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Brésil : Lynchage d'une femme à la suite de rumeurs sur Facebook

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Fabiane Maria de Jesus, mère de deux fillettes, a été lynchée à mort par une foule excitée par d'horribles rumeurs en ligne. L'enquête menée sur l'enchaînement qui a conduit au crime suggère que, bien que puissantes, la majorité de ces rumeurs était infondée.

Le samedi 3 mai 2014, Fabiane rentrait chez elle, dans son quartier de Morrinhos dans la périphérie de Guaruja, une ville de la côte sud du Brésil. La jeune femme au foyer de 33 ans, mère de deux filles, une de 12 ans et l'autre presque bébé —  souffrait d'un trouble bipolaire, qu'elle était cependant capable de gérer parfaitement avec son traitement médical. Pendant qu'elle revenait à l'église où elle avait oublié sa bible après le service matinal, un groupe d'une centaine de personnes l'a attaquée, lui a attaché les mains avec un bout de câble, et l'a frappée et traînée dans les rues pendant les deux heures suivantes. Elle a été sauvée par la police, mais deux jours après l'attaque, Fabiane est morte

Fabiane Maria de Jesus, a dona de casa assassinada no Guarujá pelo falso boato. Fonte: Wikipédia

Fabiane Maria de Jesus, la femme au foyer assasinée à Guareja, Brésil. Source: Wikipedia

Une rumeur a guidé la foule furieuse : la femme était soupçonnée de kidnapper des enfants dans la région pour les utiliser dans des rituels de sorcellerie. Des alertes à ce propos avaient été publiées sur la page Facebook Guarujá Alerta – un compte qui publie des services et des informations dans le domaine policier. Quelques jours avant l'attaque, la page, qui a plus de 24,000 suiveurs, avait présenté un portrait robot de la kidnappeuse présumée. 

Cependant, la même page Facebook avait aussi informé que la police locale n'avait aucun registre d'enfant disparus ou séquestrés. Mais il était déjà trop tard : l'histoire de la kidnappeuse d'enfants circulait déjà en ligne et avait provoqué une chasse à l'homme dans toute la ville. Le portrait robot diffusé sur le profil Facebook avait été élaboré par la police de Rio de Janeiro en 2012, lors d'une enquête sur le cas d'une femme qui avait tenté de voler un bébé à sa mère. Un mois avant que Fabiane soit assassinée, le même portrait robot est apparu à Recife, Pernambuco, lié à une autre affaire d'enfant kidnappé. Comme le reste de sa famille, Fabiane est née et a vécu toute sa vie à Morrinhos. Quiconque observe les faits peut voir qu'elle a été accusée à tort. Mais cela n'a pas été suffisant pour éviter sa mort, un de plus dans la série de lynchages qui a eut lieu dans le pays depuis le début de l'année [es], comme en a informé Global Voices.

“Ce n'est la faute de personne ! C'est la faute d'internet !”

Captura de ecrã de um vídeo que circulou na internet.

Capture d'écran d'une des vidéos qui a circulé sur internet.

Avec l'aide des vidéos filmées pendant le lynchage, la police a réussi à identifier six suspects d'avoir participé à l'incident. Selon le journal  A Tarde, un groupe d'amis d'un des suspects se sont réunis pour manifester devant le departement de police, et ont scandé :

Quer prender todo mundo? A culpa é de todo mundo! A culpa é de ninguém! A culpa é da internet!

Vous voulez nous arrêter tous ? C'est la faute de tout le monde! C'est la faute de personne! C'est la faute d'internet !

En ligne, les internautes ont critiqué le profil Facebook qui a publié les fausses informations. Les internautes ont accusé l'administrateur de la page “d'être aussi coupable que ceux qui l'ont frappé et assasiné” et d'avoir “les mains tachées de sang.” La personne responsable de Guarja Alerta a déposé devant la police et s'est mise à leur disposition, mais il a aussi affirmé “n'avoir aucune responsabilité” dans cet épisode. Cependant, comme l'a écrit Luiz Francisco Carvalho dans un article  sur l'assassinat de Fabiane :

O caso do Guarujá mostra que a internet potencializa a reação histérica de massas. A repulsa eventual e a punição de um ou outro envolvido não são capazes de conter a epidemia.

L'affaire de Guarujá démontre qu'internet potentialise la réaction hystérique des masses. L'éventuel rejet et châtiment du ou des individus est incapable d'enrayer l'épidémie. 

L'impact des médias traditionnels informant sur de tels incidents est devenu un sujet brûlant de discussion ces derniers mois. Marcelo Freixo, député de l'Etat de Río de Janeiro, a écrit sur son Facebook:

Maior é a responsabilidade daqueles que usam seus espaços privilegiados de fala, como programas de TV, para incentivar e, em certa medida, legitimar esses atos bárbaros. Foi o que ocorreu quando moradores do Flamengo agrediram e prenderam um adolescente negro a um poste, em fevereiro deste ano.

Majeure est la responsabilité de ceux qui utilisent les espaces privilégiés pour parler, comme les programmes de TV, pour motiver et en certaine mesure, légitimer ces actes barbares. C'est ce qui est arrivé quand des résidents du quartier de Flamengo ont agressé et ont attaché un adolescent afro-brésilien à un poteau, en février.

En février 2014, Rachel Sheherazade, une présentatrice de télévision a reçu une notificación du Ministère Public, pour avoir affirmé à la télévision nationale que les actes d'auto-justice pouvaient être “compréhensibles” – en référence à l'affaire d’ un mineur qui a été attaché à un poteau dans la rue [es] à Río, en février passé. Pour le professeur de Communication de l'Université de São Paulo (USP), Eugênio Bucci :

A imprensa é uma instituição que busca não difundir, mas investigar os boatos, a partir de uma postura crítica. A imprensa, sim, pode e deve ser cobrada quando desobedece a esse imperativo. As redes sociais não têm esse compromisso. É claro que o aprendizado social com o uso das novas tecnologias imprimirá às redes uma série de novos cuidados. Elas tenderão a ser passíveis de responsabilizações, e tenderão a ter de observar parâmetros que talvez as aproximem um pouco da ética da imprensa, mas ainda estamos muito longe disso. Ainda vivemos um tempo em que muita gente toma por verdade comprovada qualquer tolice que apareça numa tela eletrônica. Mais ainda: no Brasil, vivemos um tempo em que as pessoas premidas por demandas mais dramáticas estão deixando de acreditar nas instituições, na justiça, no bem comum, no poder público. O ódio e a pressa, juntos, produzem o caos.

La presse est une institution qui cherche non pas à diffuser mais à enquêter sur les rumeurs à partir d'une position critique. La presse, oui, peut et doit être condamnée quand elle désobéit à cet impératif. Les réseaux sociaux, eux, n'ont pas cet engagement. Il est évident que l'apprentissage social de l'usage des nouvelles technologies imposera aux réseaux une série de nouvelles précautions. Ils tendront à être passibles de responsabilité et devront observer des paramètres qui les rapprochent davantage de l'éthique de la presse, mais nous en sommes encore loin. On vit une ère où de nombreuses personnes donnent pour vraie n'importe quelle bêtise insensée qui apparaît sur un écran électronique. Même plus : au Brésil, nous vivons une époque dans laquelle les personnes poussées par les plus dramatiques besoins ont cessé d'avoir confiance dans les institutions, dans la justice, le bien-être social et la puissance publique. La haine et la hâte, ensemble, provoquent le chaos. 

Au-delà de la colère

Fabiane était innocente d'un crime qu'elle n'a probablement  jamais commis, mais comme se demande le journal El Pais: “ et si elle avait été coupable ? La manière barbare dont elle a été assasinée aurait causé le même choc ? Une semaine aprés la mort de Fabiane, une esthéticienne de 26 ans a été torturée et assassinée par un groupe d'hommes, aussi à Sao Paulo. Les premiers éléments ont suggéré que l'attaque a été provoquée par le vol allégué d'un paquet de gâteaux par la victime. Plus tard, un des suspects a déclaré que la femme lui avait volé 27 000 reales –- environ 12 000 US$ -–de sa maison. Les morts par lynchage dans les banlieues typiquement appauvries de Brésil ont généré une série de réflexions à propos du portrait réel du pays. Pour l'enquêteuse Ariadne Natal, du Centre d'étude sur la violence de l'université de Sao Paulo :

não é qualquer pessoa que pode ser desumanizada e, portanto, linchada. As potenciais vítimas de linchamento carregam consigo a marca daquele que pode, em última análise, ser eliminado.

Ce n'est pas pas n'importe qui peut être déshumanisé et donx lynché. Les victimes potentielles de lynchage portent le stigmate de ceux qui – en dernière instance – peuvent être éliminés.

En clair, une certaine classe sociale est la seule vulnérable au problème. A l'intérieur de la classe moyenne qui commet des crimes, il existe “un système de protection plus efficace,” signale Natal. Pendant que le pays essaye de comprendre ces tragédies, la faille des structures démocratiques se retrouve également derrières ces actes. Ariadne indique :

Numa democracia, o que se espera é que as pessoas se mobilizem para melhorar as instituições e não para fazer justiça de forma sumária, sem dar aos suspeitos o direito à defesa. E, com isso, no afã de tentar fazer uma suposta justiça, comete-se grandes injustiças. E mesmo que a vítima tenha de fato cometido algum crime, isso não diminui o aspecto lamentável de um linchamento.

Dans une démocratie, on espère que les gens se mobilisent pour améliorer les institutions et non pas pour faire justice de cette forme primitive, en privant les suspects de leur droit de défense. Et avec cela, dans le but de faire une présumée justice, on commet de grandes injustices. Même si la victime avait commis un crime, cela ne diminue pas le lamentable aspect du lynchage

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