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Grâce au ‘jeitinho’ brésilien, des hameaux sans électricité ont finalement la lumière

 

Francimar de Oliveira era o único de Serra da Estrela que assistia ao amistoso do Brasil contra a África do Sul, após instalar placas de energia solar no telhado. Foto: Agência Pública

Francimar de Oliveira était le seul à Serra da Estrela à assister au match amical entre le Brésil et l'Afrique du Sud, grâce à l'installation de panneaux solaires sur son toit. Photo: Agência Pública

Cet article, de Rafael Luis Azevedo, a d'abord été publié sur le site de l'Agência Pública et ensuite édité pour Global Voices en version réduite. II sera, ici, présenté en deux parties, dont voici la première. 
Sauf mention contraire, tous les liens mènent à des pages en portugais.

À partir du12 juin, le jour de l'ouverture de la Coupe du Monde, Global Voices entame la publication d'une séries de textes sur les villes et villages brésiliens, pour montrer ce qui n'apparaitra sans doute pas au cours des 90 minutes des match de football sur les télévisions du monde entier.

Fortunato et ses voisins de Saboeiro, ne verront pas la Coupe du Monde au Brésil, ni de près, ni de loin. Chez eux, tout comme chez 960 000 autres brésiliens, l'électricité n'est toujours pas arrivée. Mais la situation a déjà été bien pire. Avant le lancement du programme Luz para Todos [Lumière pour Tous], c'était quasiment la moitié de la population de Saboeiro qui n'avait pas l'électricité. Le rôle de la préfecture est de recenser les communautés qui ne disposent pas du service puis de les communiquer à la compagnie responsable, mais le besoin se heurte toujours aux coûts et à la bureaucratie. Pourtant, ainsi que le rappelle l'agent administratif du conseiller municipal à l'agriculture de Saboeiro, Francisco Bezerra :

Não é uma obra barata, é fato. Mas é um custo que impede outros gastos lá na frente. Afinal, como se combate o êxodo rural sem oferecer condições dignas de vida no campo?

Il s'agit d'un budget énorme, c'est un fait. Mais c'est un coût qui en compense un autre dans l'avenir. Après tout, comment lutter contre l'exode rural sans offrir des conditions de vie dignes à la campagne?

En 11 ans, 16 milliards de reais (quelques 5,16 milliards d'Euros) ont déjà été investis dans le programme Luz para Todos à travers le pays. D'ici la fin de l'année, le gouvernement fédéral doit ouvrir une nouvelle enquête pour savoir qui ne dispose toujours pas du service. Mais, fatigués d'attendre, certains citoyens trouvent seuls leur propre solution, avec ce fameux jeitinho, que tous les Brésiliens ont en commun.

Francimar de Oliveira a fait connaissance avec l'énergie électrique lors d'un voyage à São Paulo, où il a travaillé dans le BTP. Depuis 2007, il n'est plus jamais reparti de Serra da Estrela, grâce au programme Bolsa Família. Avec les économies ainsi réalisées, l'agriculteur a investi dans une technologie dont sa fille avait entendu parler à l'école. Pour deux mille reais (660 Euros), il a installé deux panneaux d'énergie solaire sur son toit.  

Le système fonctionne sur la base de l'improvisation.  L'énergie passe par des fils introduits dans le mur et alimente une batterie de camion. La charge accumulée permet de faire fonctionner la télévision, que la famille possédait déjà depuis deux ans, pour le jour où arriveraient les pylônes tant attendus. Francimar se félicite :

A gente ainda não tem uma geladeira para realizar o sonho de beber água gelada, mas já dá pra ter um contato com o resto do mundo.

On a toujours pas de frigo pour réaliser notre rêve de boire de l'eau glacée, mais on peut déjà avoir un contact avec le reste du monde.

Supporter du club de foot de Fortaleza, sa maison était la seule de la région où l'on pouvait voir le match amical de préparation à la Coupe du Monde entre le Brésil et l'Afrique du Sud, qui a eu lieu le 5 mars. Le voisinage, celui qui n'est toujours pas au courant que cette nouveauté se trouve si près de chez eux et qui s'intéresse quelque peu au football, a du se contenter des commentaires sur son transistor. Et il compare: 

O dinheiro que gastei é muito para gente pobre como eu, mas não é nada para um governo. Colocar placas dessas aqui na comunidade sairia mais barato do que trazer postes até aqui em cima.

L'argent que j'ai dépensé représente beaucoup pour un pauvre comme moi, mais il ne représente rien pour un gouvernement. Installer des panneaux comme ça dans la communauté, reviendrait bien moins cher que faire venir une ligne et des pylônes jusqu'ici.

La Coupe du Monde jusqu'à Cafundó et Escondido

Personne n'oublie sa première Coupe du Monde. Pour la majorité d'entre nous, c'est un souvenir d'enfance. Dans certains recoins des fins fonds du Brésil, celle-ci sera justement la première. Deux d'entre eux ont des noms bien curieux : Cafundó [NdT: Que l'on pourrait, si l'on osait, traduire par “trou du cul du monde” ou plus proprement “bled”] et Escondido [NdT: Caché]. Communautés quilombolas de Choró, à 175 km de Fortaleza, elles ont reçu l'électricité il y a trois ans, juste après le dernier Mondial en Afrique du sud.

As antenas parabólicas destoam das casas simples em Cafundó. Foto: Agência Pública

Des antennes paraboliques sur de simples bicoques à Cafundó : deux mondes qui s'entrechoquent. Photo: Agência Pública

Les habitants n'oublieront jamais ce 20 décembre 2011. Les 35 familles des deux communautés du sertão du Ceará, toutes parentes à des degrés divers, ont toujours caressé le rêve que leurs nuits soient enfin illuminées. Les pylônes sont arrivés par les airs, grâce aux hélicoptères. C'était le seul moyen, pour la Compagnie Énergétique du Ceará (Coelce) de réaliser le projet d'électrification de la zone.

Cafundó et Escondido, tout comme d'autres communautés formées de descendants d'esclaves en fuite, sont deux des plus isolées du pays. Sans possibilité d'accès, que ce soit en voiture en camion ou à moto, ils ont ainsi vécu pratiquement oubliés jusqu'au 21è siècle. Le programme Bolsa Família et l'arrivée de l'électricité ont favorisé le ralentissement de l'exode rural.  Les habitants ont enfin pu compter sur un revenu mensuel assuré, qui vient compléter celui de la culture de subsistance, et goûter aux plaisirs de la technologie. Des personnes telles que Dionísio de Oliveira, 48 ans, ont reçu un poste de télévision de la compagnie d'électricité : 

A vida aqui melhorou muito. No meu tempo, eu trabalhava um dia inteiro para conseguir uma xícara de açúcar para a garapa deles [água com açúcar, bebida comum entre os pobres do interior do Nordeste]. Hoje, um dia de trabalho rende um saco de açúcar para o leite dos filhos deles.

La vie, ici, s'est beaucoup améliorée. De mon temps, je devais travailler toute la journée pour gagner la cuillère de sucre de leur garapa [de l'eau un peu sucrée, qui constitue souvent la base de la nourriture des populations pauvres du Nordeste]. Aujourd'hui, le même jour de travail permet de gagner un paquet de sucre pour le lait des  enfants.

L'accès aux biens de consommation est loin d'avoir résolu tous les problèmes. L'isolement, la distance avec le reste du monde constitue toujours un obstacle. José de Arimatéia qui est né ici, s'amuse de la situation:

Não é à toa o nome. As pessoas vivem escondidas mesmo. 

Le nom, c'est pas pour rien. On vit caché, vraiment. 

Né à Cafundó, l'ex-agriculteur a renoncé à la vie familiale en 2010. Il a vendu sa maison à un parent, pour 200 reais [66 Euros] et en a loué une autre dans la ville de Choró, pour 70 Réais [23 Euros] à l'époque, Il raconte:

Cansei de subir e descer aquilo ali. É muito desgastante. Imagine então o sofrimento de crianças e idosos.

J'en pouvais plus de monter et descendre ce truc, là. C'est vraiment crevant. Alors imaginez la souffrances des enfants et des personnes âgées.

Au pied de la montagne, un vieux panneaux déjà rouillé annonce le projet d'électrification. Le chantier a coûté 797 mille reais (équivalent à 265 mille Euros) au programme Luz para Todos. Pour permettre leurs transports par hélicoptères, les pylônes ont été fabriqués en fibres de verres. Il n'existe pas d'éclairage public, et, c'est pour cela que les clients, disposant tous de peu de revenus, paient en moyenne 5 Réais (ou 1,65 Euro) par mois. La mesure de consommation est faite par un des habitants qui s'occupe aussi de l'école.

L'arrivée de l'énergie électrique a amené d'autres aubaines des temps nouveaux:  les téléphones portables. Le village ne dispose encore pas de la technologie 3G, mais de la ‘vieille’ 2G. Quand on est en train de naviguer sur internet, un simple appel téléphonique interrompt la connexion.

Malgré les horizons nouveaux ouverts par la technologie, il y a encore des gens qui n'ont pas de contact avec l'extérieur. L'agriculteur Antônio Preto, de 74 ans, par exemple, n'imagine même pas ce que peut bien être la seleção brésilienne.

Minha vida sempre foi de casa pra roça, da roça pra casa.

Ma vie a toujours été comme ça, de la maison au champs, du champs à la maison.

Mais aujourd'hui, il est devenu une exception. Presque tous les habitants ont la télé, et qui ne l'a pas encore se prépare à marcher par monts et par vaux pour aller voir les matches chez un voisin.

Vraiment, personne ne mérite ça. Ni les familles de Cafundó et Escondido, ni les 242.000 qui n'ont toujours pas l'énergie électrique au Brésil.

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