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La junte thaïlandaise resserre l'étau sur la liberté d'expression en ligne

The National Council for Peace and Order (NCPO) is the official name of the junta government in Thailand. Photo from NCPO Facebook page

Conseil national pour la paix et le maintien de l'ordre (CNPO) : le nom officiel du gouvernement de la junte militaire en Thaïlande. Photo tirée de la page Facebook du CNPO.

Sauf indication contraire, les liens dirigent vers des pages en anglais.

Depuis le coup d'État du mois de mai, les méthodes de contrôle de la liberté d'expression en ligne utilisées par la junte thaïlandaise sont de plus en plus sophistiquées.

Une nouvelle étude effectuée par Citizen Lab a mesuré l'accessibilité à différentes pages web en Thaïlande entre le 22 mai et le 26 juin 2014 et ainsi confirmé que 56 URL avaient été bloquées dans le pays. Plusieurs sites d'information en ligne (locaux et internationaux) ayant critiqué le coup d'État ont été censurés. Par ailleurs, des outils de contournement et des comptes d'utilisateurs ayant partagé des messages soi-disant « anti-coup » sur des réseaux sociaux ont été bloqués.

Bien que le filtrage d'Internet ait pu être source d'inquiétude sous différents gouvernements thaïlandais, élus ou non, jusqu'à récemment, les pratiques des autorités étaient assez inconsistantes. La plupart des filtrages ciblaient des sujets comme la sécurité, le terrorisme, ou étaient à but social, comme le blocage des jeux d'argent ou de la pornographie en ligne. Mais l'adoption en 2007 de la loi sur les ‘crimes informatiques’ conjuguée à celle destinée à réprimer les crimes de lèse majesté (une loi sur les insultes contre la monarchie) ont eu pour conséquence une nette augmentation des répressions pour motifs politiques. Alors que le conflit politique s'intensifiait dans le pays, des groupes et des membres de l'opposition ont été de plus en plus ciblés sur internet. Il a été constaté que des fournisseurs d'accès internet publics comme le TOT ont filtré davantage de contenus que des fournisseurs d'accès privés comme True Corporation.  

Quand l'armée royale thaïlandaise a lancé le coup d'État le 22 mai 2014, les responsables militaires ont promis qu'ils seraient plus stricts que le précédent gouvernement, lui aussi issu d'un coup d'État. Le général Prayuth Chan-ocha, responsable du coup d'État et actuel premier ministre, a déclaré que la Thaïlande avait besoin d'un médicament « extra-fort » pour guérir du malaise politique dont le pays est atteint depuis 10 ans.

Le dernier régime issu d'un coup d'État ne donnait pas l'impression de prendre Internet au sérieux, contrairement au régime actuel, qui a fait preuve de plus d'initiative en imposant un contrôle de l'information plus strict et plus large.

Les résultats des tests du réseau Citizen Lab montrent qu'au cours des jours qui suivirent le coup d'État, les blocages ont été « très dynamiques ». 

… après les blocages des premiers sites web, des résultats de tests montrèrent que de nouveaux sites étaient bloqués chaque jour. Les techniques utilisées étaient également dynamiques puisque les pages affichées lors des blocages et leurs services d'hébergement changeaient aussi régulièrement.

Des chercheurs ont trouvé que différents fournisseurs d'accès bloquaient des contenus différents : « Combinés entre eux, ces changements reflètent un contexte instable au sein duquel l'utilisation du filtrage d'Internet a évolué rapidement au fur et à mesure de la progression du coup d'État. »

En vue d'uniformiser les pratiques de filtrage, l'armée a convoqué les directeurs de fournisseurs d'accès à internet Thaïlandais à une réunion où il leur a été demandé de faire preuve de « coopération » dans la surveillance. Dans un premier temps, il a été exigé que les fournisseurs d'accès remettent une liste des URL à bloquer sous une heure au ministère des technologies de l'information et de la communication, à la police chargée de la cyber-criminalité, ou à la commission nationale de l'audiovisuel et des télécommunications.

Le filtrage d'Internet a également proliféré, parallèlement à d'autres mesures de restriction de l'information. Les média traditionnels comme la télévision, les stations de radio, le câble ou les journaux ont été placés sous étroite surveillance et ont été sujet à la censure de la junte sur des sujets d'information politique.  

Le nouveau gouvernement a également essayé, sans succès, d'obtenir la coopération de géants comme Facebook, Twitter, Google ou l'application de chat sur mobile LINE. Incapable de s'assurer le soutien de ces réseaux sociaux clés, l'armée semble s'être tournée vers des méthodes éthiquement discutables pour récolter des adresses email d'utilisateurs, selon le réseau Thaï Netizen.

S'agissant de durcir sa position sur le contrôle de l'information en ligne, la junte thaïlandaise a jusqu'ici tenu promesse. Le coup d'État pourrait avoir involontairement mené les autorités à uniformiser les mesures de censure et à mettre de nouveaux outils de régulation et de surveillance d'Internet à la disposition de l'État.

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