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Comment le visa américain H4 enferme les familles des travailleurs étrangers dans une cage dorée

Stack of paperwork for US immigration. Image from Flickr by Stephanie Pakrul. CC BY-NC-SA 2.0

Pile de papiers administratifs pour le bureau américain de l'immigration. Image tirée de Flickr par Stéphanie Pakrul. CC BY-NC-SA 2.0

On l'a dénommé «cage dorée», «visa de la dépression» et «visa de prisonnier» dans divers rapports et observations. Le visa H4 permet aux membres de la famille immédiate des bénéficiaires du visa “H” pour le travail temporaire, de résider aux États-Unis, mais guère plus.

Les titulaires de ce visa ne peuvent obtenir ni numéro de sécurité sociale, ni, de facto, numéro national d'identification fiscale, ni faire de recherches d'emploi et bénéficier d'autres dispositifs de traçabilité. En revanche, les tributaires d'un autre visa de travail temporaire, le L1, sont autorisés à travailler aux États-Unis après en avoir obtenu l'autorisation par les services américains de l'Immigration.

Beaucoup des conjoints de titulaires d'un visa «H» sont en majorité des femmes et des professionnels disposant de compétences précieuses permettant de contribuer à l’économie du pays. Selon les modalités du visa H4, ils ne peuvent pas obtenir d’emploi aux États-Unis, travailler à distance pour une entreprise une fois de retour chez eux, ni même exercer en tant qu’indépendant. Par conséquent, les titulaires d'un visa H4 recourent à la formation continue, au bénévolat ou au travail illégal à la pige, nécessitant une moindre utilisation de leurs compétences.

Une récente pétition lancée par Shah Peerally, avocat en Californie, exige que le gouvernement américain leur ouvre plus de droits.

Une page Facebook intitulée “visa H4, une malédiction” compte près de 5.000 likes. Un blog associé détaille les expériences de titulaires du visa H4 et met en évidence la dépression, la frustration et la violence familiale parfois attachées à ce visa restreignant l’accès à l'emploi; en particulier pour les immigrés qui n'ont pas de système de soutien social dans le nouveau pays. Par exemple, Shilpa – Futur entrepreneur écrit:

J'ai un Master et trois années d'expérience professionnelle dans mon pays d'origine, le tout dans le secteur des déchets. Au moment où j’obtiendrai mon permis de travail, j’aurais 45 ans et il y aura plus de 10 années d’interruption de carrière sur mon CV. Quel employeur acceptera de m’embaucher avec un tel écart. 2) Vivre en Amérique et subvenir aux dépenses quotidiennes avec des enfants est très difficile, c'est la raison pour laquelle nous ne sommes pas en mesure d'acheter une maison. 3) Les femmes titulaires du visa H4 sont victimes de violence, la mère d’un de mes amis a été victime de mauvais traitements. Tout ça parce qu'elle n'avait ni carte d'identité, ni argent, et nulle part où aller. Ces cas de violence ne sont pas signalés parce que les bénéficiaires du visa h4 n'ont pas d’identité.

Ailleurs sur la toile, dans une lettre ouverte au Président Obama, Jaspreet écrit :

Nous étions tous les deux diplômés d’instituts de haut niveau lorsque nous étions en Inde, il fut un temps où j'avais une grande carrière, et je gagnais plus d'argent que mon mari, mais je suis venue aux États-Unis pour soutenir la carrière de mon mari
[…]
Les gens qui sont ici depuis leurs études et qui paient des impôts depuis des années, sont les plus touchés. Le plus triste, c’est que, même si on nous accorde une petite faveur et un travail légal, que peuvent bien faire les épouses après une interruption de carrière de 7 ans ?

Geetha Krishnan, une ingénieure chimiste de la baie de San Francisco, lance un tweet :

Il devrait y avoir une certaine égalité et des droits pour les conjoints qualifiés titulaires d’un visa h4 qui gaspillent leurs talents.

Une étude sur les entrepreneurs immigrés aux États-Unis, commandée par la National Venture Capital Association, a constaté que ces dernières années les immigrants ont créé un tiers des sociétés américaines financées par du capital-risque, lesquelles sont devenues des sociétés cotées.

Reconnaissant la valeur que les immigrants apportent à la culture et à l'économie, l'administration du président Barack Obama a annoncé le 7 mai 2014, des propositions pour permettre à un sous-groupe de titulaires du visa H4 de travailler aux États-Unis. Le nombre de candidats qualifiés est d'environ 100.000 à l'heure actuelle.

La raison en a été avancée par la secrétaire au Commerce Penny Pritzker: «Ces personnes sont des familles américaines en attente. Beaucoup de files d'attente pour les cartes vertes et de départs pour travailler pour la concurrence. Le fait est que nous devons faire plus pour attirer et retenir les talents de classe mondiale aux États-Unis, et ces réglementations nous mettent sur la voie pour le faire »

À l’instar de toute réforme de l'immigration, la proposition a été accueillie avec un mélange de crainte et de victoire. Les personnes intéressées ont posté des commentaires positifs et négatifs sur Regulations.gov, un site Web qui permet au public de suivre et de commenter l'élaboration de la réglementation fédérale. Il a reçu 12 922 commentaires avant que la période de consultation ne soit close le 11 Juillet.

Cécilia Curtis se fait l'écho de l'inquiétude exprimée par beaucoup d'Américains vis-à-vis de la réforme de l'immigration :

Ce changement proposé des règles n'aide pas les travailleurs américains qui sont en effet qualifiés mais dans l'impossibilité de trouver du travail. Pourquoi cette administration continue à ériger des obstacles face au travailleur américain ? Par ailleurs, pourquoi cette Administration continue à contourner le Congrès dès lors qu'on parle d'immigration? En ce moment, il y a beaucoup trop d'immigrés (légaux et illégaux) ici aux États-Unis. Notre pays ne peut pas continuer à absorber cet excédent de travailleurs / personnes. C'est une très mauvaise idée.

Vivek Pandey, n’est cependant pas d'accord avec le fait que la loi détournera les emplois des citoyens :

Ma femme a des années d'expérience professionnelle de très grande qualité et pourrait facilement trouver un travail si cette règle était appliquée. Gardez, s'il vous plaît, à l'esprit que cette règle ne promeut aucunement la rhétorique du “travail à faible coût” en plein foisonnement. Le type de travail pour lequel ma femme et beaucoup d'autres épouses de détenteurs de visa H4 concourent, requiert un très haut niveau d'expertise et d'expérience.

Pendant ce temps, la société de production d'un avocat de l'immigration californien, Shah Peerally Productions, travaille sur un film visant à sensibiliser le grand public au traumatisme associé au visa H4 : 

Combien de temps faudra-t-il pour que des permis de travail soient délivrés aux personnes à la charge des titulaires d'un visa ? Cette proposition constitue un pas vers l'arrêt d'un système qui handicape les conjoints qualifiés de travailleurs qualifiés, et elle est saluée avec soulagement par de nombreux prisonniers de la «cage dorée».

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