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Réduire la fracture numérique : téléphones portables et médias sociaux

Une version de cet article a été publié antérieurement par Index on Censorship

Note: tous les liens de cet articles renvoient vers des pages en anglais, sauf indication contraire.

Les experts de technologie ainsi que les activistes essaient depuis des années de combler le fossé de l'accès à la technologie, utilisant pour cela des produits et des initiatives innovantes, comme l'ordinateur portable à 100 dollars développé par l'organisation Un ordinateur portable pour chaque enfant.

Mais il faut plus qu'un ordinateur pour combler le fossé. Les téléphones portables sont apparus comme étant un outil puissant pour l'engagement social ; la technologie mobile et les applications des médias sociaux jouent un rôle vital pour donner une voix à des groupes exclus. Environ 70 % des utilisateurs de téléphones portables se trouvent dans des pays en voie de développement, particulièrement dans le Sud, d'après l'Union Internationale des Télécommunications, une agence des Nations Unies. La téléphonie mobile est la première technologie de la communication de l'histoire à avoir plus d'utilisateurs dans les pays en développement que dans le monde développé.

Source: http://www.flickr.com/photos/africa-renewal/5755511627/in/photostream/

Photo de Africa Renewal CC BY-NC-SA 2.0

Bien que l'accès à Internet soit important, ce n'est que le point de départ, et c'est alors que la technologie mobile entre en jeu. Contrairement à Internet, l'utilisation des portables n'est pas entravée par des bandes passantes lentes ou des pénuries d'électricité, et ils peuvent être utilisés par ceux ne sachant pas lire ou écrire. De ce fait, les téléphones portables jouent un rôle de plus en plus vital dans la mise en place du militantisme, des campagnes de sensibilisation, et finalement pour donner une voix aux citoyens. Les nouvelles plateformes mobiles sont simples et portables et nécessitent uniquement de simples fonctionnalités de messagerie texte pour être utilisées comme outil pour une multitude d'activités, allant du soutien logistique lors de catastrophes naturelles au suivi de la violence.

En dépit de la façon dont les médias sociaux et traditionnels aiment parler des “nouvelles fractures numériques”, elles ne sont pas nouvelles du tout. D'après ma propre recherche sur le sujet, il apparait que les problèmes principaux se situent au niveau du pouvoir social, et de l'accès à l'information et aux compétences.

Ushahidi – signifiant “témoignage” en swahili – est un bon exemple de cette tendance. Cette entreprise technologique à but non lucratif est spécialisée dans le développement de logiciels libres et gratuits permettant aux utilisateurs de partager, interagir et rendre compte de ce qui se passe dans leur société, disponible pour toutes les personnes disposant d'un téléphone portable. Dans une analyse précédente, Crowdglobe, qui réalise des recherches sur les systèmes de cartographie collaboratifs, a documenté près de 13.300 cartes collaboratives Ushahidi dans plus de 100 pays. Le programme permet aux personnes de réaliser leur propre carte sans avoir à l'installer sur leurs serveurs web.

NT Mojos, un projet entrepris par le gouvernement australien en 2011, a donné une voix aux citoyens ainsi que l'opportunité de devenir créateurs de contenu, en leur permettant de contourner les gardiens traditionnels de l'information tels que les gouvernements, les maisons d'édition, qui contrôlent l'accès aux services, aux débats et à la connaissance.

Un projet similaire en Inde, CGNet Swara, un service d'actualité sur téléphones portables, a lancé un portail pour la tribu Chhattisgarh, dont l'accès aux médias traditionnels est restreint. Les logiciels open-sources surmontent deux barrières – l'alphabétisation et le manque d'accès à Internet – en permettant aux personnes de rapporter des actualités dans leur propre langage pour leur communauté et au delà. Avec le programme, les “journalistes citoyens” appellent un numéro pour enregistrer un fait d'actualité, qui est ensuite vérifié par un journaliste formé à CGNet Swara. Une fois que la nouvelle a été approuvée, tous les auditeurs peuvent l'entendre en appelant le même serveur vocal de message avec leur téléphone portable.

Training Camp. Image courtesy CGNet Swara

Session de formation. Photo offerte par CGNet Swara

Un projet similaire dans le Territoire Nord de l'Australie financé et conduit par le gouvernement australien en 2011 utilise la narration pour combler le fossé entre les populations blanche et aborigène. NT Mojos a permis aus Aborigènes de créer et partager leurs histoires sur leurs téléphones portables. Le projet a en premier lieu enseigné aux participants l'art de la narration avant de poursuivre avec la technologie en elle même. Pour en savoir plus sur ce projet, regardez le documentaire sur la réalisation de NT Mojo:

Dans un autre exemple, Bangladesh’s Citizen’s Voice [bengali] a pour objectif de responsabiliser les individus en leur fournissant une plateforme de commentaires sur les services publics. Les personnes peuvent envoyer des messages écrits, vocaux ou vidéo en bengali ou en anglais au travers de leurs téléphones portables ou d'Internet afin d'exprimer leurs opinions sur les services, comme les soins médicaux, la circulation ou l'approvisionnement en eau et électricité.

How it Works, by Text to Change (CC BY-NC 2.0)

Comment ça marche, par Text to Change (CC BY-NC 2.0)

Maureen Agena, une responsable du programme Text to Change, une initiative basée dans des pays touchés par la pauvreté et les conflits, dit qu'en Ouganda et dans de nombreux pays africains, la technologie mobile est rapidement devenue populaire car elle ne nécessite pas un accès à Internet ou une connaissance de la langue anglaise. Agena reconnait l'importance de cette technologie pour les femmes en particulier, car elle leur offre plus de flexibilité et d'accessibilité qu'elles n'en avaient auparavant – ce qui est important considérant qu'en 2012 l’UNESCO rapportait que parmi les 775 million de personnes analphabètes dans le monde, 64 % sont des femmes. Agena dit:

Dans un pays comme l'Ouganda et dans beaucoup d'autres pays africains, la technologie mobile est rapidement devenue plus économique pour la fourniture d'accès aux télécommunications. Mais les médias sociaux ne le sont pas du fait que leur utilisation et mise en pratique nécessitent Internet, une connaissance de la langue anglaise et des compétences dont la majorité de la population rurale et péri-urbaine qui constitue la plus grande partie de la population ne dispose pas.

Les avantages de la technologie mobile pour aider à réduire la fracture numérique ne se restreignent pas uniquement au monde en développement. Un rapport Pew de 2012 de Kathryn Zickuhr et Aaron Smith intitulé Digital Differences souligne que l'augmentation de l'utilisation d'Internet aux États-Unis signifie que les utilisateurs du mauvais côté du fossé numérique allaient de plus en plus en ligne. Et cela non seulement pour pour trouver de l'information, mais aussi pour créer du contenu. Le rapport déclarait que cela était particulièrement important pour les utilisateurs de portables, notant que “ceux sans formation universitaire et ceux avec des revenus plus faibles ont plus de chances que les autres groupes de déclarer que leur téléphone est leur principale moyen d'accès à Internet”.

A Los Angeles, Mobile Voices [espagnol] – un partenariat académique / communautaire entre l'Ecole de Communication Annenberg et l'Institut d'Éducation Populaire de la Californie du Sud – fournit une plateforme pour les communautés immigrantes et les travailleurs urbains à bas salaire leur permettant de raconter des histoires directement depuis leurs téléphones portables. L'objectif de ce projet est d'encourager les participants à créer leur propre récit, allant à l'encontre de la réputation souvent négative relayée par la presse anti-immigrants.

Même les entreprises commerciales emboîtent le pas. En Janvier 2012, Wikipedia s'est alliée avec la société Orange [français] de France Telecom pour fournir aux clients de téléphonie mobile en Afrique et au Moyen Orient un accès à l'encyclopédie en ligne sans surcoût de données. Wikipedia est le sixième site le plus visité dans le monde. Le mois suivant, Telenor Group, l'opérateur de téléphonie mobile international de Norvège, a offert le même service à ses clients en Asie et en Europe du Sud-Est.

Image from Flickr by Text to Change (CC BY-NC 2.0)

Image de Flickr par Text to Change (CC BY-NC 2.0)

Il est clair que les technologies mobiles sont déjà utilisées pour partager et accéder à l'information, échanger des idées, éduquer et s'impliquer directement. Cette tendance aura encore plus d'impact sur les individus et les communautés si l'open source et méthodes d'échange d'information décentralisées sont soutenus d'une façon plus importante. 

Mais au final, une méthode ne peut satisfaire tout le monde: les obstacles à l'inclusion numérique peuvent différer en fonction des régions et des communautés. 

Pendant ce temps, de nouveaux éditeurs en ligne s'efforcent d'avancer vers des bibliothèques de contenu libre d'accès pour faire tomber ces murs. Les groupes de la société civile utilisent de plus en plus des services open source, logiciels et applications. Autour du monde, les communautés utilisent les médias sociaux et les technologies mobiles pour contourner ces obstacles contre toutes attentes.

Au travers de technologie mobile et innovante, les communautés ont développé des projets et des solutions pour des problèmes locaux. La question est de savoir si les technologies mobiles émergentes et les logiciels innovants des médias sociaux auront assez de force pour aider à dépasser les clivages du “monde réel”. S'assurer que c'est le cas doit être notre priorité. 

Danica Radovanovic est une chercheuse Internet, consultante et conférencière sur les médias sociaux et l'inclusion numérique. Sa recherche académique est enracinée dans ses propres expériences pratiques brisant les murs numériques dans la société d'Europe Centrale. Vous pouvez en savoir plus sur son travail sur son site Internet, et sur Twitter @DanicaR. Vous pouvez également consulter un livre auquel elle a contribué, Addressing the Digital Divide.

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