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Chine : des châtiments collectifs pour lutter contre le terrorisme ?

La Chine a de nouveau été victime d'un violent attentat qui a tué plusieurs civils. Plus de 200 suspects ont été interpellés à la suite d'une campagne de répression anti-terrorisme menée par le gouvernement. Malheureusement, certains internautes motivés par la peur ont appelé à des punitions collectives à l'encontre de l'entourage des terroristes.

39 people died and around 90 people injured on last thursday's violent attack in Urumqi. Photo from Weibo via Boxun. Non-commercial use.

L'attentat d'Urumqi a fait 39 morts et environ 90 blessés. Photo de Weibo via Boxun. Usage non-commercial.

Le 22 mai, deux véhicules se sont introduits dans un marché en plein air d'Urumqi, la capitale de la province occidentale du Xinjiang, et y ont fait détonner des explosifs. Selon la presse nationale, l'événement a fait 39 morts et environ 90 blessés.

La police a identifié cinq suspects qui seraient à l'origine de l'attentat, tous d'ethnie ouïghoure comme le confirment leurs patronymes. Le lendemain, le gouvernement a annoncé le lancement d'une campagne de répression du terrorisme sur une période d'un an. De plus, le Président chinois Xi Jinping a exigé des sanctions “sévères” à l'encontre des personnes impliquées dans l'événement.

En vérité, plusieurs attaques ont touché le Xinjiang ces dernières années, dont au moins deux à Urumqi. Le 30 avril dernier, une bombe avait explosé dans une des gares de la capitale, faisant 3 morts et 79 blessés.

Depuis les émeutes inter-ethniques de 2009 à Urumqi, où au moins 197 personnes avaient trouvé la mort, les attaques violentes se sont multipliées en Chine. Les autorités accusent les séparatistes ouïghours d'être les auteurs de ces attentats, y compris celui qui s'est produit à la gare de Kunming en mars dernier.

Dans ce contexte de violence, le gouvernement chinois a renforcé ses mesures de sécurité au Xinjiang. Les médias d'État rapportent l'arrestation de plus de 200 personnes et le démantèlement de 23 groupes extrémistes pour le seul mois de mai. Selon l'agence Xinhua, “nombre de suspects sont âgés de 20 à 30 ans, ils regardent des vidéos de groupes terroristes en ligne pour apprendre à fabriquer des explosifs et à s'entraîner physiquement.’

Tian Shui police announced the year-long crackdown against terrorist in their Weibo. Tian Shui is a small city in Gansu province.

 La police de Tianshui, dans la province du Gansu, a annoncé une campagne anti-terroriste sur son compte Weibo.

Les internautes chinois se désolent du dernier attentat en date tout en débattant du châtiment approprié. Récemment, le système du lianzuo (punition collective) est devenu un des sujets les plus abordés sur Weibo, la célèbre plateforme chinoise de microblogging. Le lianzuo est une tactique très ancienne autrefois utilisée par les empereurs chinois. Elle consiste à regrouper plusieurs foyers en une seule et même entité, et à punir l'ensemble des membres du groupe si une personne y appartenant commet un crime. Le terme lianzuo est donc associé à une forme d'autoritarisme basé sur la terreur.

Wu Bihu (@吴必虎), un professeur de tourisme à l'Université de Pékin, est le premier à avoir fait mention du concept. Son post a enflammé les discussions.

极少数伊斯兰极端宗教分裂暴恐分子严重妨碍了包括维族群众在内的生存底线,我同意一些网友的意见,恐怖分子很难预防,不易清除。他們也不怕死,怎么办?連坐。其家屬、鄰居、所在清真寺的阿訇,應該連坐,因為他們理應承擔監視可能的死怖分子的責任。通過野蠻實現文明。

Une très petite minorité composée d'extrémistes religieux et de terroristes menace la qualité de vie  des Ouïghours. Je suis d'accord avec certains internautes, il est très difficile d'empêcher et d'éradiquer le terrorisme. Ces personnes-là ne craignent même pas la mort, alors que faire? Appliquer le lianzuo. Leurs familles et voisins ainsi que les imams des mosquées qu'ils fréquentent devraient être punis collectivement. Car il en va de leur responsabilité de surveiller les terroristes. Ce n'est que par la barbarie qu'on atteint la civilisation.

L'auteur s'est par la suite excusé de l'emploi erroné du terme lianzuo et est allé jusqu'à supprimer le post d'origine sur Weibo. Mais de nombreux internautes ont tout de même réagi.

Le célèbre critique et écrivain Lian Yue (@连岳) a posté cette réponse:

杀人偿命,天经地义,主张宽恕欠下人命的恐怖分子,那是伪善。但鼓吹连坐,指望以屠杀无辜反恐,这是抱油救火,还不如伪善。

Que les assassins doivent payer pour leurs crimes, cela coule de source. Et il serait hypocrite de professer le pardon pour les terroristes. Mais de se faire l'avocat du lianzuo, d'encourager à tuer des innocents pour combattre le terrorisme, voilà qui équivaut à vouloir éteindre un feu avec de l'huile. Et c'est bien pire que de l'hypocrisie.

Sur Weibo @lalunazhan a proposé que l'on applique d'abord le lianzuo à un autre problème d'importance : la corruption.

如果反恐要实行连坐的话,建议先从反腐连坐试行,提拔的领导,直属上级,家属等都连坐。

Si l'on veut appliquer le lianzuo à la lutte anti-terroriste, je suggère qu'on l'utilise d'abord contre la corruption. Les familles des escrocs, les subordonnés qui ont reçu une promotion, et les supérieurs hiérarchiques directs devraient tous êtres punis.

Par contre, ceux qui résident au Xinjiang sont plus enclins à encourager ce système de punition collective.

疆乱不等同身受基本没有发言权,连坐只是借鉴俄罗斯普京的一些事实证明有效的反恐经验,何罪之有,来新疆生活几年再发言.

Ceux qui n'ont pas souffert du terrorisme n'ont pas droit à la parole. Si l'on en juge par ce qui a été fait par Poutine en Russie, le lianzuo est une technique efficace. Pourquoi le critiquer ? Venez habiter au Xinjiang pendant plusieurs années, et alors seulement vous aurez le droit de parler. 

“@n919″ (@优雅的诗意), un autre internaute vivant au Xinjiang, a loué “l'idée du professeur Su”:

苏教授的连坐政策未尝不可,新疆维族人法律意识淡泊,家族观念很重,每个家庭成员对家庭中其他成员的行为负有不可推卸的责任

La politique du lianzuo suggérée par le professeur Su n'est pas impossible. Les Ouïghours du Xinjiang n'ont pas une conscience très aigüe de la loi, mais la famille est très importante pour eux. Chacun doit être tenu responsable du comportement des membres de sa famille.

Alors que l'attentat de Kunming avait suscité une énorme vague de réactions de colère, tristesse et compassion sur les réseaux sociaux chinois, l'attaque récente à Urumqi n'a pas autant mobilisé les internautes au niveau national. Cette fois-ci, ce sont plutôt les Chinois d'ethnie Han vivant ou ayant vécu au Xinjiang qui ont réagi.

La région autonome du Xinjiang se situe à l'extrême Ouest de la Chine. 8 millions de Chinois Han et 10 millions de Ouïghours y vivent actuellement. La plupart de ces derniers sont musulmans, et l'islam fait partie intégrante de leur vie, de leur culture et de leur identité. Ces dernières années, les relations entre Han et Ouïghours se sont détériorées et les attentats les plus récents ont pris des civils pour cible.

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