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“J'ai peur de vivre dans ce pays” : au Kirghizistan, des manifestantes féministes agressées par la foule

Le 5 mars, une foule enragée a attaqué des féministes à Bichkek, la capitale kirghize. Selon plusieurs reportages en ligne, quelques militantes du groupe féministe Skew, une petite organisation qui défend les droits des femmes, étaient en train de mener une action d'information consacrée à la Journée internationale des femmes. Utilisant le chiffre 8 et des symboles féministes, elles racontaient aux passants l’histoire du 8 mars et des droits des femmes.

Alors que l'action touchait à sa fin, les militantes se sont vues entourées par un groupe de 20 à 30 hommes. Tout porte à croire que ces gens ont pris  les “miroirs de Vénus” qui parsemaient le stand de l'association pour un symbole chrétien et ont décidé qu'ils avaient affaire à des prosélytes du christianisme. Tout en criant des accusations ” à caractère raciste et xénophobe” ainsi que des insultes homophobes, ces hommes ont démoli le stand. Leur agressivité n'a pas épargné les militantes : “Ils les ont empoignées par le col, leur ont soufflé de la fumée de cigarette à la figure et leur ont craché au visage des graines de tournesol.” Quand celles-ci ont essayé de fuir, les hommes se sont mis à frapper l'un des activistes masculins et à donner des coups sur la tête d'une militante. 

C'est ce stand qui a valu des problèmes aux féministes de Bichkek. Le grand “8” renvoie au 8 mars, le Journée internationale des femmes. Visuel fourni par Skew, l'association féministe de Bichkek, reproduction autorisée.

Selon la déclaration publiée par l'association féministe Bichkek Skew, un policier témoin de l'agression a refusé de venir en aide aux militantes. Elles ont couru se réfugier au tribunal voisin, mais même là, elles n'ont pas été bien reçues : le gardien a tenté de les expulser, tandis que des employés les accusaient de “ne pas croire en Dieu” et trouvaient qu'”elles devraient être punies”. Les activistes ont fini par être sauvées par la police, qui les a emmenées ; la foule en furie exigeait de les garder pour rendre un “jugement populaire”.

Le mouvement dont les militantes ont été agressées a fait une déclaration où il estime que ces événements sont représentatifs de la situation générale des femmes dans le pays :

Этот случай насилия не является частным явлением или стечением обстоятельств: насилие и ненависть повторяются систематически и повсеместно, на сегодняшний день такие явления в нашем обществе стали восприниматься как норма. То, что пережили мы, является ежедневным и обычным личным опытом большинства женщин и девочек в стране. Эта акция показала, что общество не хочет видеть женщин в общественном месте как активных участниц публичной и гражданской деятельности, и, как сказали противники мероприятия, «женщинам не нужны права, потому что они всегда будут на втором месте». Часто ее местом называют дом.

Cette agression n'est pas un phénomène isolé ni un concours de circonstances : la violence et la haine se répètent systématiquement et partout, à l'heure actuelle de tels agissements sont considérés dans notre société comme la norme. Ce que nous avons subi n'est que ce dont la majorité des femmes et des jeunes filles de ce pays font l'expérience quotidiennement. Ces agissements montrent que la société refuse de voir les femmes comme des participantes actives de la vie publique et citoyenne et, comme l'ont dit ceux qui se sont opposés à notre manifestation, “les femmes n'ont pas besoin de droits, parce qu'elles occuperont toujours la seconde place”. Qui est souvent celle qu'on leur assigne : la maison.

“Farce” ou “provocation”? 

Les réactions des internautes du Kirghizistan à l'incident sont partagées. Alors que beaucoup d'utilisateurs des réseaux sociaux manifestent leur totale sympathie aux militantes, certains doutent des motivations de l'association qui est derrière elles. Par exemple, pour commenter le reportage sur ces événements, Tchel écrit ceci :

Зная о делах данной организации и ее участников, предполагаю, что все это постанова. Помню, как они еще выходи в поддержку Пусси Райот

Connaissant les actions de ladite association et de ses membres, je présume que tout ça n'est qu'une mise en scène. Je me souviens qu'elles avaient manifesté pour soutenir les Pussy Riot.

Un autre internaute doute de la sincérité de l'association et la croit financée par l'étranger :

Кыргызстанцы, поГУГЛите узнаете про них много “интересного”. Скью – одна из НПОшек финансируемых западом. Про истинные цели всех НПО Вы и так знаете.

Femmes kirghizes, vous apprendrez bien des choses intéressantes en googlant le nom de Skew : c'est une de ces ONG financées par l'étranger. Et vous savez bien quels sont leurs véritables buts.

Serge va plus loin, en supposant que l'agression des militantes par la foule était une tactique mise au point par l'association qui les avait envoyées là :

они специально пошли на ошский рынок чтобы спровоцировать скандал и чтобы о них услышали..разве не понятно..цель достигнута…

Vous ne comprenez pas qu'elles sont venues au marché d'Osh spécialement pour provoquer un scandale et faire parler d'elles ? elles ont réussi…

Les hommes détruisent, les femmes construisent

D'autres, cependant, sont loin d'être d'accord avec de telles assertions. L'une des participantes, Goussia Matissa, dit ceci en réponse à un commentaire de la même eau que celui qui vient d'être cité :

imenno v takih mestah i nado provodit meropri9ti9, potomu chto imenno tam problemy. gde kak ne tam? togda smysl inofrmirovat lyudey, kotorye uje informirovany??

C'est justement dans ce genre d'endroits qu'il faut faire des actions, puisque c'est là qu'il y a des problèmes. Autrement où aller ? Quel sens ça aurait d'aller informer des gens qui le sont déjà ?

Dans une réflexion au sujet de ces commentaires qui rendent les victimes responsables de ce qui s'est passé, un autre écrit:

Жесть люди, вы что совсем с ума сошли?? ВЫ СЧИТАЕТЕ ЧТО ИЗБИВАТЬ АКТИВИСТОВ ЗА ПРАВА ЖЕНЩИН ЭТО НОРМАЛЬНО???! Мне страшно жить в этой стране, я рада, что никого из вас не знаю лично…

Dites donc, vous êtes tous tombés sur la tête ou quoi ? VOUS TROUVEZ ÇA NORMAL DE FRAPPER DES MILITANTES POUR LES DROITS DES FEMMES ???! J'ai peur de vivre dans ce pays et je suis bien contente de ne pas vous connaître personnellement…

Laissant de côté les réactions aux différents articles sur le sujet, quelqu'un loue le travail des militantes :

Эти активистки храбры! Молодцы! Наш Кыргызстан будет держаться на таких людях как они. Пока мужчина плюется, бьет женщину и ломает, женщина строит, создает и работает.

Elles sont courageuses, ces militantes ! Bravo ! C'est grâce à des personnes comme elles que notre Kirghizistan se relèvera. Pendant que l'homme crache, bat la femme et détruit, la femme construit, crée et travaille.

1 commentaire

  • […] Le 5 mars, une foule enragée a attaqué des féministes à Bichkek, la capitale kirghize. Selon plusieurs reportages en ligne, quelques militantes du groupe féministe Skew, une petite organisation qui défend les droits des femmes, étaient en train de mener une action d'information consacrée à la Journée internationale des femmes. Utilisant le chiffre 8 et des symboles féministes, elles racontaient aux passants l’histoire du 8 mars et des droits des femmes. …  […]

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