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Pourquoi la Turquie n’intervient pas en Syrie ?

Manifestation pro-kurde à Paris par Jiel beaumadier - CC-BY 3.0

Manifestation pro-kurde à Paris par Jiel beaumadier – CC-BY 3.0

C’est l’interrogation du moment au sein de la sphère internationale : la ville syrienne de Kobané va-t-elle passer aux mains de l’organisation de l’Etat islamique ? Situé dans une région frontalière avec la Turquie, Ankara a déjà voté un dispositif permettant une intervention militaire. Pourtant l’armée turque n’est toujours pas intervenue au secours de Kobané. Pourquoi ?

 Des tensions entre Turcs et Kurdes

Kobané est une ville située au nord-est de la Syrie, dans une région principalement peuplée de Kurdes et qui a proclamé son indépendance vis-à-vis du régime syrien en novembre 2013. Les Kurdes représentent entre 30 et 40 millions de personnes vivant en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran. C’est un peuple sans pays. Or, depuis maintenant quelque temps, l’on parle de plus en plus de la création d’un Kurdistan totalement indépendant.

À la tête de cet embryon de pays se trouve un mouvement armé, le Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK. Ce sont d’ailleurs les forces armées du PKK, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui défendent Kobané. Le PKK a été créé en 1978 en Turquie et mène depuis une guerre d’indépendance contre l’armée turque qui a déjà fait plus de 40 000 morts en trente ans.

Voilà pourquoi l’armée turque n’intervient pas à Kobané. Ankara craint qu’un Etat kurde autonome, dirigé par le PKK, ne voie le jour aux frontières de la Turquie. Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et son gouvernement « l’Etat islamique et le PKK, c’est la même chose ». Les Kurdes qui représentent pas moins de 20 % de la population de Turquie ont toujours beaucoup de mal à s’intégrer dans le régime autoritaire turc ou l’armée a toujours été prépondérante.

Un double jeu dangereux

À la frontière avec la Syrie, les chars et les combattants turcs restent inactifs alors que le Parlement de Turquie a voté le 2 octobre dernier, un dispositif autorisant une intervention militaire en Irak et en Syrie dans le but de lutter contre l’Etat islamique. Néanmoins, depuis le début des affrontements, la Turquie a déjà accueilli 200 000 réfugiés kurdes de la région de Kobané. De plus, les combattants kurdes blessés lors des affrontements à Kobané sont transférés en Turquie pour être soignés.

Des centaines de familles sont parquées ici. Nous sommes contraints de dormir à même le sol et nous ne recevons qu’un seul repas par jour de la part d’ONG, comme le Croissant-rouge turc. Ankara a autorisé ceux qui le souhaitent à traverser la frontière, mais elles refusent toujours catégoriquement de laisser passer les cheptels, les véhicules et autres engins agricoles

explique un réfugié.

Le gouvernement turc a aussi demandé la création d’une zone de tampon entre la Syrie et la Turquie afin d’accueillir les déplacés. Cette idée a d’ailleurs reçu le soutien du président français, François Hollande. À cette demande vient aussi s’ajouter l’idée de la création d’une zone d’exclusion aérienne dans le nord de la Syrie afin de protéger les secteurs tenus par l’opposition au régime syrien.

Ils (les présidents turcs et français NDLR) ont constaté leur pleine convergence de vues sur la nécessité d’aider davantage l’opposition syrienne modérée en lutte à la fois contre Daech et contre le régime de Bachar el-Assad. Le Président de la République a insisté sur la nécessité d’éviter le massacre des populations au Nord de la Syrie. Il a apporté son soutien à l’idée avancée par le Président Erdoğan de créer une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour accueillir et protéger les personnes déplacées

a déclaré l’Elysée.

Le gouvernement turc va vite devoir sortir de ce double jeu. Le refus de venir en aide aux habitants de la région de Kobané a provoqué des manifestations prokurdes en Turquie ce qui a obligé Ankara à mettre en place un couvre-feu dans le sud-est du pays. Si elle continue dans cette voie, la Turquie risque d’être désignée comme la responsable de ce qui pourrait être la chute de Kobané.

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