Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

L'assurance d'une retraite douce pour les fonctionnaires chinois, malgré des appels à la réforme

Retired seniors play cards in a park in China.

Des retraités jouent aux cartes dans un parc en Chine. Photo des utlisateurs de Flickr Cathy et Dan. CC BY-NC-ND 2.0

“Le bol de riz en fer” est une métaphore désignant les emplois stables offerts par le gouvernement, qui vont de pair avec des avantages intéressants et pratiquement aucun risque de licenciement.  Un statut si tentant qu’il a été popularisé sous Mao Zedong avant la mise en place des réformes économiques, et est même devenu un argument en faveur des prétendants au mariage dans les années 1960.

Ces emplois assurent une pension dont les travailleurs peuvent profiter aisément une fois retraités, créant un régime de protection à vie inspiré du modèle soviétique. Durant l’âge d’or de l’économie planifiée chinoise, « le bol de riz en fer » était la définition-même des jobs en or.

Mais ces emplois de rêve sont devenus un cauchemar pour le gouvernement chinois ces dernières années : le pays lutte contre un futur déficit des caisses de retraite entrainé par un vieillissement démographique.

Prenant conscience que les emplois publics leur causent de nombreux problèmes, les autorités chinoises ont laissé entendre vouloir en finir avec les pensions de retraite en mai dernier. Au même moment, les médias chinois ont rapporté que les travailleurs de l'Etat et les organismes assimilés devront contribuer individuellement pour leur sécurité sociale dès juillet, lorsqu’une nouvelle loi entrera en vigueur. 

Mais dans un retournement brusque, le ministre chinois des Ressources Humaines et de la Sécurité Sociale, qui supervise les questions sociales et l’emploi, a accusé les médias d’avoir publié de mauvaises interprétations. Le ministère a ainsi communiqué au journal du Parti Communiste, le Quotidien du peuple, que la nouvelle loi ne concernait que des principes généraux – un euphémisme pour permettre plus de flexibilité – et des « études additionnelles » relatives au système salarial et de retraite.

Pour l’instant, les 21 millions de travailleurs peuvent se détendre dans l’assurance que leur statut ne sera pas remis en question prochainement. Mais ce coup de théâtre semble briser l’espoir d’une meilleure équité entre retraités, ce qui donne un argument supplémentaire à la nécessité d'une urgente réforme du système de retraite.

L’inégalité du système de retraite

La Chine a introduit son système de pension national en 1997, à une époque où les conditions de vie s'étaient nettement améliorées, après deux décennies de réforme économique. Alors que le gouvernement chinois a le mérite d’avoir élargi son taux de couverture de retraite comme jamais, il est souvent accusé d'avoir créer un régime de retraite reproduisant les classes sociales. Les travailleurs sont divisés en trois groupes – les cols blancs, les travailleurs d’Etat (dont ceux employés par des organismes affiliés au gouvernement) et les agriculteurs – possédant chacun leur propre système de pension.

Sous l’actuel système de retraite, les cols blancs doivent généralement cotiser à hauteur de 28% à un fond commun, tandis que les employés du gouvernement voient leur pension entièrement prise en charge par l’Etat. Celle-ci est 33 fois plus importante que celle d’un agriculteur, selon un média chinois, citant des chiffres de l’Ecole Nationale pour le Développement de la prestigieuse Université de Pékin, en 2013. 

Danqing Shuoshi, un internaute vivant à Shanghai, se lamentait de ce système injuste :

【中国的社保本质】其实就是5个民工每人凑了20块钱,准备吃顿大餐。菜做好了,工头来了,他没交钱,却吃了3份,5个交钱的民工合吃了2份。普通职工缴纳养老金的费用占工资的28%,公务员无须缴纳,但退休后公务员退休金却是普通职工3倍——“劫贫济富”,这就是中国的社保。

L’essence des pensions en Chine: imaginez cinq immigrés de l'intérieur, chacun contribuant à hauteur de 20 yuans [environ 2,5 euros] pour s’offrir un repas copieux. Une fois prêt, le superviseur des travailleurs migrants arrive. Celui-ci ne paie pas et se retrouve avec un repas pour trois. Les employés lambda doivent cotiser à hauteur de 28% de leur salaire pour leur retraite, tandis qu’un travailleur du gouvernement obtient trois fois plus que la norme – voler les pauvres pour donner aux riches. Voilà à quoi ressemble le système de retraite en Chine.

Ce fort contraste entre les cols blancs et les travailleurs de l’Etat a alimenté un mécontentement social, appelant à renoncer à ce double-système plus que jamais sous le feu des projecteurs.

Mais d’autres ont souligné qu’il y avait une raison pour que les travailleurs d’Etat reçoivent une pension aussi avantageuse – des salaires bas. Ils se plaignent ainsi des réformes visant à harmoniser leurs pensions avec celles des autres professions, qui ne semblent pas tenir compte de leurs faibles revenus.

Telunsu Wow, un habitant de Dalian, au nord-est du pays, a écrit sur Sina Weibo, l’équivalent chinois de Twitter :

事业单位工资不高,为什么很多大学生还想考进来,归根结底还是大家都希望过稳定的生活,动不动就叫喊着要砸破谁谁们的铁饭碗,却不能为全民提供生活的安全感,闹到最后连养老金都保障不了了,这样的政府真是让人失望。国家高速发展了,人民不一定幸福。。。。其实中国民众的要求很低的

La rémunération dans le secteur public n’est pas élevée, alors pourquoi de nombreux diplômés universitaires candidatent-ils pour ce genre d’emplois ? Simplement pour avoir une vie stable. Des efforts constants doivent être faits afin de briser l’actuel système de pension, mais le gouvernement échoue à offrir aux gens un sentiment de sécurité et à leur assurer une pension de retraite. Un gouvernement comme celui-ci est décevant. Le pays se développe rapidement, mais ne rend pas nécessairement les gens heureux… En fait, la demande des Chinois n’est pas assez forte.

Une population vieillissante

Malgré le mécontentement public à l’égard des différences entre les systèmes de pension, une inquiétude croissante pointe le bout de son nez : la Chine sera-t-elle en mesure de payer pour ses retraités en 2050 quand un quart de la population [anglais] aura plus de 65 ans ?

Il y a de quoi s’inquiéter.

Avec un allongement de l’espérance de vie et plus de trois décennies de politique de l’enfant unique, le nombre de séniors augmente. En 2013, environ 200 millions d’habitants avaient plus de 60 ans, et un rapport financé par l’institut de recherche du gouvernement estimait [anglais] que la Chine deviendrait la nation la plus âgée d’ici 2030.

Dans un pays où prendre soin des plus âgés est une norme culturelle, le manquement au devoir filial génère inévitablement la censure et parfois des actions en justice [anglais]. Cependant, ce qui pourrait handicaper financièrement les séniors est davantage un problème systématique, déclenché par le vieillissement de la population et un système de retraite inadéquat.  

Une caractéristique importante du système de pension chinois est le modèle par répartition, dans lequel les cotisations de l’actuelle force de travail sont utilisées pour les allocations dont bénéficient les retraités. Mais la force de travail de la Chine [anglais] tend déjà à se réduire, une tendance qui devrait s’accentuer dans les années à venir, et qui remet en question la durabilité d’un tel modèle, malgré l’assouplissement [anglais] de la politique de l’enfant unique.

Comme l’a révélé un économiste taïwanais, « l’économie chinoise va s’effondrer en 2015 si nous devons financer tous les seniors. » Selon certaines estimations, seul un travailleur cotisera pour un senior, à l’inverse du ratio 5 pour 1 en vigueur en 2010. 

La dernière réponse de la Chine à la crise à venir est un système de « maison pour pension » [anglais], dans lequel les personnes âgées remettent leurs maisons à une banque ou une compagnie d’assurance et reçoivent des paiements mensuels en fonction de la valeur de leur bien. Le gouvernement va également reculer l’âge de la retraite – 50 ou 55 ans pour les femmes et 60 pour les hommes actuellement – et tenter de diversifier les investissements des fonds de pension.

Nombreux sont ceux à être dubitatifs quant à leur retraite. Xuri Sanxing Wusheng, vivant dans la province d’Hebei, au nord du pays, écrit sur Weibo :

据说就要延迟退休,像我这样的年龄赶上六十五退休是没有问题了,但是有三个疑问始终未解:1、我国平均年龄到底是多少?2、我现在开始交养老保险交到退休,退休后几年能把我这些年交的领回来。3、有传言说养老金亏空的厉害到底是真是假?若是真的亏了多少?若是假的拿出证据在新闻联播上给大家播一下。

J’ai entendu dire que l’âge du départ à la retraite pourrait être repoussé. Pour quelqu’un de mon âge, je m’attends à être retraité à 65 ans, mais trois questions demeurent sans réponse : 1) Quel est l’âge moyen d’un Chinois en Chine ? 2) Je cotise pour ma pension jusqu’à la retraite, mais pourrais-je récupérer tout l’argent après cela ? 3) On parle d’un important déficit des retraites. Info ou intox ? Si c’est vrai, à combien s’élève ce déficit ? Si c’est faux, les autorités pourront-elles prouver ce qu’elles avancent lors des infos de 7 heures de Xinwen Lianbo ?

Aux yeux de Wang Zhi’an, un influent journaliste d’investigation, ce n’est qu’une question de temps avant que les privilèges du « bol de riz en fer » ne soient démantelés. « La réforme des pensions des travailleurs est comme une flèche sur le point d’être lancée », écrit-il sur Weibo. Mais la réforme de ce système ira-t-elle aussi loin ? Cela reste à voir.

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
Non merci, je veux accéder au site