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La gauche péruvienne intervient dans le débat sur les manifestations au Venezuela

Le président du Pérou Ollanta Humala avec son homologue venezuelien Nicolás Maduro. Photo de Presidencia Perú en Flickr, sous la licence Creative Commons (CC BY-NC-SA 2.0)

Le président péruvien Ollanta Humala et son homologue vénézuélien Nicolás Maduro. Photo de Presidencia Perú sur Flickr, sous licence Creative Commons (CC BY-NC-SA 2.0)

La gauche péruvienne, comme celle d'autres pays d'Amérique latine, est remise en question par l'opinion publique pour ses positions vis-à-vis des manifestations au Venezuela. Incarne-t-elle une gauche moderne ou, au contraire, soutient-elle la répression du gouvernement Maduro ? Et qu'est-ce qu'une « gauche moderne » ? Les réponses ne sont pas simples.

La population péruvienne a pu avoir certaines affinités avec le style et les initiatives latino-américaines d'Hugo Chavez, mais au sein de la vie politique péruvienne, avoir des relations avec le chavisme correspond presque à un suicide médiatique et politique. En fait, le soutien [es] de Chavez à Ollanta Humala lors de sa première campagne présidentielle est l'un des facteurs qui lui coûtèrent la victoire lors des élections 2006, face à Alan García. 

La gauche péruvienne est actuellement en cours de restructuration en vue des élections municipales de 2014 et pour les présidentielles de 2016. C'est dans cet objectif qu'a été fondé le Frente amplio de izquierda [es] (Front large de gauche), une coalition de mouvements et de partis de gauche. Le Frente amplio a dernièrement publié une déclaration [es] mentionnant différents points concernant les événements au Venezuela :

1. Denunciamos ante la opinión pública del Perú la ofensiva golpista de extrema derecha contra el gobierno, elegido democráticamente, del Presidente Nicolás Maduro de Venezuela.

2. Esta ofensiva, que sigue un guión conocido, busca la desestabilización económica y política del hermano país y la reversión de las conquistas sociales y de independencia nacional de quince años de gobierno popular.

3. Hacemos extensiva esta denuncia a la derecha peruana y continental que haciendo uso del oligopolio mediático a sus órdenes se ha puesto al servicio de la maniobra golpista en curso.

1. Face à l'opinion public péruvienne, nous dénonçons l'offensive putschiste d’extrême droite menée contre le gouvernement, élu démocratiquement, du président vénézuélien Nicolas Maduro.

2. Cette attaque, qui suit un scénario connu, cherche à déstabiliser économiquement et politiquement le pays voisin ainsi qu'à renverser les conquêtes sociales et les 15 années d’indépendance de gouvernement populaire.

3 Nous dénonçons également la droite péruvienne et continentale qui, en utilisant l'oligopole médiatique sous ses ordres, s'est mise au service de la tentative de coup d'état en cours.  

Dans les commentaires de cette publication sur facebook on perçoit une opposition quasi générale, allant de réactions [es] comme, « Front large (Frente amplio), esprit étroit » à ” d'autres [es] comme « Je veux dire, ils soutiennent la répression policière et militaire…qu'il ne se plaignent pas ensuite », avec vraiment peu de signes de soutien. Sur Twitter, les réactions sont similaires :

On est partis en vrille avec cette déclaration du Frente amplio…http://t.co/9j8kXxBcC0

Lamentable, cette déclaration du Frente amplio sur la situation au Venezuela

Envoyez ces fous à Cuba. Le Frente amplio à propos de la situation au Vénezuela – https://t.co/AUij2bXP8B #venezuelalibre

Les médias locaux se sont également empressés de commenter la déclaration. El comercio, considéré comme une publication de droite, a ainsi titré un communiqué « Le Frente amplio mené par Salomón Lerner soutient Nicolás Maduro » avant de diffuser un autre article intitulé « La déclaration du Frente amplio est « une honte » [es] ce qui a provoqué des critiques de la part de différentes personnalités politiques péruviennes. Simultanément, le quotidien Correo, maintenant membre du même groupe que El comercio, a renchéri « La gauche péruvienne approuve la repression au Venézuela“» [es].

La República, un journal plus orienté à gauche, n'a pas émis de commentaire mis à part une interview [es] avec Salomón Lerner Ghitis, leader du Frente amplio, où il reconnait que le modèle économique vénézuélien a échoué, tout en avançant qu'« au Vénézuela l'état de droit doit être respecté. » D'un autre côté, l'un des principaux chroniqueurs de La República, Mirko Lauer, pense [es] que « Nicolás Maduro veut utiliser la crise à son avantage pour introduire une dictature ouverte, un régime sans couverture électorale et démocratique, une sorte de cubanisation des masses pauvres.”

Rapidement des subdivisions sont apparues dans une gauche péruvienne qui n'a quasiment jamais été unie. Un des leaders de Fuerza Social (Force sociale), un mouvement de gauche dont fait partie l'actuelle maire de Lima, Susana Villarán, a déclaré : 

À Fuerza social, nous n'avons pas signé la déclaration du Frente amplio à propos du Venezuela, nous divergeons tant par la forme que que par le fond. 

Fuerza social s'est exprimé ensuite au sujet du Venezuela condamnant les actes de violence « quels-qu’en soient les auteurs », et incitant à ce que « tout soit garanti pour que les manifestations se déroulent pacifiquement » :  

Manya, ceux de la Fuerza social ont aussi sorti leur communiqué sur le Venezuela http://t.co/ahs6kKLx7g

La Coordination nationale des droits de l'homme (CNDDHH), une organisation traditionnellement à gauche a aussi publié une déclaration [es] à propos des manifestations vénézuéliennes précisant que « l'état doit garantir les droits de l'homme de ses citoyens » : 

1. Lamentamos la muerte de seis personas fallecidas, así como las decenas de heridos y detenidos, más allá de qué posición defiendan. Consideramos fundamental que se investigue, determinen responsabilidades y haya sanciones ejemplares.

2. Ha quedado en evidencia la participación de grupos paramilitares en la represión de los manifestantes y en las muertes. Existen antecedentes en sentencias de la Corte Interamericana de Derechos Humanos para calificar las consecuencias de la actuación de grupos paramilitares no como meros delitos, sino como violaciones a los derechos humanos.

1. Au delà des positions défendues par les victimes, nous déplorons la mort de 6 personnes, ainsi que les dizaines de blessés et d'arrestations. Nous considérons qu'il est essentiel que des enquêtes soient menées afin de déterminer les responsables et que soient appliquées des sanctions exemplaires. 

2. Des preuvent indiquent que des groupes paramilitaires sont impliqués dans les actes de répression qui ont pu causer la mort de manifestants. Il existe des antécédents de condamnations de la cour inter-américaine des droits de l'homme pour qualifier les conséquences des actes de groupes paramilitaires, pas comme de simple délits, mais comme des violations des droits de l'homme.

Même le Dr Rocio Silva Santisteban secrétaire adjoint de la CNDDHH, a jugé nécessaire d'écrire [es] à ce sujet : 

Hace un tiempo un “analista político” de derecha sostenía que se debía “arrancar la defensa de los derechos humanos de las manos de la izquierda”. Hoy, cuando algunos analistas políticos, asesores de partidos de derecha, sostienen que hay un “doble rasero” en la izquierda que apoya a Nicolás Maduro en estas circunstancias, yo me pregunto: ¿y la derecha que apoya las protestas en Venezuela pero se queja de los antimineros  peruanos y justifica incluso la muerte de campesinos, no tienen también un “doble rasero”?

Il y a peu de temps, un « analyste politique » de droite maintenait que « la défense des droits de l'homme devrait être saisie des mains de la gauche ». Aujourd'hui, quand certains analystes, conseillers de partis de droite, maintiennent qu'il y'a un « double standard » dans les discours de cette gauche qui soutient Nicolás Maduro dans ces circonstances, je me demande : « et la droite qui soutient les manifestations au Venezuela, mais qui se plaint du mouvement contre les activités d’extraction minières et va même jusqu'à justifier la morts de fermiers, n'est-ce-pas un aussi « double standard » ?  

Silva continue :

Creo que esa coherencia que la derecha peruana le pide a la izquierda peruana no se condice con la falta de coherencia de ellos mismos cuando se trata del derecho a la protesta contra el extractivismo radical que, financiando a la Policía Nacional a través de convenios inconstitucionales, arremete con todo contra campesinos, ronderos, mujeres e indígenas y los mata (29 en lo que va del gobierno). Es fácil mirar la paja en el ojo ajeno.

Je pense que cette cohérence que la droite péruvienne exige de la gauche n'est pas sans oublier leur propre incohérence lorsqu'il s'agit du droit de protester contre l'extractivisme radical, qui, en finançant la police nationale par l'intermédiaire d'accords inconstitutionnels, s'attaque aux fermiers, aux patrouilles forestières, aux hommes et aux femmes des tribus indigènes et à leurs vies (29 pour l'instant sous cette administration). Il est facile de voir la paille dans l’œil de son frère. 

Parmi ceux qui défendent la position du Frente amplio de izquierda, on trouve l’économiste Silvio Rendón, qui a publié [es] un « relooking extrême » de la déclaration du Frente amplo à propos de la situation au Venezuela sur la page Facebook du GranComboClub [es] afin qu'elle soit acceptable pour un certain public intellectuel-ONGeux-désillusionné. 

1. Retirar toda alusión a “los intereses imperiales de los Estados Unidos”. Ese es un discurso arcaico. El imperialismo es una excusa, es un concepto simplista y maniqueo, un invento de la vieja izquierda ante su incapacidad de explicar la realidad, un echarle la culpa a otros por nuestras desgracias.

4. Retirar toda sugerencia que el gobierno de Nicolás Maduro es democrático. Podrá haber sido “elegido democráticamente”, pero es un gobierno autoritario. ¿Acaso otros dictadores no ganaron elecciones? La izquierda tiene que condenar el autoritarismo de Maduro, un dictador parecido a Trujillo o Stroessner.

6. Señalar que el origen de la crisis de Venezuela está en las políticas populistas, similares a las de Alan García en el Perú de los 80s, seguidas desde Chávez y continuadas por Maduro. La izquierda no sólo no no puede aprobar el populismo; debe condenarlo.

1. Retirer toute allusion aux « intérêts impérialistes des USA. » c'est un discours archaïque. L'impérialisme est une excuse, un concept simpliste et manichéen, une invention de la vieille gauche face à son incapacité d'expliquer la réalité, une façon de rejeter la cause de nos malheurs sur les autres.

4. Retirer toute suggestion au fait que le gouvernement de Nicolás Maduro puisse être démocratique. Il a peut être été « élu démocratiquement » mais c'est un gouvernement autoritaire. Les dictateurs n'ont-ils jamais remporté d'élections ? La gauche doit condamner l'autoritarisme de Maduro, un dictateur de la même trempe que Trujillo ou Stroessner

6. Signaler que la crise vénézuélienne est la conséquence de mesures populiste, semblables à celles d'Alan Garcia du Pérou des années 80, suivies par Chavez et prolongées par Maduro. La gauche ne doit pas seulement désapprouver le populisme, elle doit le condamner.  

Et il conclut en écrivant qu'« avec ces critères, la gauche » : 

i) le irá mejor en las próximas elecciones,
ii) demostrará que conoce muy bien el discurso que sintoniza con la ciudadanía peruana,
iii) afirmará una posición moderna y se distanciará del discurso obsoleto de los comunistas de los cincuentas, sesentas, setentas y ochentas,
iv) habrá hecho un pronunciamiento respetable intelectualmente, que seguramente será suscrito por la gente pensante del país.

i) fera un meilleur score au prochaines élections,

ii) prouvera qu'elle connait le discours qui résonne le mieux auprès des citoyens péruviens,

iii) affirmera une position plus moderne et prendra ses distances avec les arguments obsolètes du communisme des années 50, 60, 70 et 80,

iv) aura publié une déclaration intellectuellement respectable qui sera surement validée par les penseurs du pays.

Le meilleur résumé de la situation de la gauche péruvienne actuelle nous vient sous la forme d'une critique en provenance de cette même gauche : 

La soi-disant « gauche moderne » péruvienne fait l'éloge de Pepe Mujica mais n'a rien à voir avec Maduro. Pepe mujica soutient cependant Maduro.

Ce post a été d'abord publié sur le blog de Juan Areallano, Globalizado [es].

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