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Sur Twitter, le Ministre de la justice du Bahreïn veut donner une “gifle” politique à ses opposants

A opposition rally near Manama, Bahrain, on November 22, 2013. Photo by Sayed-Baqer. Copyright Demotix.

Une manifestation de l'opposition près de Manama, capitale de  Bahreïn, le 22 novembre 2013. Photo de Sayed-Baqer. Copyright Demotix.

[Liens en anglais sauf mention contraire] A l'approche des élections de novembre à Bahreïn, le régime en place ne prend plus de précautions dans ses méthodes d'intimidation politique. 

Le petit royaume, riche en ressources pétrolières et allié majeur des Etats-Unis, est critiqué depuis des années pour les violations des droits de l'homme à l'encontre de ses dissidents. En 2011, son armée a lancé une opération sanglante visant à mettre fin aux protestations exigeant l'octroi de droits politiques plus larges par la famille régnante Al Khalifa. Depuis, le pays fourmille de manifestations à plus petite échelle.

Il a été constaté que les gifles, coups de pied et autres formes de violence physique faisaient partie des moyens systématiquement utilisés pour la torture ou le mauvais traitement des opposants, depuis le soulèvement de 2011 – selon la Commission d'Enquête Indépendante sur Bahreïn, nommée par le gouvernement.

Cela explique qu'un tweet récent du Ministre bahreïni de la justice n'ait pas été pris à la légère. Ce tweet [arabe] évoque une “baffe” au secrétaire général d'Al Wefaq Ali Salman, la plus grande organisation politique d'opposition du pays, le tout à l'approche d'élections législatives:

Quand ce politicien tordu est venu proposer [une démocratie basée sur un consensus multi-confessionnel], nous lui avons retourné une baffe 666 en échange de son sectarisme. Apparemment, il en veut encore.

Le Ministre de la justice est en charge des “associations politiques” sur l'île, le terme “parti” étant interdit à Bahreïn car il ferait référence à une entité qui essaierait de changer le gouvernement. L'homme politique “tordu” renvoie à Salman, qui est à la tête d'Al Wefaq et a récemment révélé le contenu d'une proposition du pouvoir en place qui prévoyait notamment de diviser le prochain gouvernement en trois — six ministres chiites, six ministres sunnites et six ministres provenant de la famille royale. Salman avait, lui, proposé de négocier une solution qui serait acceptée par les deux principales communautés du pays (sunnite et chiite), dans le but de mettre fin à la crise politique.

Al Wefaq a refusé l'offre, et le régime bahreïni a réagi en suspendant les activités de toutes les associations politiques pour “violation des règles de l'assemblée générale”. Cette réaction a suivi l'expulsion d'un diplomate américain après qu'il eut rencontré des représentants d'Al Wefaq.

Dans la perspective des élections, qui sont considérées comme une étape charnière par les deux camps, la décision du gouvernement pourrait avoir un impact sur la capacité de l'opposition à organiser des manifestations de masse comme celles des années précédentes.

Le vote est prévu le 23 octobre 2014 et sera le troisième depuis qu'un Parlement a été établi en 2002. 40 candidats seront élus à la Chambre basse, et 40 autres seront choisis par le roi au sein de la Chambre haute du pouvoir législatif. La Chambre basse dispose de pouvoirs très limités car elle est supervisée par la Chambre haute (nommée la Consultante ou le Conseil de la Shoura), le Premier ministre et le roi. 

L'un des conditions posées par Al Wefaq pour sa participation est que le parlement soit élu dans sa totalité. Al Wefaq a recueilli une majorité de votes lors des dernières élections en 2010 avant de renoncer après que les forces armées eurent brutalement réprimé et tué des manifestants pro-démocratie au début de l'année 2011. Des élections partielles avaient ensuite été organisées pour remplacer les parlementaires ayant démissionné, mais l'opposition a boycotté ces élections, qui ont été marquées par un taux de participation 17,4% ; un chiffre qui montre l'impopularité du régime à ce moment.

Le second parti d'opposition, le groupe laïc nationaliste de l'Action Démocratique Nationale, (WAAD, en arabe), est aussi devenu une cible à l'approche des élections. Il a été placé sur la liste des groupes d'opposition qui violent les réglementations gouvernementales car il a refusé de laisser son leader, Ebrahim Sharif, se faire expulser. Sharif est maintenant emprisonné pour avoir rejoint les manifestations de 2011.

Le gouvernement est actuellement en train de porter plainte contre le WAAD. Le système judiciaire du pays a été sévèrement critiqué après qu'un rapport récent de Human Rights Watch a mis en évidence son incapacité “à établir des responsabilités et à rendre justice de manière impartiale”. 

Le Ministre de la justice Khaled Al Khalifa a détaillé à plus de 38 000 personnes qui le suivent sur Twitter sa version  d'une solution pour Al Wefaq. Ses tweets [arabe] peuvent laisser penser que l'un des objectifs du ministre est de changer le leadership du mouvement :

L'association [politique Al Wefaq] a été prise en otage grâce une interprétation déviante de ses règles, qui a mené à la marginalisation de son assemblée générale et le contrôle par une minorité de ce qu'on a appelé les candidats “sans adversaires”

Pour cette société [Al Wefaq] la seule voie est d'appeler à une élection des leaders par l'assemblée générale, dans la transparence et le respect des procédures, pour mettre fin au chaos et à la crise de leadership

Le secrétaire général d'Al Wefaq a répondu au Ministre au cours d'une conférence de presse, en affirmant qu'il avait reçu une proposition du gouvernement leur offrant des ministères en échange de l'arrêt des manifestations. Il a également ajouté qu'Al Wefaq avait refusé parce que la proposition ne prévoyait pas de recours au peuple dans le processus de décision.

Le compte Twitter d'Al Wefaq [arabe], avec 182 000 followers, a tweeté la conférence de presse :

Le secrétaire général: “Au fait, nous accueillerions les Nations Unies, la fondation Carter et d'autres en tant qu'observateurs de n'importe lesquelles de nos élections internes”

Le secrétaire général: “Si vous voulez savoir à quel point nous somme populaires alors laissez-nous organiser notre assemblée générale au Stade National, si le Stade peut contenir tout le monde”

Le secrétaire général: “L'opposition propose une répartition égale des circonscriptions, la réponse officielle est qu'on ne peut pas obtenir que les élections soient organisées avec des circonscriptions réparties de manière égale”

Le fait que le découpage des circonscriptions soit biaisé en faveur du parti au pouvoir figure depuis longtemps parmi les doléances formulées par l'opposition. Ce tableau [anglais, traduction Google] permet de comparer un système où la distribution des sièges parlementaires est équilibrée avec le système actuel.

Le secrétaire général: “L'opposition propose que le gouvernement soit élu, la réponse officielle est que le gouvernement ne peut pas être élu”

Le secrétaire général: “L'opposition propose un Parlement élu, la réponse officielle est que nous n'aurons pas de Parlement élu”

Le secrétaire général: “Nous proposons une solution qui mettra fin à la crise pour de bon, rien ne sera laisse de côté qui puisse exploser à nouveau dans un mois ou deux”

Le secrétaire général: “De toutes les façons nous ne participerons pas aux élections, ni publiquement ni de manière secrète, et nous appelons tout le monde à boycotter les législatives et municipales”

Le célèbre activiste pour les droits de l'hommes et ex-prisonnier Nabeel Rajab a résumé à ses 232 000 followers ce que pourrait faire le gouvernement d'ici aux élection s:

“Maintenant, jusqu'aux élections, on peut s'attendre à ce que le régime mette en place des procédures démentes pour affaiblir les forces politiques, mais le facteur décisif sera la détermination du peuple”

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