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La deuxième bibliothèque du Liban sera restaurée grâce à un financement participatif

35.000$+ obtenus par financement collaboratif pour la 2e plus grande bibliothèque du Liban 298 promesses 123.731 Vues 3.281 partages. Capture d'écran de la pétition Zoomaal

Lorsque des inconnus ont incendié sa bibliothèque le 3 janvier, le Père Ibrahim Sarrouj a répliqué en leur pardonnant. Les assaillants, supposés des fondamentalistes musulmans, accusaient le Père Sarrouj d'attaque contre l'Islam avec la publication d'une brochure qui affirmait qu'Abou Bakr, le premier caliphe de l'Islam, avait un jour frappé l'épouse de Mahomet Aïcha avec un journal.

La bibliothèque dont il s'agit est la célèbre Bibliothèque Al-Saeh de Tripoli, la deuxième plus grande du Liban et qui abritait plus de 80.000 livres en tous genres. Bien que la police ait été avertie des menaces adressées au Père Ibrahim Sarrouj par les religieux extrémistes, la bibliothèque a subi d'importants dégâts. On ignore le nombre exact de livres détruits, mais les estimations font état qu'il pourrait atteindre les deux tiers.

L'ironie est que non seulement le Père Sarrouj n'a jamais écrit une telle brochure – sa bibliothèque contenait et contient toujours de nombreux livres islamiques précieux – mais que l'incident supposé n'a pu avoir lieu puisqu'il précéderait de 800 ans l'invention de l'imprimerie. La supposée “accusation” ne peut donc émaner que d'un ignorant de l'histoire. Certes, les anachronismes ne perturbent généralement guère les fondamentalistes religieux.

Ce crime paraît donc gratuit. Le Père Ibrahim Sarrouj est connu pour ses principes humanistes avec son appel à l'unité de Tripoli. Musulmans et chrétiens le considèrent comme l'un des leurs. Il salue chacun d'un As-salamu ‘aleikum (La paix sur vous). Il n'y avait absolument pas la moindre ‘raison’, même selon les normes fondamentalistes, de s'en prendre à la bibliothèque.

Comment expliquer ce crime absurde et haineux ? Faut-il y voir une victime de plus de la proverbiale réalité sectaire du Liban ? Ou bien ne pas tenir compte de l'acte de quelques marginaux qui n'ont rien d'autre à faire que d'attaquer le savoir ?

C'est la deuxième option qu'ont choisie les Libanais. Bien sûr, le Liban a unanimement condamné l'incendie volontaire. Tous les principaux représentants religieux ont émis des condamnations et réclamé que les criminels soient traduits en justice. Les Libanais, musulmans et chrétiens, druzes et athées, ont envoyé par milliers leurs soutiens au Père Ibrahim Sarrouj. Chacun a dit “Non.” Mais “Non” n'était pas assez. Quelque chose devait être fait pour restaurer la bibliothèque. D'où l'opération “Kafana Samtan”.

Kafana Samtan, ou “Assez de silence”, a été lancé sur Zoomaal, une plate-forme arabe de financement participatif en ligne, quelques jours seulement après l'attaque. Elle a immédiatement reçu le soutien écrasant d'entreprises et de simples citoyens. En un mois seulement, la campagne a réussi à réunir 35.000 dollars, grâce à 298 donateurs. A quoi sera utilisé de l'argent ? De nouveaux rayonnages, une nouvelle porte d'entrée, repeindre les murs, racheter des livres rares et installer un équipement de sécurité.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. La bibliothèque Al-Saeh s'est distinguée en parvenant à réunir les Libanais de toutes sortes. Abstraction faite de la religion ou de la confession, la campagne les a tous rassemblés pour une cause à l'évidence non sectaire. Ça n'était pas un scénario des chrétiens contre les musulmans contre d'autres chrétiens contre d'autres musulmans pour le Père Sarrouj.

S'ils ont renoncé aux réformes politiques à cause de l'excessive pas corruption sectaire à l'échelle du pays entier, les esprits indépendants se sont tournés vers les médias sociaux pour réunir des fonds, signer des pétitions, échanger des idées et agir sur leur environnement.

Le succès de “Kafana Samta” va-t-il renforcer le paysage militant du Liban ? Une chose est sûre, il a certainement permis à beaucoup d'adoucir leurs perceptions négatives et de redonner espoir dans un pays dans un pays où l'espoir n'est pas facile à garder.

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