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Chasse aux sorcières électronique à Bahreïn, en Israël et dans l'E.I.I.L.

A photograph from www.B4BH.com calling  people who have any information about the child in the picture to share it in a campaign to reveal "traitors" in Bahrain.  The website, part of the electronic witch hunt which followed the Bahrain protests in 2011,  is called "Pictures of traitors of Bahrain" http://b4bh.com/album/categories.php?cat_id=441

Une image de www.B4BH.com appelle ceux qui auraient toute information sur l'enfant de la photo de la communiquer dans le cadre de la campagner pour révéler les “traîtres” à Bahreïn. Ce site web, participant de la chasse aux sorcières électronique qui a suivi les manifestations de Bahreïn en 2011, s'appelle “Photos des traîtres de Bahreïn”

Le Dictionnaire Larousse de la langue française définit ainsi la chasse aux sorcières :

poursuite et élimination systématique, par les autorités, de tous ceux qui sont soupçonnés d'opinions jugées subversives.

Dans l'histoire, chasse aux sorcières renvoie aux procès pour des crimes supposés en rapport avec la sorcellerie ou l'intervention du diable. Dans son livre “Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds” [‘Illusions populaires extraordinaires et folie des foules’, 1843, en anglais, non traduit], le journaliste écossais Charles Mackay écrivait que des “milliers et milliers” [de personnes] ont été mises à mort dans des procès en sorcellerie qui avaient des exigences de preuve extrêmement sommaires et étaient souvent engagés pour régler des querelles de voisinage ou entre associés.

L'expression est entrée dans le langage courant pendant l'époque du macarthysme ou deuxième peur rouge, quand le Sénateur Joseph MacCarthy a lancé aux Etats-Unis sa campagne de lutter contre les sympathisants supposés du communisme.

La guerre contre Gaza a suscité beaucoup de condamnations sur les médias sociaux. Sans surprise, un groupe a démarré un mouvement rappelant la chasse aux sorcières ou le maccarthysme pour identifier les “traîtres” – comprendre : les Israéliens qui sont opposés à la guerre. L'auteur israélienne pour Global Voices Elizabeth Tsurkov a tweeté :

La milice de droite “Les Lions de l'ombre” demande aux Israéliens de lui envoyer les photos des traîtres [Les opposants à la guerre]

On ne s'étonnera pas non plus que le mouvement djihadiste Etat Islamique en Irak et au Levant, qui a occupé le mois dernier un pan entier de l'Irak autour de Mossoul, ait débuté une campagne internet pour identifier les “apostats.” Sur un compte Twitter qui prétend parler pour l'E.I.I.L., une image a été tweetée d'individus à mettre à mort parce qu'ils sont des apostats :

Vengeance, vengeance ! La trahison dans la région de Shaitat du département d'Alkhair [nom donné par l'E.I. à Dair Alzur en Syrie] photo de certains des recherchés (1)

Un autre compte qui arbore le même logo de l'E.I.I.L. et tweete en sa faveur a publié une liste de 2000 “apostats,” qu'il appelle à tuer :

Un lien vers les noms de 2.000 individus qui seront rétribués par la volonté de Dieu #Etat_Islamique_en_Irak_Levant

Ces derniers jours ont vu passer un essaim de vidéos sinistres en provenance d'Irak montrant des décapitations de gens des minorités considérés comme des “apostats” par E.I.I.L.

Cette chasse aux sorcières moderne qui se déroule dans l'espace virtuel n'est pas neuve sur les médias sociaux : elle a conduit à l'arrestation et torture de plusieurs vingtaines de personnes à Bahrain. En 2011, le petit royaume insulaire gorgé de pétrole avait connu un soulèvement populaire [lien en anglais] suivi d'une sanglante répression, au cours de laquelle il était demandé aux gens de nommer les “traîtres” et donner leurs photos. Pendant cette chasse aux sorcières, l'ex-député Mohammed Khalid a tweeté à ses abonnés :

J'appelle les nobles personnes d'Alfatih [la mosquée qui symbolise les partisans du régime à Bahreïn] à publier les photos des traîtres qui prenaient l'apparence de colombes dans le dialogue alors qu'ils étaient des loups hurleurs qui ravagent le pays.. ils ne nous tromperont pas

De nombreuses pages se sont mises à poster des photos de contestataires appelant à les identifier. De multiples arrestations ont suivi. Même la télévision d'Etat a pris part à l'opération.

Le médecin bahreïni Jalal Almosawi a expliqué dans ce twet :

(Unis pour dévoiler les traîtres)[Une page facebook retirée après que beaucoup de personnes ont été identifiées et arrêtées par son entremise] Quiconque a une photo de son oeuvre qu'il l'envoie.. où est votre sens de l'honneur ? C'est une enchère pour la décadence morale

Les pages web de “photos de traîtres” existent toujours pour permettre de les identifier. Rien n'a été entrepris contre ceux qui ont lancé, promu ou contribué à ces campagnes de délation. La chasse aux sorcières a évolué depuis 2011, des logiciels espions sont désormais utilisés pour identifier les utilisateurs de Twitter et Instagram et les arrêter [anglais].

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