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Haut-Karabagh : comment suggérer la voie du pragmatisme ?

Paysage du Haut-Karabagh par Bouarf CC-BY-2.0

Paysage du Haut-Karabagh par Bouarf CC-BY-2.0

Depuis l’état d’armistice signé en 1994, le dossier de la région du Haut-Karabagh n’avance guère. Malgré les efforts déployés par les États-Unis, la France et la Russie pour acheminer les deux parties sur la voie du compromis, rien n’y fait. Bien au contraire, il semblerait même que les positions se radicalisent, en particulier du coté arménien. La faute aux médiateurs, trop envahissants ? Changer la manière de suggérer les solutions pourrait, si ce n’est mettre miraculeusement fin aux discordes, amener les deux pays sur un terrain d’entente.

Il est de ces conflits dont on sait quand ils ont commencé, mais dont on se demande vraiment s’ils finiront jamais. Le conflit israélo-palestinien en est l’édifiant exemple, étant sans doute le plus médiatisé. Mais d’autres sont superbement ignorés des journalistes, tandis que communauté internationale intervient, mais non sans maladresse.

C’est le cas de la région du Haut-Karabagh, enclave ethnique située en Azerbaïdjan dans le sud-est du Caucase mineur et attribuée par Moscou à la République fédérée turcophone d’Azerbaïdjan du temps de sa soviétisation. Bien que reconnue Région autonome par le pouvoir soviétique, les ethnies arméniennes qui y vivent n’ont jamais cessé de réclamer leur rattachement à la République d’Arménie. En 1988, le nationalisme cristallisé sous l’ère Gorbatchev pousse les Arméniens du Haut-Karabagh à élever le ton des revendications. C’est d’ailleurs alors que débute la chute des dominos qui conduira à l’implosion du bloc soviétique.

Un état d’armistice tout théorique

De 1991, date à laquelle les ethnies arméniennes du Karabagh ont exprimé leurs premières velléités d’indépendance et jusqu’à 1994, trois guerres ont opposé les montagnards arméniens, jaloux de conquérir une terre qui ne leur a jamais été donnée, aux « Tatars» des vallées, appelés désormais Azéris. En 1994, un état d’armistice est signé qui n’a encore abouti à aucun traité de paix, et ce en dépit de la négociation au long cours à laquelle participe le groupe de Minsk, co-présidé par les États-Unis, la Russie et la France depuis lors. Le conflit semble figé, aucune solution politique n’étant venue sanctionner les motifs de la belligérance.

Les médiateurs de Minsk continue d’œuvrer pour ce qui pourrait consister un compromis acceptable et pragmatique pour les deux parties : la restitution des territoires occupés et le droit au retour, en échange de l’autonomie locale pour les Arméniens, accompagnée d’une garantie de sécurité comprenant une opération de maintien de la paix et un corridor de liaison vers l’Arménie. Mais ce n’est pas pour convenir à l’Arménie, de moins en moins encline à accepter de faire des concessions des territoires qu’elle est la seule, au regard du droit international, à considérer siens.

« Malgré nos différences dans d’autres parties du monde, nous voulons coordonner notre diplomatie concernant le Karabagh », a réaffirmé Erevan James Warlick, coprésident américain du Groupe de Minsk de l’OSCE, afin de montrer que les États-Unis et la Russie poursuivaient leurs efforts afin de trouver une solution à ce conflit qui a déjà trop duré, semant au gré des ans plusieurs milliers de morts et des centaines de milliers de réfugiés de part et d’autre.

En outre, afin d’approfondir sa connaissance de la société et des institutions karabaghiotes, la France a envoyé une délégation de quatre parlementaires français du 8 au 12 septembre pour réaliser un voyage d’études au Haut-Karabagh, ce sans doute dans l’idée d’être en mesure d’intervenir dans les négociations sans dogmatisme. Car ce serait l’impression de se voir dicter la voie de la paix par la communauté internationale qui radicaliserait la position de chacun.

Pour une intercession moins dogmatique ?

Quoi de plus normal ? Il est compréhensible que deux adversaires se braquent quand s’invite au cœur des hostilités un tiers drapé dans son habit d’arbitre, quand bien même ce dernier serait pourvue des meilleures intentions.

L’analyse du politologue russe Andreï Arechev  va dans ce sens :

Les négociateurs auront eux-mêmes à essayer des voies de règlement du problème et des approches de nature à apaiser la situation, tandis que les médiateurs, à l’adresse desquels des reproches retentissent, ne doivent pas dicter leur volonté aux parties.

C’est selon lui cette ingérence qui constitue la pierre d’achoppement des négociations :

C’est là que réside la cause majeure de l’incompréhension en Arménie et en Azerbaïdjan. Souvent le médiateur imposait sa volonté, et cela ne profitait pas aux parties prenantes du conflit. Aussi la tâche de Moscou et d’autres intermédiaires consiste-t-elle à assurer le processus des pourparlers, ainsi que de prévenir une reprise des hostilités et de détendre la situation dans la zone de conflit.

C’est sans doute dans cette optique d’intercession sans ingérence que le Secrétaire d’État américain John Kerry a réuni début septembre et pendant près de deux heures en marge d’un sommet de l’OTAN les présidents de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ainsi que des diplomates américains. Gageons que ces tentatives toujours plus poussées pour intercéder sans interférer parviennent à décrisper les deux régions pour faire émerger les premiers signes de détente.

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