ont propagé cette théorie. Selon Khodorkovski lui même, sa demande de grâce envoyée à Poutine ne comportait aucune reconnaissance de culpabilité.

(3) la libération de Khodorkovski est un triomphe de la diplomatie allemande.

Illarionov consacre un peu de temps à cette hypothèse. Pour conclure que Poutine a peut-être choisi  les Allemands comme médiateurs de la grâce de Khodorkovski, à la fois comme une faveur à Angela Merkel (qui a eu des problèmes lors des dernières élections) et pour des raisons purement techniques : Hans-Dietrich Genscher [fr] a été la dernière des personnalités qui ont travaillé pour la libération de Khodorkovski. Néanmoins l'argument pour rejeter cette idée que les diplomates allemands puissent être à l'origine  du pardon est que Genscher n'a aucun moyen de pression sur Poutine, alors que d'autres beaucoup plus puissantes figures internationales ont échoué récemment à convaincre le Kremlin de relâcher Khodorkovski.

(4) Poutine a voulu envoyer un signal à son entourage du genre : “On se calme !”

Illarionov appuie cette théorie sur une interview de Khodorkovsky par Evgenia Albats du “The New Times”, où celui-ci déclarait que pour maintenir l'ordre dans ses rangs, Poutine avait le choix entre le libérer ou envoyer en prison pour corruption l'ancien ministre de la défense Anatoli Serdioukov. Illarionov admet qu'emprisonner Serdioukov serait un signal clair à l'adresse de son camp, mais il ne voit pas la même logique dans la libération de Khodorkovski.

(5) Poutine a libéré Khodorkovski pour protéger les jeux Olympiques d'hiver à Sotchi et le Sommet du G8 en Russie en 2014.

Illarionov reconnait qu'il a effectivement adhéré à cette théorie au début, puis il l'a rejetée ensuite car cette libération est arrivée trop tard pour avoir une influence sur le choix de Sotchi et trop tôt pour avoir un impact sur la rencontre du G8 en juin de cette année.

(6) Poutine s'inquiète de réputation de la Russie comme un Etat démocratique.

Une autre théorie rejetée avec une pique contre Belkovski :

Своим якобы демократическим характером помилование Ходорковского смогло потрясти воображение только такой впечатлительной персоны, как С.Белковский, без устали пытающейся мистифицировать публику регулярно повторяемой им мантрой про осуществляемую ныне «перестройку-2». Ни один сколько-нибудь серьезный наблюдатель как внутри страны, так и за рубежом ни на йоту не изменил своего мнения о характере современного российского политического режима.

Avec sa supposée nature démocratique, la grâce de Khodorkovski ne peut influencer qu'une personne aussi impressionnable que Stanislav Belkovski, inlassablement préoccupé de mystifier l'opinion en répétant régulièrement son mantra de l'existence actuelle d'une deuxième perestroïka. Aucun observateur sérieux en Russie ni à l'étranger ne changera d'un iota son opinion sur la nature du régime politique de la Russie contemporaine.

(7) Poutine et  Khodorkovski ont conclu “le marché de la décennie”. 

En définitive, Illarionov propose une septième explication à laquelle il adhère : Poutine a libéré Khodorkovski à condition que celui-ci s'efforce de parvenir à un règlement à la baisse dans le procès [anglais] Ioukos devant la cour d'arbitrage de la Haye (où le gouvernement russe risque une condamnation à payer des dommages qui pourraient dépasser 100 milliards de dollars). Dans le même temps le Kremlin retient en otage Platon Lebedev et Alexeï Pitchougine [ces 2 liens en anglais], anciens compagnons de Khodorkovski au directoire de Ioukos, qui restent en prison en Russie. Illarionov donne comme titre à l'un de ses billets : “De l'Abrek au Kremlin,” critiquant ce penchant supposé de Poutine pour la prise d'otages, il le compare aux Abreks [anglais], des jusqu'au-boutistes qui ont combattu la colonisation russe, dans les montagnes du nord du Caucase au XIXe siècle.

Dans les commentaires de ce billet de blog, des lecteurs remettent en cause la théorie d'Illarionov sur cet “enjeu de la décennie”,  il se demandent comment un Khodorkovski libéré pourrait convaincre les autres partenaires de Ioukos (dont au moins trois ne vivent pas Russie) de réduire leur plainte contre le Kremlin. (Illarionov estime que Poutine pourrait digérer une indemnité de 30 milliards de dollars). Illarionov pense que Lebedev and Pitchougine sont voués à finir leurs jours en prison si Khodorkovski échoue dans sa mission. Illarionov imagine les paroles de Poutine à l'ancien oligarque : “A toi de jouer à présent, c'est ton affaire mon cher !”

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