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Bahreïn : Un champion des droits humains arrêté pour avoir critiqué des policiers déserteurs vers l'EI

 Nabeel Rajab,  défenseur des droits humains de Bahreïn arrêté aujourd'hui, intervenant ici à un rassemblement, dans son pays, en mai 2012. Photo de Ahmed Al-Fardan. Copyright: Demotix


Nabeel Rajab, défenseur des droits humains de Bahreïn arrêté le 1er octobre, intervenant ici à un rassemblement, dans son pays, en mai 2012. Photo de Ahmed Al-Fardan. Copyright: Demotix

[article d'origine publié le 1er octobre 2014]

Bahreïn a une fois de plus arrêté le défenseur des droits humains Nabeel Rajab [fr] – à cause de ses tweets.

M. Rajab, arrivé à Bahreïn la nuit dernière après une visite éclair pour présenter la situation des droits humains dans son pays devant les Parlements du Royaume-Uni et d'Europe, a été convoqué par les autorités aujourd'hui pour un tweet dans lequel il soutenait que l'appareil de sécurité de Bahreïn était un “incubateur” pour les combattants de l'Etat Islamique.

M. Rajab a été interrogé par le Département des enquêtes criminelles, sur des accusations d'”outrage à une institution publique” sur Twitter. Il a ensuite été placé en état d'arrestation et en détention, en attendant sa comparution devant le procureur, le 2 octobre 2014.

En mai 2014, M. Rajab avait été libéré de prison après avoir purgé une peine de deux ans pour avoir participé à des manifestations, sous l'accusation de “trouble de l'ordre public.” Des manifestations massives avaient secoué le petit royaume de l'île, voisine de l'Arabie saoudite, depuis le 14 février 2011. En 2012, le gouvernement de Bahreïn a rendu illégales toutes les formes de rassemblement ou manifestation, invoquant des raisons de sécurité nationale et des troubles publics.

M. Rajab, qui dirige le Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme, dissous et déclaré organisation illégale, avait été condamné à trois mois de prison en mai 2012 à cause de tweets qu'il avait publiés concernant le Ministère de l'intérieur. Le mois suivant, en juin 2012, M. Rajab a également été écopé d'une peine de trois mois pour différents tweets qu'il avait écrits à propos du Premier ministre de Bahreïn, au pouvoir pendant 43 ans.  Par la suite, cette condamnation avait été annulée en appel, quand M. Rajab a commencé à purger une peine de deux ans pour avoir participé à des manifestations illégales.

Dans la journée, le Ministère de l'intérieur a annoncé :

La Direction générale de la Lutte contre la corruption et de la sécurité économique et électronique a convoqué M. Nabeel Rajab Ahmed Abdulrasool mercredi pour l'interroger au sujet de tweets publiés sur son compte Twitter qui dénigrent des institutions gouvernementales.

M. Rajab a reconnu les charges et le dossier a été transmis au procureur.

Le tweet en question ici concerne un article sur Global Voices à propos de recrues bahreïnies apparues sur une vidéo menaçant le régime au pouvoir à Bahreïn. Bien qu'il n'y ait pas de chiffres pour confirmer le nombre exact de Bahreïnis qui ont rejoint les rangs de la  violente organisation extrémiste, qui a occupé de vastes zones de l'Irak et de la Syrie, tuant un nombre incalculable de personnes innocentes sur son passage, quatre Bahreïnis d'une famille étroitement liée au régime au pouvoir apparaissent dans le film. La vidéo invite la population sunnite de Bahreïn à prendre les armes contre le gouvernement et la population chiite du pays.

En réponse à la vidéo, qui présentait le lieutenant Mohamed Issa Al-Binali, qui avait fait défection de l'armée, M. Rajab avait commenté :

de nombreux hommes à Bahreïn qui ont rejoint le  terrorisme et EI proviennent des services de sécurité et ces institutions ont servi de premier incubateur idéologique 

C'est la troisième fois que M. Rajab, qui compte 239.000 abonnés sur Twitter, a été arrêté par les autorités pour ses tweets.

M. Rajab a exprimé de vives critiques à propos de l'expansion de l'idéologie terroriste d'EI après les révélations  dans la presse que des Bahreïnis rejoignaient les rangs de l'organisation. Il avait également critiqué les responsables gouvernementaux qui ont qualifié l'occupation de Mossoul de “révolution populaire”. À cet égard, il a tweeté :

Le plus haut dignitaire religieux en Arabie décrit EI et Al-Qaïda comme la plus grande menace pour l'Islam, mais il y a des hommes politiques en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe qui considèrent l'occupation de Mossoul par l'EI de révolution populaire

M. Rajab a également tweeté que les attaques contre EI ne doivent pas être utilisées comme un prétexte pour la détérioration de la situation des droits humains dans les pays du Golfe:

La communauté internationale doit surveiller comment des pays comme Bahreïn ont utilisé la guerre contre le terrorisme pour s'attaquer aux défenseurs des droits humains au Royaume-Uni et aux États-Unis

Anticipant son arrestation, M. Rajab avait envoyé un tweet à ses correspondants sur Twitter en disant :

Je ne serai pas dans les tourments si je suis tué, mais je souffrirais beaucoup si quelqu'un renonçait aux droits des personnes ou se livrait aux tyrans

L'association Americans for Democracy and Human Rights in Bahrain (ADHRB) [Américains pour la démocratie et les droits de l'homme à Bahreïn], le Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme (BCHR), et l'Institut de Bahreïn pour les droits de l'homme et la démocratie (BIRD) ont exprimé conjointement leur préoccupation pour le sort de M. Rajab et exigé sa libération.

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