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Financement de l’économie : Quand l’attractivité boursière sauve de l’impasse bancaire

Accusées d’être trop cupides avant la crise financière, aujourd’hui d’être trop frileuses à l’heure où la France et la zone euro ont pourtant besoin de financements, les banques ne trouvent décidément grâce aux yeux de personne. Et certainement pas aux yeux du ministre l’Economie Arnaud Montebourg qui leur reproche leur manque de patriotisme. Or, si elles rechignent à accorder des crédits, c’est plutôt parce qu’elles sont bridées par la réglementation internationale de Bâle. Quoi qu’il en soit, il devient urgent de trouver d’autres moyens de financer l’économie. Depuis quelque temps, les marchés financiers apparaissent comme une solution attractive aux yeux des chefs d’entreprises.

La finance c’est « comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise ». Quand il s’agit de qualifier le système bancaire, le ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg n’y va pas avec le dos de la cuillère. Si la comparaison ne manque pas sel, elle fait néanmoins clairement porter le chapeau aux banques pour expliquer l’enlisement de l’économie française. Le message qu’il a souhaité adresser aux banques lors de sa visite fin avril 2014 à l’entreprise Clauger, spécialisée dans le froid industriel, à Brignais, près de Lyon, ne pouvait pas être plus direct.

La mauvaise est spéculative, la bonne s’intéresse aux placements à long terme, fait du crédit à la PME du coin, soutient les chefs d’entreprises, permet aux entreprises de croître et d’embellir

, a-t-il déclaré, avant de formellement appeler les banques à « participer à cette entreprise patriotique ».

Trop gourmandes ou trop prudentes, les banques n’en font-elles qu’à leur tête ?

Lors de la crise de 2007, les banques ont été accusées d’avoir été trop gourmandes du fait d’un modèle d’affaires avide d’actifs à très haute rentabilité. Résultat : l’argent public a servi à renflouer les fonds propres de banquiers qui n’ont pas pu assumer leurs prises de risques quand tout s'est effondré. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse : on leur reproche d’être trop prudentes. « Les banques refusent le risque, et de prendre le risque d’accompagner les entreprises. Résultat : nous avons des niveaux de faillite dans les TPE et PME qui sont trop importants », a de nouveau assené le ministre de l’Économie lors des questions au Gouvernement le 10 juin 2014.

Dans les faits, le ministre n’a pas tort. Le 3 janvier 2014, les statistiques de la Banque centrale européenne (BCE) faisaient état de la baisse des crédits accordés au secteur privé, à 2,3 % en rythme annuel. Des chiffres inquiétants qui font réagir les économistes :

Ce qui est très inquiétant, c’est qu’il n’y a aucun signe de retournement de tendance dans le crédit des banques aux entreprises de la zone euro, ce qui augmente la pression exercée sur la BCE pour qu’elle agisse 

a déclaré Howard Archer, économiste en chef pour l’Europe de IHS Economics.

Les choix de la BCE risquent encore de contribuer à la contraction du crédit

Ça n’a guère trainé. Le 5 juin, Mario Draghi le président de la Banque centrale européenne, annonçait des baisses de taux. Désormais négatif, le taux de dépôt (- 0,10 %) est supposé inciter les banques commerciales venues placer leurs fonds à la BCE à prêter davantage. Malheureusement, il y a fort à craindre que les banques cherchent plutôt à répercuter ce coût sur leurs clients en baissant la rémunération de l'épargne.

Ou, autre option, ce sont encore les crédits qui vont trinquer. C’est en tout cas ce qu’anticipe Gilles Moec, codirecteur des études économiques chez Deutsche Bank,

Ce qui s’est vu au Danemark, c’est que les banques n’ont pas baissé les taux de dépôts, ce qui est techniquement compliqué, mais ont augmenté le coût du crédit. Elles ont ainsi récupéré par ce moyen les marges qu’elles avaient perdues sur le taux de dépôt.

Ce que les règles prudentielles de Bâle dictent aux banques

D’autres facteurs purement réglementaires expliquent le resserrement du crédit. Si les banques refusent le risque, c’est qu’elles y sont légalement contraintes via notamment la nouvelle réglementation bancaire (Bâle I, II et III) qui a profondément modifié leur modèle d’affaires.

Bâle I puis II impose aux banques le maintien d’un certain niveau de fonds propres proportionnels au niveau de risques pris, et en particulier au risque de crédit (les fonds propres doivent représenter 8 % des actifs engagés). Toute augmentation des fonds propres ayant un coût, les banques n’ont d’autre choix que limiter l’octroi de nouveaux crédits. Bâle III renforce encore ces dispositions. Toute dérogation à ces règles les ferait tout simplement entrer dans l’illégalité.

Tout ceci ressemble à s’y méprendre à une impasse. En attendant, les entreprises et en particulier les PME ont toujours besoin de se financer et il est probable qu’elles nourrissent peu d’illusions vis-à-vis d’un hypothétique geste patriotique de la part des banques.

Les marchés financiers : une alternative attractive

Les marchés financiers apparaissent alors comme la solution alternative de financement la plus évidente, y compris pour les PME et les ETI pour qui Euronext a créé une filiale dédiée, EnterNext. En outre, le groupe porte avec lui de nouvelles ambitions pour la place financière française et les marchés européens. Son introduction en bourse, après 7 années dans le giron de NYSE Euronext, devrait faire de lui « un centre de financement de l’économie réelle en Europe », dixit Dominique Cerutti.

Il semblerait que les chefs d’entreprises l’aient déjà compris puisqu’ils ont commencé à se tourner vers les marchés. En effet, simultanément à l’importante contraction du crédit bancaire observée en début d’année, les activités de cotation et de négociation ont connu une hausse de 8,7 %, dixit Euronext le 3 juillet 2014. « L’accroissement des cotations sur les marchés Euronext s’explique principalement par un retour des grandes capitalisations, mais également par une hausse significative des introductions en Bourse de PME-ETI », a également fait savoir Euronext dans un communiqué.

La part du financement des PME et des ETI provenant de la bourse est encore très modeste puisqu’elle s’élève à 1 %. Mais au regard et de l’attractivité croissante de la bourse et des exigences bancaires constantes, il se pourrait bien qu’elle augmente dans les mois à venir.

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