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Win Tin: Le plus ancien prisonnier politique du Myanmar est mort à l'âge de 85 ans

Win Tin, legendary Burmese journalist and activist, died last April 21. Photo from @hrw (Human Rights Watch

Win Tin, légendaire journaliste activiste birman, est mort le 21 avril. Photo de @hrw (Human Rights Watch

U Win Tin, le journaliste vétéran birman et activiste pro-démocratie, est mort d'une insuffisance rénale le 21 avril 2014 à l'âge de 85 ans.

Avant l'arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1960, Win Tin était rédacteur en chef du quotidien le plus connu du Myanmar. En 1988, il  a participé à la création du parti d'opposition, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) et a soutenu la candidature d'Aung San Suu Kyi.

Accusé d'être communiste, il a été arrêté et emprisonné en 1989. Après trois ans passés en prison, sa condamnation a été prolongée pour rébellion. En 1996, il a à nouveau été condamné à 7 ans d'emprisonnement pour avoir adressé aux Nations Unies un rapport de 83 pages sur les conditions déplorables de détention au Myanmar.

Il a enfin été libéré en 2008 après 19 ans d'incarcération. Mais bien qu'il ait retrouvé sa liberté, il a continué à porter la chemise bleue des prisonniers par soladarité avec les autres prisonniers politiques.

Il est resté un ami fidèle d'Aung San Suu Khi même s'il a pu critiquer certaines décisions politiques qu'elle a prises, en particulier la décision de faire participer le NLD aux élections.

Win Tin était le prisonnier politique resté le plus longtemps en prison au Myanmar. Contrairement à Aung San Suu Khi qui était assignée à résidence, Win Tin était détenu dans une cellule habituellement réservée aux chiens de l'armée.

Zin Linn, ancien prisonnier politique, décrit les conditions de détention de Win Tin:

Il était seul dans sa cellule, qui mesurait 2,60 x 3,50 m et contenait pour seul mobilier une paillasse de bambou à même le sol en béton. Il dormait, mangeait, marchait et faisait ses besoins dans la même pièce. Il ne pouvait voir ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles. Il était intentionnellement privé d'air frais, de nourriture consistante et goûteuse, et d'eau fraîche. Le pire a été de rester seul dans une telle cage pendant si longtemps.

Il parle de Win Tin comme ‘du journaliste le plus courageux de Birmanie':

Pour la junte, U Win Tin est un vrai roc. Bien qu'ils aient toujours souhaité détruire cette montagne, ils n'ont jamais réussi. Mais autant il pouvait être dur avec ses oppresseurs, autant sa tendresse et sa gentillesse avec ses camarades et les siens était sans bornes.

Kyaw Zwa Moe, rédacteur en chef de l'Irrawaddy magazine, fait remarquer que Win Tin n'a jamais fait de compromis avec la junte au pouvoir malgré sa santé déclinante:

Mais pour tout gouvernement d'oppression, Win Tin était un grand ennemi. En raison de ses activités politiques, l'ancien régime l'a laissé en prison pendant près de 20 ans, l'a torturé, lui a supprimé son traitement médical et lui a confisqué sa maison. Quand ils ont fini par le libérer en 2008, ils l'ont fait sur caution. Et malgré la pression qu'il subissait il n'a jamais renié de ses principes.

Ye Htut, ministre chargé de l'information, a fait paraître un communiqué pour le compte du government:

Nos opinions politiques sont différentes de celles de Win Tin, mais nous saluons tous son engagement pour ses convictions et ses sacrifices. Bien que nous ne soyons pas d'accord avec lui, nous respectons ses intentions sincères de développer le pays et d'en faire une nation démocratique et prospère à sa manière. Nous pensons que la mort de U Win Tin est une grande perte – nous avons perdu une grande voix de la critique sur la scène politique birmane, mais les médias birmans ont aussi perdu un journaliste d'expérience et de sagesse.

Mya Aye, membre du Groupement Etudiant Génération 88, reconnaît que Win Tin était un leader altruiste et désintéressé:

On peut être fiers de lui et le considérer comme un modèle de politicien… Il ne voulait gêner personne. Il souhaitait des funérailles dans l'intimité. C'était un altruiste. Il n'était pas attaché à la propriété pour lui-même et ne souhaitait que servir son pays. Il méritait de voir ce pourquoi il s'est sacrifié.

Aung Zaw parle de Win Tin comme d'un phare pour le mouvement démocratique:

Win était un critique passionné et implacable du gouvernement jusqu'à la fin, déterminé à franchir tous les obstacles sur la longue route qui mène la Birmanie à la démocratie.

Sans notre phare, il est difficile d'imaginer comment le mouvement pour la démocratie va relever les défis de la transition démocratique imprévisible, car il y a encore beaucoup de loups déguisés en moutons.

Kay Mastenbroek, qui a fait un documentaire vidéo sur Win Tin, se souvient du défunt journaliste comme d'un homme qui osait dire “non” quand les autres disaient “oui”:

Pour moi le film raconte l'histoire d'un esprit fort et indépendant – un homme qui ose dire “non” quand tous les autres disent “oui”. Un homme qui aimait parfois se retrouver seul, mais qui appréciait aussi la compagnie des nombreux amis qu'il s'était fait dans sa vie. De temps en temps il pouvait se montrer têtu et rebelle, mais ce sont des personnes comme lui qui rendent les choses d'autant plus intéressantes, je crois.

Mon oncle birman va me manquer, parce que j'aurais aimé lui montrer que beaucoup de journalistes et de cinéastes vont poursuivre le travail pour un meilleur journalisme dans le pays. Il aurait apprécié cela.

Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch, rend hommage à Win Tin:

U Win Tin a été l'exemple du courage et de la dignité face à un règlement militaire brutal.

U Win Tin a inspiré toute une génération d'activistes qui ont répondu à l'appel et luttent pour faire de la Birmanie une démocratie respectueuse des droits.

Le mouvement américain Campaign for Burma rend les honneurs à Win Tin:

A l'heure où le mouvement poursuit sa lutte pour une Birmanie libre, nous rendons hommage à un homme qui a dédié sa vie à la cause. U Win Tin était un journaliste, un prisonnier, un chef et un modèle. Bien qu'il nous ait quittés, nous espérons pouvoir créer le pays dont U Win Tin rêvait: un pays représenté par l'ensemble de son peuple, libéré d'un contrôle autoritaire.

La Secrétaire Générale de La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) Debbie Stothard rappelle que Win Tin n'a jamais cessé de critiquer le ‘processus imparfait de réformes’ mis en place par l'actuel gouvernement civil:

Alors que tout le monde se félicitait des récents progrès faits en Birmanie, Win Tin était toujours là pour nous rappeler la triste réalité du processus imparfait des réformes entreprises dans le pays. Il va beaucoup nous manquer mais on ne l'oubliera jamais.

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