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La mort de “Baby Doc” laisse de l'amertume à de nombreux Haïtiens

Protests as 'Baby Doc' returns to Haiti, 18 January 2011, photo by Jean Jacques Augustin. Demotix.

Manifestation lors du retour de ‘Baby Doc’ en Haiti, 18 janvier 2011, Port-au-Prince, Haïti, photo Jean Jacques Augustin. Demotix.

[Billet d'origine publié en anglais le 21 octobre] L'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier [fr] est décédé le 4 octobre, à l'âge de 63 ans, il a été enterré une semaine plus tard, lors de funérailles privées. Si de nombreux Haïtiens attendaient impatiemment un monde sans “Baby Doc”, son surnom, sa mort a été un événement particulièrement ambigü.

Jean-Claude Duvalier, alias “Baby Doc”, a succédé à son père, François “Papa Doc” Duvalier [fr], comme président d'Haïti en 1971, à la mort de celui-ci ; il n'avait que 19 ans – soit le plus jeune président au monde. Bien que considéré comme moins brutal que son père, “Baby Doc” a continué la même politique répressive. Plus grave encore, il a continué à utiliser les Tontons Macoutes, un groupe paramilitaire, pour réprimer par la force toute opposition politique. On estime que les Tontons Macoutes sont responsables de la mort de plus de 60.000 Haïtiens.

Jean-Claude Duvalier a été renversé par un coup d'état en 1986 et s'est réfugié en France, avec son épouse d'alors, Michelle, et au moins 300 millions de dollars US, volés au trésor haïtien. C'était une grosse somme d'argent à l'époque, bien sûr, mais il est difficile d'en mesurer l'impact dans le contexte d'Haïti. Selon des statistiques récentes, cet état insulaire est le pays le plus pauvre dans l'hémisphère occidental et la 20ème nation la plus pauvre du monde entier.

Après le tremblement de terre de 2010 qui a dévasté Haïti, “Baby Doc” a fait un retour d'exil controversé [fr]. Malgré les accusations portées contre lui pour corruption et violations des droits humains, les procédures judiciaires formelles ne sont jamais allées bien loin [fr] et il est mort en homme libre. Toutefois des funérailles nationales lui ont été refusées – une petite victoire pour ceux qui avaient espéré le voir rendre des comptes pour ses crimes.

Pierre Joel a écrit un billet en fournissant une liste incomplète [fr] en français sur Facebook des victimes des régimes Duvalier (tant de “Papa” que de “Baby” Doc), au cours de la période allant de 1957 à 1986. Amnesty International a également publié une vidéo sur les victimes du régime Duvalier :

Dès que la nouvelle de la mort de Jean-Claude Duvalier s'est répandue, plusieurs membres de la diaspora haïtienne, dont beaucoup ont quitté Haïti à cause de la persécution, ont voulu partager leurs sentiments. L'américano-haïtien Patrick Gaspard, ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud, a tweeté ses pensées :

La mort de Duvalier me rappelle le regard de ma mère lorsqu'elle parlait de son frère que le dictateur a fait disparaitre

Certaines personnes ont fait remarquer sur Twitter que les États-Unis ont contribué à soutenir les Duvalier, en dépit de leurs politiques violentes contre les opposants à l'intérieur du pays :

Les États-unis ont fermement soutenu les Duvalier parce qu'ils tenaient la grande majorité des Haïtiens sous contrôle. De plus il était anti-communiste.

D'autres ont critiqué le président haïtien actuel, Michel Martelly, pour sa complicité avec Duvalier et ses partisans :

Mais le silence de Martelly à propos des atrocités des Duvalier et ses condoléances au nom du peuple haïtien sont inadmissibles

Nous devons – en tant que Haïtiens qui luttons pour la justice – EMPÊCHER le gouvernement illégitime de Martelly de cacher le terrible héritage des Duvalier 

Bien que Duvalier soit maintenant sous terre, certains utilisateurs de Twitter acceptent difficilement que beaucoup de personnalités des jours sombres de la dictature circulent toujours librement :

Haïti : La plus grande concentration de criminels de droite a assisté aux funérailles de Duvalier à Saint-Louis de Gonzague

Les funérailles de Duvalier nous rappellent que de nombreux criminels circulent en Haïti

Les Duvalier n'ont jamais payé pour leurs crimes lorsqu'ils étaient en vie ; en effet, le fait que justice n'ait jamais été faite reste toujours une épine dans le pied de nombreux Haïtiens. Certains espèrent néanmoins en d'autres formes de justice, en cherchant le réconfort dans un vieux proverbe haïtien :

Frères haïtiens, alors que le dictateur Duvalier a été inhumé, rappelez-vous de notre proverbe : “Un bel enterrement ne garantit pas le ciel”

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