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Un compte Twitter dénonce le racisme à l'encontre des domestiques brésiliennes

Slave carrying a white child on her back, in 1870, Bahia. (Photo: Instituto Moreira Salles/Geledés)

Une esclave portant sur son dos un enfant blanc, en 1870 à Bahia, au Brésil. Photo de l'Instituto Moreira Salles/Geledés

[Tous les liens sont en portugais, sauf mention contraire]

En 1888, le Brésil est devenu le dernier pays occidental à abolir l'esclavage [anglais]. Cependant, sans éducation ou formation professionnelle, de nombreuses femmes émancipées ont commencé à gagner leur vie comme domestiques, une situation qui perdure à ce jour. Selon l'Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques (IBGE), 92% des 7,2 millions de domestiques du pays sont des femmes ; 60% d'entre elles sont noires.

L'an dernier, après un débat douloureux, le Brésil a enfin approuvé un amendement constitutionnel protégeant les droits des domestiques. Néanmoins, cette loi bien qu'entérinée par le Sénat, doit encore être votée par la Chambre des Députés pour entrer en vigueur.

Au fil des ans, la condition des domestiques s'est améliorée au Brésil. Désormais, elles sont de moins en moins nombreuses à vivre avec leurs employeurs (où elles doivent être disponibles à tout moment), et donc relativement plus indépendantes. Elles peuvent même obtenir un salaire plus conséquent pour leurs services.

Toutefois, l’incivilité et le manque de reconnaissance des domestiques subsistent.

Récemment, les Brésiliens ont pu constater jusqu'à quel point ces sentiments pouvaient être exacerbés. Via le compte Twitter A Minha Empregada (Ma Bonne), un publicitaire de 33 ans de Sao Paulo recense et retweete les messages agressifs publiés à l'encontre des domestiques.

En 111 tweets, @aminhaempregada offre un aperçu des préjugés sociaux, du racisme et de l’absence d'empathie qui sévissent dans la société brésilienne, en particulier en ce qui concerne les domestiques.

De nombreux tweets font également référence à la couleur de peau afin de décrire les domestiques :

Les employés de maison composent la meilleure tranche des Noirs.

ma domestique travaille chez moi depuis deux ans, et elle est noire, mon chien aboie chaque fois qu'il la voit… et moi aussi.

Parfois, ils prennent également un ton condescendant lorsqu'ils évoquent les origines des travailleurs du nord-est du Brésil, une des régions les plus pauvres du pays :

la xénophobie est la non-reconnaissance d'un étranger… J'accepte ma domestique à Sao Paulo, et elle vient du nord-est… Hahahah

Certains tweets utilisent un ton péjoratif pour se plaindre des domestiques ou leur faire honte :

Je suis ici, avec l'air conditionné allumé, derrière les portes fermées, et arrive mon IMBÉCILE DE BONNE, car au lieu de frapper à la porte, elle l'ouvre

D'autres menacent même d'avoir recours à la violence :

ma bonne a de la chance que je rentre tard à la maison… jusqu'à ce que je l'envoie valser à coups de pieds

Un portrait des préjugés

Comme l'auteur du compte Twitter le montre à travers certains messages, beaucoup de gens tentent de justifier leur comportement et nient tout racisme de leur part. D'autres profils – comme @NãoSouHomofóbico (Je ne suis pas homophobe) et @NãoSouRacista (Je ne suis pas raciste) – attestent de la difficulté des Brésiliens à admettre leurs préjugés, leur racisme [français] et leur sexisme [français].

Un article publié par le magazine de gauche Carta Capital et republié par l’Institut de la Femme Noire Geledés, met en évidence le problème de la fracture sociale :

A contratação de trabalhadores domésticos em larga escala é consequência do atraso social de um país. O fato de que existem pessoas que ganham o suficiente para que outra pessoa faça o serviço que ela própria poderia fazer demonstra o abismo da desigualdade social de uma nação. A proporção da existência deste tipo de trabalho se dá na medida que houver, de um lado, um excedente de mão-de-obra desempregada e sem qualificação para outros tipos de serviço, e de outro, uma classe que ganha o suficiente para comprar a força de trabalho de outra pessoa.

L'embauche des employés de maison à grande échelle est une conséquence du retard social du pays. Le fait est que des gens gagnent assez d'argent pour qu'une autre personne fasse le travail qu'ils pourraient faire eux-mêmes. Ceci démontre la grande inégalité sociale qui frappe le pays, due à l'excédent de travailleurs non qualifiés et à l'existence d'une classe sociale gagnant assez bien sa vie pour acheter le travail des autres.

1 commentaire

  • […] A Minha Empregada (Ma Bonne) illustre en tweets les préjugés sociaux, le racisme et l'absence d'empathie dans la société brésilienne, en particulier envers les domestiques.  […]

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