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Karnika Kahen contre l'homme-Dieu

Cet article a été écrit avec la collaboration d'Inji Pennu. Les liens renvoient vers des pages en anglais.

Kanika Mishra fait tellement corps avec son art qu'il lui arrive de rêver en dessins. Et certains de ses rêves se retrouvent dans ses oeuvres.

L'art est souvent utilisé pour critiquer l'injustice sociale. A l'aide de dessins humoristiques ou de bandes dessinées, les auteurs peuvent afficher des opinions sérieuses tout en moquant les travers de la société et en traitant de sujets complexes et sensibles. Des dessins sont plus faciles à absorber, à comprendre, à partager.

Kanika Mishra

Kanika Mishra

Si le militantisme par les arts graphiques n'est pas neuve, la présence croissante de femmes dans la bande dessinée l'est. Les artistes féminines de bande dessinée travaillent souvent à s'exprimer à l'encontre des normes sociales perçues. Avec l'avènement d'Internet, des blogs et des médias sociaux, les voix féminines peuvent se faire entendre plus aisément aujourd'hui. Mais pour certaines, les conséquences peuvent être brutales.

Kanika Mishra a subi des représailles quand elle a commencé à dénoncer dans ses dessins les agissements d'un gourou. En Inde, les gourous jouent un rôle significatif dans la vie sociale. Kanika les appelle les “hommes-dieux” auto-proclamés.

Kanika s'en est prise à Asaram Bapu, l'un de ces “hommes-dieux” auto-proclamés, un personnage controversé dont on a rapporté les commentaires sexistes dans une affaire de viol, la participation à un accaparement de terrains et qui a été arrêté pour agression sexuelle sur mineur.

Réponse de Kanika lors d'un entretien par courriel :

L'Inde est un pays où un grand nombre de savants religieux ont découvert de nouvelles vérités de la vie et les ont fait connaître au monde. Ici on croit volontiers quelqu'un qui se dit un homme-Dieu. Asaram est ce genre d'individu qui revêt un habit de saint et exploite les personnes naïves. Il dit au monde de sacrifier argent, vie, famille, épouse pour [le] Gourou…

Kanika dit encore d'Asaram :

Asaram possède des biens valant des millions, possède des centaines de proppriétés immobilières dans différentes villes de l'Inde. Il a son jet privé. La plupart des leaders politiques et de titulaires de postes d'influence en Inde, surtout de droite, le visitent pour recueillir ses bénédictions qui leur donnent accès à une réserve de votes particulière. Il dit qu'il est Dieu et laisse les gens l'adorer comme Dieu ! Son fils prétend la même chose mais tous deux sont maintenant sous les verrous accusés d'avoir violé de nombreuses femmes.

L’affaire de viol qui a fini par coûter sa liberté à Asaram a amené Kanika à dire ce qu'elle pense. Elle a créé un personnage appelé Karnika Kahen qu'elle appelle “une fille ordinaire de l'Inde” avec son nom qui veut dire “Karnika parle”.

Dans sa première apparition de personnage de dessin humoristique, Karnika raillait les croyances simplistes des disciples aveugles du gourou :

Kanika's first cartoon in the Asaram series: Why don't they search him on the moon? I heard that his followers used to see his face in moon on full moon day ;)

“Pourquoi ils ne le cherchent pas dans la lune ? J'ai entendu dire que ses disciples voyaient son visage sur la pleine lune ;)” Premier dessin de Kanika dans la série sur Asaram

Dans un autre épisode, Karnika reprend les dires d'Asaram dans la célèbre affaire de viol collectif à Delhi en 2012 [fr]. Il avait fait remarquer que la victime, “Nirbhaya, était autant coupable que ceux qui l'ont violée, torturée, et tuée.” Selon Kanika,

Asaram a affirmé que la malheureuse victime du viol dans le bus de Delhi aurait dû appeler ces monstres “Bhaipisoyaa” (frères) qui l'ont violée ou elle aurait dû réciter le “mantra du gourou” pour échapper à cette catastrophe.

Lorsqu'Asaram a été pris par la police pour ses crimes de viol, Kanika Mishra a illustré la nouvelle dans un nouveau dessin. Elle a repris ses propos et les a retournés contre le gourou :

Quand les policiers ont attrapé Asaram (…), j'ai fait ce dessin où mon personnage Karnika lui demande pourquoi il n'a pas appellé le policier “Bhaiyaa” (frère) ou récité un “mantra du gourou” pour sauver ses fesses ?

Kanika's take on the Delhi gang rape: Why don't you call this police-man "brother" or recite a Guru-mantra as you suggested to the rape victim[?]

“Pourquoi tu n'appelles pas ce policier “Frère” ou tu ne récites pas un mantra du gourou comme tu l'as conseillé à la victime de viol” Réponse de Kanika à propos du viol collectif de Delhi

Pourquoi combattre un gourou, Kanika ?

J'ai voulu faire prendre conscience que cet homme n'est pas un Dieu mais un être humain normal comme nous, et nous ne pouvons même pas le dire normal puisque devant les tribunaux, un avocat a dit aux juges qu'Asaram souffre de pédophilie.

Le travail de Kanika n'est pas passé inaperçu en Inde. India Today, un “magazine politique de premier plan”, et Aaj Tak, “une chaîne nationale d'information”, ont publié le personnage de Karnika Kahen sur leur site web. Les disciples d'Asaram ont riposté par des menaces, du harcèlement, le piratage de ses comptes de médias sociaux et en la terrorisant par de multiples appels anonymes sur son mobile. Effrayée, sa mère lui a conseillé de renoncer. A quoi Kanika a répondu :

J'ai résolu de prendre Ie parti de cette fille de 16 ans qu'Asaram est accusé d'avoir violée. Si elle peut affronter ces monstres et ses disciples aveuglés et le monde entier, pourquoi je ne le pourrais pas ? Et que dirai-je à mes nièces adolescentes et aux autres petites filles à qui j'ai toujours dit d'être sans peur. J'ai donc résolu de faire d'autres dessins sur Asaram et de me moquer encore plus de ses disciples jusqu'à ce que ces sbires d'Asaram cessent de me menacer.

As he is injected with a truth serum, Asaram won't stop revealing secrets: "To hell with this Narco test, he is just not going to stop... How many more secrets he has to reveal?"

“Au diable ce sérum de vérité, il n'en finit plus… Combien de secrets va-t-il encore nous révéler ?”

Pour finir, Kanika a dû porter plainte auprès de la police et de son service d'enquête sur les infractions en rapport avec Internet, ainsi qu'auprès de la Commission Nationale pour les Femmes pour se défendre contre une page de dessins diffamatoires qui l'attaquait sur Facebook [Note : les auteurs du présent article n'ont pas réussi à retrouver la page Facebook qui semble avoir été retirée]. Entre temps, le fils d'Asaram arrêté, raconte Kanika, les menaces n'ont pas tardé à cesser.

Pour Kanika, ses dessins ont servi non seulement à dénoncer les affaies de viols, mais aussi à rendre visible un point de vue féminin.

Nous avons beaucoup de dessinateurs célèbres en Inde, mais ils sont presque tous des hommes et ils représentent en général un homme ordinaire (Aam Admi). Je ne connais pas une seule dessinatrice humoristique en Inde… [mon personnage Karnika] élève la voix sur des questions sociales et politiques variées, mais qui peut mieux qu'une fille comprendre le problème des filles indiennes ? Karnika Kahen est une “fille ordinaire “ ou “femme ordinaire” de l'Inde.

  Découvrez le travail de Kanika Mishra sur Facebook et Twitter @Kanikacart

 

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