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Donetsk et Gaza, ce que disent les internautes russes

Vladimir Putin in Israel, visiting a memorial dedicated to the Red Army's victory over Nazi Germany. June 25, 2012. Kremlin press service, public domain.

Vladimir Poutine visite en Israël le mémorial dédié à la victoire de l'Armée Rouge sur l'Allemagne nazie le 25 juin 2012. Service de presse du Kremlin, domaine public.

Deux événements ont fait la une jeudi 17 juillet : la destruction en vol MH17 de Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukraine orientale, vraisemblablement par les séparatistes pro-russes, et le début de l'invasion terrestre de la bande de Gaza par Israël. Si le premier a reçu une immense attention sur l'Internet, le deuxième a été nettement moins remarqué. Il y a des raisons évidentes à cela. L'avion malaisien s'est écrasé dans l'arrière-cour russe, et le fait que Moscou a pu fournir le missile a propulsé l'affaire au premier plan de l'actualité. De même, l'offensive médiatique en Russie, à l'affût de toute théorie du complot pour jeter le doute sur la possible culpabilité des séparatistes et de Moscou, rend le crash mûr pour la discussion en ligne. 

Le paroxysme actuel dans le conflit israélo-palestinien, lui, ne soulève pas autant de passion que le MH17. Ses rapports avec les intérêts russes ne sont qu'indirects, et si Vladimir Poutin a une sympathie personnelle pour Israël, elle ne va pas jusqu'à cautionner la guerre de l'Etat juif contre le Hamas. De fait, une lecture attentive de Russia Today sur le conflit place la Russie principalement du côté des Palestiniens. Ainsi, l'actuel aller-retour entre Israéliens et Palestiniens est simplement vu comme un nouvel épisode de violence dans un conflit interminable. Malgré le nombre croissant de morts du côté palestinien (au moment d'écrire cet article, ils étaient 620), peu d'internautes russes écrivent des commentaires substantiels.

Ce qui ne veut pas dire un silence total. Les utilisateurs russes de Twitter, par exemple, publient des informations régulières sur le conflit. Les tweets décomptant les morts de Palestiniens sont une routine. Le tweet type est :

Plus de 500 Palestiniens sont morts depuis le début de l'opération dans la Bande de Gaza.

Ou pour souligner l'accélération mortelle, certains ont tweeté :

Plus de 100 morts ces dernières 24 heures dans la Bande de Gaza.

Ou rappeler que Gaza n'est autre qu'une prison à ciel ouvert :

La Palestine est la plus grande prison à ciel ouvert du monde. #Gaza #GazaAttaquée

A quoi celui-ci s'est contenté d'ajouter :

Catastrophe humanitaire en cours dans la Bande de Gaza. 

A côté de ces tweets – et d'autres – reprenant les grands titres, tous ne mentionnent évidemment pas les morts infligées par Israël. Pour s'informer selon le point de vue israélien, les utilisateurs russophones peuvent suivre le compte Twitter officiel des Forces de Défense Israéliennes, @Tsahal_Rus. On peut y trouver des tweets comme celui-ci :

Depuis le début de l'opération terrestre, #Tsahal a au total liquidé 110 terroristes et frappé 1302 sites terroristes.

Outre la chronique des victimes de la guerre, des utilisateurs de RuNet se sont interrogés sur l'apparente impossibilité de mettre fin à ce conflit séculaire. Bloguant sur Ekho Moskvy, le politologue Mikhaïl Ocherov argue que les Israéliens répugnent à renoncer au butin de la Guerre des Six Jours. Méditant sur l'adage israélien “Il n'y a pas de solution,” Ocherov écrit :

За счёт дешёвой и бесправной арабской рабочей силы, за счёт бесплатной земли на оккупированных территориях в конце 1960-х – начале 1970-х годов в Израиле произошёл экономический бум, плодами которого местные израильтяне пользуются до сих пор. Благосостояние израильского среднего класса, благополучие целых отраслей израильской экономики, таких, как строительство, дорожное строительство, сельское хозяйство, невозможны без дешёвой арабской рабочей силы, значительную часть которой составляют жители оккупированных арабских территорий. Прекращение оккупации означает для Израиля и израильтян если не конец “халявы”, то начало его конца.

Grâce à une main d'oeuvre arabe bon marché et sans droits, et à des terrains gratuits dans les territoires occupés, il y a eu en Israël à la fin des années 60 et au début des années 70 un boom économique dont les Israéliens locaux profitent encore des fruits. Le bien-être de la classe moyenne israélienne, la prospérité de secteurs entiers de l'économie israélienne, comme la construction, les routes, l'agriculture, n'existeraient pas sans la main d'oeuvre arabe bon marché, en grande partie composée d'habitants des territoires arabes occupés. La cessation de l'occupation signifierait pour Israël et les Israéliens, sinon la fin des “cadeaux,” du moins le commencement de leur fin.

Plutôt que de plonger dans le débat sur le conflit israélo-palestinien, certains ont trouvé matière à comparaison avec l'Ukraine, surtout pour relever l'hypocrisie de l'opinion internationale.

@Schrodinger1986 a tweeté:

Pendant que dans la Bande de Gaza Israël anéantit des “terroristes de 6 ans, en Ukraine . . . croyez-le ou non, en Ukraine c'est pareil.

Dans une note sur son mur Vkontakte, Sergueï Gostev a écrit :

ООН игнорирует ситуацию на Украине, где ежедневно гибнет больше людей чем в Секторе Газа.

L'ONU ignore la situation en Ukraine, où plus de gens meurent chaque jour que dans la Bande de Gaza [sic].

Un autre utilisateur de Vk, Vladimir Vladimirov, demande :

Мне вот интересно, летают ли гражданские самолеты над Сектором Газа? И если нет, то почему. 

J'aimerais savoir si des avions civils volent au-dessus de la Bande de Gaza ? Et si non, pourquoi.

L'humour noir n'est jamais loin sur le web, et l'actualité d'Ukraine et de Gaza ne fait pas exception. Le jeu de mot entre “gaz” et le sens littéral de “Sektor Gaza” [Bande de Gaza] en russe (“le secteur du gaz”) a permis à certains de plaisanter :

#Poutler [mot-valise de “Poutine” et “Hitler”] crée au Donbass un secteur de gaz de schiste.

Israël c'est le secteur de Gaza, et l'Ukraine, le secteur sans Gaz.

Ou encore :

на Украине возник “правый сектор” потому что кремль вовремя не создал пророссийской партии “сектор газа” #Украина

Le [mouvement nationaliste] “Secteur de droite” est né en Ukraine parce que le Kremlin n'a pas créé à temps le parti pro-russe “Secteur de Gaz[a]”.

Tout le monde n'a pas ri le 17 juillet. @isma_mustafaev a tweeté :

Qu'est-ce que l'actualité me fait ch… !!! #nouvelles #politique #russie #ukraine #palestine #gaza

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