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10 informations à connaître sur le coup d'Etat en Thaïlande

1. Depuis 1932, il y a eu 19 ou 20 coups d'Etat en Thaïlande. Le coup d'Etat en cours, mené par le général General Prayuth Chan-ocha est le 12ème à avoir réussi ; le dernier ayant eu lieu en 2006. L'armée a d'abord nommé un « Conseil national pour la paix et le maintien de l'ordre » pour siéger au gouvernement, avant de changer son nom en « Conseil national pour la paix et l'ordre ».

Des soldats armés montent la garde lors d'une opération de contrôle des manifestatants anti-putsch à Bangkok. Photo by Matthew Richards, Copyright @Demotix (5/25/2014)

Des soldats armés montent la garde lors d'une opération de contrôle des manifestants anti-putsch à Bangkok. Photo de Matthew Richards, Copyright @Demotix (5/25/2014)

2. La loi martiale a été déclarée par l'armée le 20 mai 2014, soit deux jours avant le coup d'Etat. L'armée a suspendu la Constitution de 2007, sauf certaines dispositions relatives à la monarchie. Curieusement, c'est l'armée qui avait rédigé cette constitution.

L'armée thaïlandaise a mis aux oubliettes la constitution de 2007 qu'elle avait elle-même rédigé : elle n'a apparemment pas donné les résultats espérés !

3. La décision de maintenir les dispositions constitutionnelles relatives à la monarchie reflète l'importance et la popularité de l'institution royale. Le roi Bhumibol Adulyadej connait le plus long règne du monde et serait la personnalité politique la plus populaire de Thaïlande. Aucun homme politique en Thaïlande n'oserait porter atteinte à l'image du roi. La Thaïlande applique également une loi rigoureuse sur le crime de lèse-majesté. Au cours des dernières années, de nombreux citoyens ont été emprisonnés pour avoir insulté le roi par sms ou suite à un commentaire sur internet.

Des manifestants anti-putsch commencent à remplir la route en face du Victory Monument (monument de la victoire) dimanche. Photo by David Luekens, Copyright @Demotix (5/25/2014)

Des manifestants anti-putsch commencent à occuper la route face au monument de la victoire dimanche. Photo de David Luekens, Copyright @Demotix (5/25/2014)

4. L'armée a ordonné la détention de plus de 150 personnalités politiques. L'une de ses personnalités est Yingluck Shinawatra, l'ancienne Première ministre et sœur de l'homme d'affaire controversé, lui-même ex-premier ministre, Thaksin Shinawatra. Thaksin Shinawatra, un des hommes les plus riches de Thaïlande, a été évincé en tant que Premier ministre lors du coup d'Etat de 2006. Il vit en exil depuis 2008 pour éviter l'emprisonnement dans une affaire de corruption. Il reste néanmoins populaire auprès des électeurs ruraux et son parti a toujours gagné les élections. L'année dernière, une proposition de loi d’amnistie aurait permis à Thaksin Shinawatra de rentrer en Thaïlande, mais elle déclencha un tollé à l'échelle nationale et les forces de l'opposition se rassemblèrent par milliers pour appeler à la destitution du gouvernement de Yingluck Shinawatra.

5. Une partie de la population demande la fin du coup d'Etat et des élections immédiate. Plus facile à dire qu'à faire. Les Thaïlandais sont allés aux urnes en février dernier, mais l'élection a été boycottée par l'opposition et n'a pas réussi à mettre fin à la crise politique. Avant le coup d'Etat, il était proposé de tenir une autre élection en juillet ou en août. L'opposition estime que le processus électoral est corrompu par l'argent de Thaksin Shinawatra et ne se dit prête à participer de nouveau à des élections qu'une fois des réformes politiques engagées et seulement après que l'influence de Thaksin Shinawatra aura été diminuée.

Des manifestants anti-putsch réunis au Victory Monument de Bangkok brandissent une grande branderole affichant le slogan « Nous voulons une élection ». Photo by Matthew Richards, Copyright @Demotix (5/24/2014)

Des manifestants anti-putsch réunis au monument de la victoire brandissent une grande banderole affichant le slogan « Nous voulons une élection ». Photo de Matthew Richards, Copyright @Demotix (5/24/2014)

6. Le parti démocrate d'opposition, qui n'a pas gagné d'élections depuis une vingtaine d'années, organise et soutient des manifestations depuis le mois de novembre de l'année dernière pour forcer la destitution du gouvernement de Yingluck Shinawatra. Le PDRC, Comité du peuple pour des réformes démocratiques, mené par Suthep Thaugsuba, un ancien vice-premier ministre, est le principal animateur de ces manifestations provocatrices. Les manifestants, principalement à Bangkok, la capitale, demandaient que soit constitué un Conseil du peuple non élu en remplacement du gouvernement de Yingluck Shinawatra. Beaucoup des membres du PDRC sont des protestataires des chemises jaunes, groupe qui avait occupé un aéroport thaïlandais en 2008. Les chemises rouges – dont la couleur des chemises ne symbolise pas une appartenance à la gauche et sert uniquement à se différencier des chemises jaunes – est un autre mouvement de contestataires, connu pour avoir mené des manifestations en 2010, quand le parti démocrate était au pouvoir et beaucoup sont partisans de Thaksin Shinawatra. Au moment du coup d'Etat, l'armée a ordonné aux manifestants du PDRC comme aux chemises rouges de rentrer chez eux.

7. Yingluck Shinawatra a été destituée avant même que la loi martiale ne soit déclarée. Un tribunal constitutionnel a ordonné sa demission après qu'elle eut été jugée coupable d'un acte anticonstitutionnel quand elle a remplacé un chef de la sécurité nationale en 2011. Un premier ministre par intérim était responsable du gouvernement au moment de l'intervention de l'armée.

8. Des informations avancent que beaucoup de Thaïlandais soutiennent le coup d'Etat. On peut aussi voir des photos d'internautes prises avec des soldats postés dans les rues de Bangkok. Naturellement, certains Thaïlandais, fatigués par les manifestations, sont heureux que les manifestants se soient dispersés dans le calme. Mais beaucoup se méfient du coup d'Etat militaire, certains ont même osé poster des photos les montrant avec des panneaux proclamant leur opposition au coup d'Etat.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette femme avec du scotch rouge sur la bouche est journaliste (et courageuse).

9. La liberté d'expression a été l'une des premières victimes du coup d'Etat. L'armée a fermé des stations de télévision et de radio et déployé des soldats dans les bureaux et les salles de rédaction de journaux. L'armée a donné consigne aux médias de n'interroger ni universitaires, ni anciens dirigeants qui pourraient partager des opinions dangereuses et « déroutantes » à propos de la situation politique. L'armée a également mis en garde les internautes de ne pas diffuser de contenus susceptible de créer des « malentendus » et a demandé aux fournisseurs d'accès de bloquer les sites internets « malvenus ».

Manifestation anti-putsch hier à l'université de Thammasat. L'AFDD demande aux militaires de se retirer de la politique et d'autoriser une élection.

10. Malgré une directive de la loi martiale interdisant les réunions de 5 personnes ou plus, des centaines de Thaïlandais ont défié cette disposition en organisant plusieurs manifestations dénonçant le coup d'Etat partout dans le pays. Certains ont été arrêtés et l'armée a averti qu'elle ne tolérerait plus de manifestations. Une décision qui pourrait préluder à un mouvement démocratique de plus grande ampleur en Thaïlande.

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