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De la “strip-teaseuse de Gaza” au Texas aux immigrés chinois en Egypte, Kim Badawi photographie les rencontres interculturelles

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Thiago Pater Kayapo et Samantha Aweti Kalapalo, la veille de leur mariage, célébré en dépit des différences liées à leur appartenance tribale, à Aldeia Maracanã le 2 février 2013, (Rio de Janeiro). “En raison des tensions qui existent entre leurs tribus ancestrales respectives, non seulement Thiago et Samantha ne sont pas autorisés à se fréquenter mais encore moins à se marier. Néanmoins, dans l'espace sécurisant d'Aldeia Maracana, leur amour interdit est accepté.” Photo de Kim Badawi, publié sur le site web Phmuseum. Utilisation autorisée par l'auteur.

[Billet d'origine publié le 28 août] A travers ses photographies et son travail artistique, Kim Badawi a été en mesure de saisir et exposer les rencontres inattendues mais pourtant très réelles qui surviennent dans différentes parties du monde. On pourrait dire que son travail tente de capturer les représentations visuelles des rencontres culturelles d'aujourd'hui. Que ce soit à travers des photographies de groupes autochtones vivant en zone urbaine au Brésil, ou des communautés chinoises vivant en Egypte, le travail de Badawi montre comment ces rencontres ont lieu. Etant lui-même un “hybride culturel”, comme il aime à le dire, Badawi se focalise sur les aspects quotidiens de ce type d'entrecroisement culturel, en soulignant les différentes facettes de chaque expérience de rencontre.

Global Voices s'est entretenu avec Badawi afin d'en savoir plus sur son travail (dont un échantillon est partagé ci-dessous). Badawi a décrit ses principales motivations ainsi que quelques uns des moments mémorables de sa carrière. Il a fait valoir que les réseaux sociaux peuvent constituer un important espace de partage pour des récits que les médias traditionnels ne présentent pas ou pour lesquels ils ne montrent aucun intérêt. 

Global Voices (GV): Quel genre d'histoires essayez-vous de raconter à travers votre travail ?

Kim Badawi (KB): Etant moi-même un hybride culturel, j'ai étroitement travaillé, par le passé, sur des sujets interculturels. Jusqu'à ce jour, je suis fasciné par la notion d'”identité”, voire d'”identité nationale” et par conséquent par les stéréotypes en général. Peut-être est-ce pour ces raisons que la majorité de mon travail traite en grande partie du clivage bipartisan ou de l'envers des stéréotypes renforcés par les médias.

Un exemple de ce travail est illustré par l'oeuvre de Badawi, “The Gaza Stripper“, un film provocateur sur Ari Lauren Souad Said, une femme “née d'une mère israélienne et d'un père palestinien [qui a passé] une grande partie de son enfance tiraillée entre deux confessions et deux cultures divergentes en Israël”.


The Gaza Stripper de Kim Badawi sur Vimeo. Utilisation autorisée par l'auteur.

GV: Selon vous, quel est le genre d'images que les médias grand public ne parviennent pas à montrer ?

KB: De manière générale, les médias grand public sont esclaves du bouton “j'aime”. Les récits filmés doivent être nécessairement courts et aller à l'essentiel. Heureusement ou peut-être malheureusement, tout n'est pas noir et blanc. [L'histoire de la communauté d'immigrés chinois en Egypte] n'a pas réussi à susciter l'intérêt pour deux raisons : tout d'abord, pendant que je travaillais sur ce projet, pratiquement tous les éditeurs qui m'ont demandé sur quoi je travaillais – après que je leur ai expliqué que j'avais découvert un réseau de travailleurs immigrés chinois non déclarés vivant au Caire – m'ont répondu “c'est génial ! Mais au fait Kim, quel est le rapport entre cette histoire et la révolution égyptienne ?” Aucun, et c'est pourquoi j'ai poursuivi ce projet.

Heureusement pour moi, j'avais reçu un financement de la French American Foundation et j'étais libre de travailler selon mes propres limites et mon planning de travail. Ce projet n'a pas non plus fait les gros titres des magazines parce qu'il a été filmé en noir et blanc. En un mot, parce que je le considère comme un document historique. 


The Migratory Silk Road: Chinese in Egypt de Kim Badawi sur VimeoUtilisation autorisée par l'auteur.

GV: Quels avantages retirez-vous de l'utilisation des réseaux sociaux ?

KB: Dans la plupart des cas où j'ai fait un travail documentaire sur les mouvements sociaux, les sous-cultures et les communautés dans le passé, les réseaux sociaux et internet en général ont servi de plateforme de communication pour les personnes [en dehors de leur lieu de résidence].  Cependant, dans [le cas de la communauté immigrée chinoise en Egypte], la barrière de la langue et le fait que l'Egypte traverse un soulèvement social, justifiaient que [la communication se fasse nécessairement] de personne à personne. Les Chinois que j'ai pris en photo, étaient néanmoins très présents sur les réseaux sociaux et communiquaient quotidiennement via l'utilisation de messageries instantanées chinoises ou QQ. Cela n'a jamais cessé de me surpendre, ce fait que, au lieu d'utiliser une adresse mail classique avec un nom accrocheur (comme nous le ferions), ils avaient de très longues adresses QQ qui se résumaient uniquement à une longue suite de nombres. 

GV: Y a-t-il une idée/ une anecdote que vous aimeriez partager ?

KB: Sur ce lien je fais référence à plusieurs anecdotes, notamment sur les débuts du projet. Ce projet dans son intégralité a été rendu difficile à cause des barrières de langue. Car même avec des interprètess, j'étais, pour la majeure partie, ‘perdu dans la traduction’. Que ce soit des Chinois qui parlent arabe ou des Egyptiens qui parlent chinois, les accents étaient si difficiles à comprendre que cela rendait comique la situation même. Pour ajouter à la confusion, les différences culturelles, les manières de faire et même les goûts culinaires ont occasionné beaucoup de discussions et d'incompréhensions.

Une fois, j'ai passé toute la journée à photographier une famille de paysans dans la banlieue du Caire, dans le Fayoum. Mon premier défi a consisté à expliquer la localisation de la ferme à un chauffeur de taxi égyptien. Le second a été de trouver le lieu en question. Une fois arrivé sur place, j'ai passé la majeure partie de la journée à photographier la famille travaillant sous un soleil de plomb. A la tombée du jour, le père m'a invité dans leur minuscule maison et m'a dit “sais-tu ce que fait un paysan après une dure journée de labeur ?” Il commença à sortir une bouteille de tord-boyaux dans laquelle flottaient des hippocampes. J'avais la gorge en feu, mais après le premier verre, ça passait mieux. Nous avons bavardé jusqu'à une heure tardive, jusqu'à ce que je demande à l'un de ses enfants de m'aider à prendre un taxi pour rentrer au Caire. Je ne me souviens pas être rentré à la maison mais de m'être réveillé en pleine forme à 8h du matin ! Je n'ai aucune idée de ce que j'avais bu ni  comment ils ont pu trouvé des rivages marins au Caire, mais j'ai appris plus tard que fort heureusement, je n'avais pas bu de la liqueur fermentée à base d'insectes, comme le veut la coutume en Chine !

Le travail de Badawi a également abordé l'actuel rapport entre quelques unes des communautés autochtones du Brésil et la population urbaine en augmentation galopante dans le pays. La récente Coupe du Monde au Brésil a particulièrement constitué un cadre de résonance pour ces images, ce qui montre que deux mondes peuvent coexister pacifiquement, si ce n'est sans difficultés.

Un plus grand nombre de travaux de Badawi sont visibles sur son site web et sa chaîne Vimeo.

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