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Anton Nossik sur la fermeture attendue de Facebook, Twitter, et Google en Russie

A Russian apocalypse might be headed for social networks like Facebook, Twitter, and Google. Images mixed by Kevin Rothrock.

Une apocalypse russe peut attendre les réseaux sociaux Facebook, Twitter et Google. Montage photo Kevin Rothrock.

La déconnexion de la Russie des géants américains d'Internet semble de plus en plus probable. Le 26 septembre, le Service fédéral russe pour la surveillance des communications, des technologies de l'information et des communications  (Roskomnadzor) a révélé qu'il a formellement demandé à Facebook, Twitter et Google de se plier à une nouvelle loi exigeant des “acteurs de la distribution de l'information” de stocker sur le territoire russe six mois d'archives des données, en les rendant accessibles à la police russe. En outre, la Douma est prête à présenter la mouture finale d'un amendement qui exigera des sites Web et de certaines applications de stocker toutes les données utilisateur sur des serveurs situés à l'intérieur de la Russie à compter du 1er Janvier 2015, plutôt qu'en Septembre 2016, comme la loi le prévoyait à l'origine.

Depuis des mois déjà, on s'attendait à ce que le Kremlin coupe l'accès aux médias sociaux américains sur le web russophone. Maintenant, l'une des voix les plus respectées de l'Internet russe dit qu'il pense que des sites comme Facebook, Twitter et Google seront bientôt choses du passé dans le cyberespace russe. Sur LiveJournal, ce spécialiste des médias et l'un des membres fondateurs de la blogosphère russe, Anton Nossik, a expliqué pourquoi il pense que la fin est proche en Russie pour les sites web utilisés par des milliards de personnes dans le monde.

Avec la permission de l'auteur, RuNet Echo a traduit le post d'Anton Nossik.

“Facebook, Twitter et Google: la mécanique de la déconnexion”
par Anton Nossik

Roskomnadzor  a commencé à se préparer pour bloquer en Russie les serveurs de Facebook, Twitter et Google.

Le plan était de bloquer ces services dans la seconde moitié de 2016, mais les députés de la Douma ont soudain changé d'avis en approuvant les amendements à la loi qui  reculent la date de déconnexion au 1 Janvier 2015. Et Roskomnadzor se dépêche de créer les conditions pour couper le robinet encore plus tôt.

La méthode de coupure est en deux étapes. Premièrement, le gouvernement présentera aux sociétés Internet étrangères des demandes impossibles, de transférer toutes les données d’ utilisateurs dans des lieux sous le contrôle du FSB [Service fédéral de sécurité]. Parce qu'ils ne pourront pas se plier à ces exigences, les fonctionnaires russes les déconnecteront. Plus précisément, ils nous déconnecteront.

Après avoir été enregistré par Roskomnadzor en tant qu'acteur de la diffusion de l'information, un site Web doit maintenir “sur le territoire de la Fédération de Russie [les six derniers mois] les données concernant la réception, la transmission, la livraison, et (ou) le traitement de la communication par la voix, l'écrit, les images, les sons, ou d'autres supports électroniques entre utilisateur de l'Internet. Ne pas respecter ces exigences est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 500 000 roubles, explique Roskomnadzor.

Vous pensez peut-être les journalistes d'Izvestia oublient une nuance importante : quelles données exactement doivent être stockées sur le sol russe ? Est-ce que cela ne concernent que les citoyens russes, les internautes russophones à travers le monde, ou les citoyens d'un autre pays qui se trouvent sur ​​le territoire russe quand ils se connectent ?

En fait, les journalistes des Izvestia ne sont pas coupables. Bien sûr, ils auraient pu poser au fonctionnaire de Roskomnadzor cette question intéressante, et peut-être même ils l'ont posée mais n'étaient tout simplement pas autorisés à imprimer la réponse. La vérité  est que la réponse n'est pas vraiment écrite dans la loi fédérale adoptée par le gouvernement. Il n'a rien été fait pour limiter la compétence des lois de la Douma et la sphère légitime d'intérêt de FSB : ni par un critère de  nationalité, ni par la langue, ni par la géographie de la Russie. Si vous lisez la Loi fédérale 97 comme elle a été écrite et votée, vous verrez qu'il s'agit de la réception et la transmission des données américaines et européennes, japonaises et canadiennes, israéliennes ou néo-zélandais, de quiconque, sans aucune restriction. Et la définition par la loi d'un blog est également très large. Permettez-moi de citer la loi, comme vous n'allez probablement pas me croire :

Le propriétaire d'un site ou d'une page particulière d'un site sur Internet, sur lequel se trouvent des informations accessibles au public et qui attire plus de 3 000 visites quotidiennes d'internautes, (ci-après appelés “blogueur”) est tenu de respecter les lois de la Fédération de Russie, lors de la diffusion et de l'utilisation de cette information, y compris la distribution de ladite information sur le site ou la page de site Web par d'autres utilisateurs de l'Internet.

On voit bien qu'il n'existe aucune restriction d'aucune sorte. Pas par nationalité, pas par la langue, et non par la géographie. Si vous avez 3 000 visiteurs uniques par jour, vous êtes sur la liste, vous devez obéir. Même si votre langue est l'indonésien et l'ensemble de votre lectorat sur ​​l'île de Java. Soit vous reconnaissez la compétence d'un troupeau de moutons [c'est à dire la Russie], ou nous vous bloquons. C'est ce que dit la loi.

Naturellement, personne ne prévoit d'appliquer la loi adoptée. Dès le début, le but était autre. Dix jours avant que la loi n'entre en vigueur, Maxime Ksenzov de Roskomnadzor a expliqué que son agence ne pourrait pas appliquer toutes les dispositions de cette loi, sauf la censure politique sélective.

Nous n'avons pas l'intention et nous ne l'avons jamais eue d’ organiser un recensement de tous les utilisateurs d'Internet de langue russe. Ce serait un exercice inutile, et la loi n'est pas à ce propos  […] Le statut de blogueur créé par la loi, que Roskomnadzor lancera le 1er août, n'a pas été créé pour fournir des statistiques […]. Nous ne voyons pas de nécessité à réaliser une évaluation préliminaire du nombre d'utilisateurs d'Internet qui s'insèrent dans la catégorie “blogueurs” de la loi. Les statistiques seront recueillies pour que la loi soit appliquée et elle sera flexible.

La flexibilité est peut-être la définition de l'application des lois en Russie dernièrement. Qui demain sera le prochain visé par cette « flexibilité » ? Mais la priorité est aujourd'hui de bloquer Facebook, Twitter, et les services de Google en Russie. La Douma a fixé le délai au 1 Janvier 2015 mais Roskomnadzor est pressé de le faire plus tôt.

Je ne sais pas ce qui a provoqué cette précipitation. En tout état de cause, pour l'instant, nous ne parlons que d'un type de déconnexion qui est facilement contournée avec des proxy et des VPN. 

Ce texte est la traduction intégrale d'un article de Anton Nossik paru en russe sur son blog  LiveJournal blog le 26 septembre 2014.

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