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Le célèbre écrivain kenyan Binyavanga Wainaina révèle son homosexualité

Binyavanga Wainaina at the 2009 Brooklyn Book Festival. Photo released by Wikipedia user  Binyavanga Wainaina at the 2009 Brooklyn Book Festival. under Creative Commons (CC BY 3.0).

Binyavanga Wainaina au Festival du Livre de Brooklyn 2009. Photo publiée par l'utilisateur de Wikipedia Binyavanga Wainaina au Festival du Livre de Brooklyn 2009. CC BY 3.0

[Liens en anglais sauf mention contraire]

Le romancier et nouvelliste kenyan Binyavanga Wainaina [fr] a publié un chapitre qui avait été laissé de côté dans son livre autobiographique de 2011 “One Day I Will Write About This Place” [Un jour je vais écrire sur cet endroit, non traduit en français], intitulé “I am homosexual, mum” (Je suis homosexuel, maman). Wainaina, qui est le rédacteur en chef et fondateur de la célèbre revue africaine de littérature Kwani?, est un auteur qui a remporté plusieurs prix littéraires, et dont le récit autobiographique a fait partie de la liste du club des livres d'Oprah Winfrey en 2011.

Wainaina raconte des événements antérieurs à la mort de sa mère et sa lutte pour révéler son orientation sexuelle aux gens que cela intéressait. Dans ce qu'il appelle un chapitre perdu de “Un jour je vais écrire sur cet endroit”, il a révélé :

Moi, Binyavanga Wainaina, jure honnêtement que je savais que j'étais homosexuel depuis que j'avais cinq ans. Je n'ai jamais touché à un homme sexuellement. J'ai couché avec trois femmes dans ma vie. Une, avec succès. Seulement une fois avec elle. C'était incroyable. Mais le lendemain, je n'y ai plus réussi.

Il me faudra cinq ans après la mort de ma mère pour trouver un homme qui me fasse un massage et un bref amour tarifé. Earl’s Court, à Londres. Et je serai libéré, et dirai à mon meilleur ami, qui va me surprendre par sa compréhension, sans comprendre. Je lui dirai ce que j'ai fait, mais sans lui dire que je suis gay. Je n'ai pas pu prononcer le mot gay jusqu'à l'âge de trente-neuf, quatre ans après cette brève rencontre de masage. Aujourd'hui, nous sommes le 18 Janvier 2013, et j'en ai quarante-trois.

La révélation est venue peu de temps après que l'adoption par le parlement ougandais d'une loi sanctionnant les homosexuels par des peines de prison et l'approbation par le président Goodluck Jonathan d’une nouvelle loi qui criminalise les relations homosexuelles et prévoit des peines de prison allant jusqu'à 14 ans.

Cité par le journal kenyan The Star, Wainaina a dit que la loi anti-gay au Nigeria a été l'une des choses qui lui l'ont décidé à faire son coming out.

Il a également publié une vidéo de six épisodes sur YouTube intitulée  “We Must Free Our Imagination” (Nous devons libérer notre imagination) traitant de sa décision de révéler son homosexualité, de l'homosexualité en Afrique, de la position de l'Eglise et des lois anti-sodomie sur le continent. Ci-dessous la première partie de sa série vidéo : 

Après la déclaration publique de son orientation sexuelle, le blog Cal Advocacy a demandé, “Where are the voices of African lesbians?” (Où sont les voix des lesbiennes africaines ?) :

Les lesbiennes peuvent-elles faire entendre leurs voix publiquement et fièrement sans crainte de représailles de la part des conservateurs ou des systèmes patriarcaux de silence et d'oppression? Et si nous le pouvons, alors pourquoi ne le faisons-nous pas ? Quels sont les systèmes d'oppression qui nous contraignent toujours au silence et au calme ? Lorsqu'on parle de l'homosexualité en Afrique, d'un ton rhétorique et emphatique, soit pour affirmer ou contester les droits des personnes non-hétéro, il s'agit le plus souvent d'hommes gays. Binyavanga est un gay et il l'a dit publiquement. Mais qu'est-ce que cela signifie pour les bisexuelles, trans et lesbiennes ?  Est-ce que la révélation de Binyavanga qu'il est gay nous donne-t-il à nous aussi une voix et un espace pour revendiquer nos droits à exister dans des espaces qui sont hostiles à notre différence ? Une femme lesbienne, en Afrique, peut copier-coller et modifier sa lettre comme un récit de sa propre histoire ?

A-t-il, en substance, parlé pour nous tous ? La sexualité des femmes dans son ensemble est une partie complètement ignorée et non reconnue de la féminité, dans laquelle les sociétés, les cultures, les traditions et les religions refusent de reconnaître les droits sexuels des femmes et leur autonomie corporelle. Dans cette optique, les lesbiennes luttent pour leur légitimité dans un monde phallocrate, où l'absence de pénis signifie l'absence de sexe et de sexualité. On peut même faire valoir que les lois coloniales n'ont jamais considéré les relations lesbiennes parce que la pensée même que deux femmes, ou des femmes seules, pouvaient avoir des relations sexuelles gratifiantes a été considérée comme ridicule, et donc hors du champ de n'importe quelles lois.

Le billet a continué en faisant l'éloge de l'écrivain et en montrant la voie à suivre pour les lesbiennes africaines :

Binyavanga a contribué à faire avancer un débat déjà en cours dans un espace public, parmi les  hétérosexuels. Notre énergie pour déclarer sans compromis et avec honnêteté notre sexualité ne devrait pas s'essouffler. Et la voix qu'il utilise, fermement, pour révéler son identité homosexuelle, est admirable. Il ne fait aucune excuse, et ne propose pas d'explications. Nous non plus ne devrions pas [nous excuser]. Nous avons besoin de plus de voix lesbiennes, et de celles des femmes non conformistes en matière de genre, pour affirmer et occuper notre place sur le continent. Ce ne doit pas être nécessairement une révélation de son homosexualité et on a pas pas besoin d'être un géant de la littérature. Ça doit être simplement votre vérité en tant que lesbienne, bisexuelle ou transsexuelle, mais elle doit être racontée à haute voix, parce que, comme l'a dit Audre Lorde dit : votre silence ne vous sauvera pas.

De nombreuses personnes ont salué son courage sur Twitter, tandis que quelques voix l'ont condamné pour son choix :

Je pense que les gens devraient cesser de voir # BinyavangaWainaina comme le visage de l'Afrique. Il a choisi son chemin, maintenant choisissez le vôtre.

L'auteur kenyan Binyavanga Wainaina révèle son homosexualité, devenant l'un des Kenyans les plus éminents à le faire. Une victoire pour les LGBT en Afrique

Binyavanga WAINAINA Pourquoi ce tapage au sujet de son homosexualité ? C'est un choix personnel et une affaire privée. Malheureusement, maintenant dans le domaine public

je dois dire à ceux d'entre nous qui pensent que @ BinyavangaWainaina était brave, qu'être gay est un péché. Lisez le Lévitique 18:22.

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