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Ukraine : Pourquoi le rôle de l'extrême-droite dans #Euromaïdan est gonflé par les médias

Euromaidan protesters sing songs as they warm by the fire barrels near the barricades on Hrushevskoho Street in Kiev, Ukraine on 2 February, 2014. Copyright Demotix

Des manifestants chantent en se réchauffant autour de braseros près des barricades de la rue Hrushevskoho à Kiev, Ukraine 2 février 2014. Copyright Demotix

Ce billet fait partie du dossier spécial de Global Voices sur le mouvement de contestation #Euromaïdan en Ukraine.

[Liens en anglais sauf mention contraire] Un ensemble de chercheurs ukrainiens et internationaux spécialistes du nationalisme ukrainien ont mis en garde contre la déformation par un nombre croissant d'articles des médias du rôle de l'extrême-droite à l'intérieur du mouvement de contestation anti-gouvernementale Euromaïdan. 

Il y a deux mois maintenant que l'Ukraine est secouée par les manifestations de masse, alors que des milliers d'Ukrainiens venus de tout le pays maintiennent un campement dans la capitale Kiev, rejoints par de nombreux autres la nuit et le week-end. Le mouvement était pacifique à ses débuts, avant que l'adoption d'éphémères lois limitant le droit de manifester ne génère de violents affrontements [fr] entre manifestants et policiers.

Le mouvement est d'une grande diversité [fr], avec des manifestants d'Euromaïdan de tous âges, revenus, éducation et compétences [fr]. 

La mise au point des chercheurs faisait partie d'une déclaration collective publiée sur change.org sous le titre “Du rôle des mouvements d'extrême-droite dans le mouvement contestataire en Ukraine, et une mise en garde contre les effets servant l'impérialisme russe de certains articles de médias soi-disant anti-fascistes de Kiev”. Pour contrer ces idées fausses sur les affiliations politiques des contestataires, ils ont déclaré :

Les résistances violente comme non-violente à Kiev incluent toutes deux des représentants de tous les camps politiques ainsi que des individus sans idéologie qui peuvent peiner à se situer eux-mêmes politiquement. Ce ne sont pas seulement les manifestants pacifiques, mais aussi ceux qui utilisent bâtons, pierres et même cocktails Molotov dans leur confrontation physique avec les unités spéciales de police et les voyous à la solde des autorités, qui constituent un large mouvement non centralisé. La plupart des manifestants ne sont devenus violents qu'en réaction à la férocité croissante de la police et à la radicalisation du régime Ianoukovitch. Parmi les manifestants, il y a des libéraux et des conservateurs, des socialistes et des libertaires, des nationalistes et des cosmopolites, des chrétiens, des non-chrétiens et des athées.

Anton Shekhovtsov, blogueur et spécialiste des mouvements d'extrême-droite en Europe, a publié une enquête extensive sur ce qu'il affirme être une action coordonnée pour déconsidérer le mouvement ukrainien Euromaïdan en Occident. Il écrit :

Il n'y a pas une mobilisation politique de masse en Ukraine qui n'ait été accompagnée de tentatives de compromettre les soulèvements populaires en les associant à l'extrême-droite. Et pas seulement des soulèvements ou manifestations : les grands événements aussi. Par exemple, quelques semaines avant le début du championnat de football Euro-2012, les médias britanniques ont hystériquement accusé les Ukrainiens de racisme et de xénophobie, et averti que tout non-Blanc qui viendrait assister à des matchs de football en Ukraine serait sans exception et immédiatement mis à mort. Après la fin du championnat, aucun organe de presse britannique ne s'est excusé auprès des Ukrainiens quand il s'est avéré que pas un seul incident raciste impliquant des supporters ukrainiens n'a été rapporté pendant le tournoi.

L'actuelle campagne de calomnies contre le mouvement Euromaïdan est l'attaque la plus puissante jusqu'à présent contre la société civile et la politique démocratique de l'Ukraine. Des attaques semblables ont aussi eu lieu dans le passé [russe], mais leur intensité n'avait jamais atteint les niveaux d'aujourd'hui. Pendant la “révolution Orange [fr]”, le régime semi-autoritaire du Président Leonid Kouchma essayait également de salir le candidat démocrate Viktor Iouchtchenko en l'associant avec l'extrême-droite.

Selon cet auteur, l'actuelle opération de calomnies implique un certain nombre d'individus et de collectifs formant un vaste réseau destiné à promouvoir les idées anti-occidentales, pro-russes et pro-eurasiennes dans l'U.E., au Canada et aux Etats-Unis. Il relève que plusieurs individus participant à l'opération sont des commentateurs réguliers de Russia Today et Voix de la Russie, financées par le Kremlin.

Shekhovtsov conclut en démontrant comment la tonalité de l'opération de calomnie contre Euromaïdan est en résonance avec le discours officiel du gouvernment russe :

Le vaste réseau constitué d'auteurs et institutions russes est un terreau de la droite dure/extrême pour toutes sortes de théories du complot, d'euroscepticisme, de racisme et de théories anti-démocratiques. Aujourd'hui, c'est aussi une des sources principales des articles, éditoriaux et déclarations qui essaient d'une manière ou d'une autre de discréditer les manifestations d'Euromaïdan en les associant soit au néo-nazisme soit au supposé expansionisme américain. La rhétorique de ces auteurs se conforme pleinement aux propos du ministre russe des Affaires Etrangères Sergueï Lavrov qui a récemment fustigé le soutien de l'Occident à  Euromaïdan et déclaré : “Qu'est-ce que l'instigation de manifestations de rue de plus en plus violentes a à voir avec la promotion de la démocratie ? Pourquoi n'entend-on pas condamner ceux qui s'emparent de bâtiments publics et les occupent, incendient, mettent le feu aux [véhicules des] policiers, usent de slogans racistes, anti-sémites et nazis ?”.

Le pouvoir ukrainien ne cesse lui non plus d'appeler les contestataires “extrémistes” et “radicaux” [russe]. Mais de nombreux internautes ne croient pas ces affirmations et les assaisonnent d'humour dans des messages comme celui-ci [russe] :

A la Maison de l'Ukraine [un centre d'exposition occupé par les protestataires] les extrémistes ont attaqué le sol – avec des serpillères. Le Ministère de l'Intérieur est inquiet. #euromaidan #євромайдан

Ce billet fait partie du dossier spécial de Global Voices sur le mouvement de contestation #Euromaïdan en Ukraine.

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