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Les activistes ukrainiens démontent la propagande russe sur la Crimée

A composite image created by activists showing the same event in Crimea, Ukraine from two vantage points, to stress how different frames can be applied to show the scale of welcome for Russia in Crimea. Courtesy of Euromaidan PR on Twitter.

Deux présentations de mêmes choses ! Comment les médias russes créent leurs “infos”. “La Russie envahit l'Ukraine. Ne croyez jamais les médias de Russie” Avec la permission de Euromaidan PR sur Twitter.

Tandis que la tension monte en Ukraine, qui accuse la Russie d'avoir envahi sa région autonome méridionale de Crimée, les activistes ukrainien s'emploient à redresser la désinformation des médias russes en séparant les faits de la propagande en ligne. 

Les utilisateurs des réseaux sociaux des deux bords donnent leurs avis sur le conflit, et s'affairent [anglais] à commenter, poster des vidéos de manifestations et s'exprimer par des mèmes [anglais]. En réaction, des sites de médias sociaux comme le réseau russe VK (VKontakte), le réseau social le plus actif d'Europe, bloquent certains groupes ukrainiens liés à la contestation [anglais], les rendant inaccessibles aux aux adresses IP russes.

Les médias classiques de Russie, quant à eux, sont particulièrement fervents pour se disputer l'audience et défendre les actes du gouvernement russe, en s'efforçant de présenter un tableau très orienté des événements en Ukraine. A leur tour, les internautes et journalistes ukrainiens essaient de combattre le flot de désinformation en lançant des initiatives de vérification des faits.

Les médias contrôlés par l'Etat en Russie, qui avaient déjà tenté de minimiser l'ampleur de la contestation ukrainienne [anglais] au temps d'Euromaïdan, sont passés “en mode fabrication à plein régime” écrit un récent article du Daily Beast [anglais].

Une fausse vidéo de guérilla

Cela comporte, par exemple, l'orchestration d'accrochages entre des “guérilléros masqués” et des militaires russes, apparaissant dans une vidéo intitulée “Le Secteur de Droite d'Ukraine occidentale attaque des citoyens russes pacifiques et tue des soldats en Crimée.” Cette vidéo a été prestement démystifiée [russe] par le blogueur de Live Journal Raymond Saint, qui a pointé de multiples indices de mise en scène, comme les armes russes portées par les “guérilleros” et les plaques d'immatriculation de Crimée des bus prétendument “d'Ukraine occidentale”.

Des affrontements de Kiev indiqués comme étant de Crimée

Une des télévisions publiques, Russia 24 news, aurait utilisé des images des violents heurts à Kiev précédant la destitution de Ianoukovitch pour illustrer de soi-disant affrontements de rue entre policiers et manifestants à Simferopol (la capitale de la Crimée) la veille de l'arrivée des premières troupes russes, afin à l'évidence de justifier l'invasion. Vesti.ru, un site web d'information, a également utilisé des images en provenance de Kiev et a été démasqué par les activistes du Secteur Civique d'Euromaïdan [ukrainien] :

Screen Shot 2014-03-03 at 6.57.58 PM

Vesti.ru Menteurs ! Vesti.ru : “Manifestations à Simferopol (Crimée), Ukraine” – Réalité : c'est la rue Kreschatyk à Kiev, près de la place de l'Europe.

L'utilisatrice de Twitter ВьОля Ласивна a également posté une capture d'écran de l'image et sa vérification dans la légende :

PROPAGANDE RUSSE  La télévision russe utilise des vidéos de Kiev de début février et écrit que c'est la Crimée

Frontière polonaise ou russe ?

Dimanche, la télévision d'Etat Russe Pervyi Kanal indiquait que 140.000 Ukrainiens avaient traversé la frontière ces deux dernières semaines pour fuir la prétendue crise dans le Sud-Est de l'Ukraine. Mais des internautes, dont Laura Mills, la correspondante à Moscou d'Associated Press, a vite compris que les images du reportage montraient en réalité un poste-frontière très fréquenté entre la Pologne et l'Ukraine.

La télé russe montre une file de voitures “qui fuient l'Ukraine orientale vers la Russie”, EN FAIT c'est un jour ordinaire dans la ville frontalière polonaise de Chegini 

Oups, c'est moi qui ai tweeté ça ?

Il y a des essais de manipulation du côté russe qui ont beaucoup amusé, comme cette capture d'écran du compte Twitter du Ministère russe des Affaires Etrangères, qui a posté par erreur une correspondance interne avec une demande “d'approuver l'analyse compétente” du magazine allemand d'actualité Spiegel. La blogueuse Alisa Ruban a capturé la bourde sur Facebook :

Screen Shot 2014-03-03 at 7.06.29 PM

Le titre du “Spiegel” : Conflit avec la Russie : Les erreurs fatales du gouvernement de Kiev… Commentaire d'A. Ruban : […] La machine de propagande russe tourne vraiment à plein régime à l'intérieur et à l'extérieur du pays !”

Démystifier à l'aide de StopFake

Eperonnés par le volume même de la désinformation et de la tromperie dans les médias de masse russes, les journalistes et activistes ukrainiens ont aussi œuvré de manière plus organisée à contrer les fausses nouvelles et aidé Ukrainiens et Russes à vérifier leurs informations. Liga.Net, un site de presse ukrainien de premier plan, a collationné une liste développée des cinq principaux mythes diffusés par les médias russes sur la situation en Ukraine [en russe].

Un groupe de journalistes et d'anciens élèves de l'Ecole Mohyla de Journalisme [anglais] de Kiev se sont réunis pour créer un site web “guichet-unique”, StopFake [StopFaux], pour collecter, démystifier et traduire les falsifications et désinformations les plus flagrantes des médias russes. Un des comptes de la contestation, Euromaidan, a fourni un lien vers un des articles de StopFake, qui exposait la distortion par l'agence russe ITAR-TASS des propos du Secrétaire d'Etat américain John Kerry :

ITAR-TASS pris à mentir sur Kerry. (comme toujours) http://t.co/NfIM7TdUGX

Le succès du site a été tel qu'il est fréquemment tombé suite aux connexions massives et, ces derniers jours, selon le directeur de MSJ Yevhen Fedchenko, il a subi de multiples attaques DDoS :

Crimée : ces dernières 24 heures notre site nouvellement créé est soumis à de constantes et lourdes attaques ddos – 17 millions de demandes (100 par seconde)

Le travail effectué par StopFake lui vaut même les félicitations de certains internautes russes, comme l'activiste moscovite Maxim Katz, qui semble heureux de voir les mensonges exposés :

C'est très agréable d'observer les Ukrainiens pêcher notre propagande et nos mensonges  and lies and consistently proving them to be such. Like here http://t.co/2bGegcPSOm

Vérification de faits avec FakeControl

Autre initiative de vérification de faits, dont les créateurs préfèrent garder l'anonymat, FakeControl, également très actif sur Twitter (@FakeControl). Ils travaillent sous le même format, mais uniquement en russe et ukrainien, à discréditer les fausses nouvelles et investiguer les rumeurs sur les réseaux sociaux. Ici, ils ont démonté un reportage sur la chaîne russe en anglais Russia Today qui prétendait que l'Ukraine a introduit une criminalisation de la double nationalité :

Russia Today a menti aujourd'hui sur une [nouvelle] loi sur la double nationalité. Ça arrive ! http://t.co/XNChC9kTvA

StopFake comme FakeControl utilisent aussi leurs pages Facebook (StopFake sur FB, FakeControl sur FB) pour solliciter des cas auprès des Internautes et réunir des preuves pour leur action de vérification de faits, qui devient véritablement un processus collaboratif.

1 commentaire

  • […] Avec l'escalade du conflit, les tentatives des médias russes de déformer les événements en Ukraine se heurtent aux vérifications des faits par les militants internautes.  […]

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