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Au Myanmar un journaliste est détenu par les militaires, puis tué

De nombreux activistes en ligne mettent cette photo en profil de leur page Facebook. En birman on peut lire “on se mobilise tous pour connaître la vérité sur ce qui est arrivé au journaliste freelance Ko Aung Kyaw Naing @ Ko Par Gyi”

[Sauf indication contraire, les liens dirigent vers des sites en anglais]

La mort mystérieuse de Ko Aung Kyaw Naing, journaliste connu sous le nom de Ko Par Gyi, a déclenché la colère dans de nombreux pays du sud-est asiatique.

Ko Par Gyi, anciennement garde du corps de Aung San Suu Kyi, couvrait les récents affrontements qui ont eu lieu entre l'armée du Myanmar et les forces armées des rebelles de la minorité Karen dans l'Etat Mon, quand il a été arrêté par l'armée birmane le 30 septembre. Après trois semaines, les responsables militaires ont informé le Conseil Intérimaire de la Presse du Myanmar que le journaliste freelance avait été tué lors de sa garde à vue le 4 octobre et qu'il avait été enterré.

La mort du journaliste alors qu'il était sous la responsabilité des militaires a provoqué l'indignation et amené un rassemblement de plus de 1.000 personnes dans le centre de Yangon, la capitale du pays, le 26 octobre. Des citoyens concernés, des activistes, et environ 46 mouvements de la société civile se sont depuis réunis pour demander une enquête sur la mort du journaliste. Selon Radio Free Asia, près de 20 manifestants ont été arrêtés et sont poursuivis conformément à un article non précisé du code pénal.

Selon un rapport non officiel de l'armée, Ko Par Gyi était accusé d'agir en tant “qu'agent de communication” pour le groupe armé d'opposition Karen (DKBA – Democratic Karen Benevolent Army) et a été tué alors qu'il tentait de prendre son arme à un garde pour s'échapper de la prison. Les responsables karen comme la famille affirment qu'il n'avait aucun lien avec ce groupe.

Than Dar, la femme du journaliste, activiste pro-démocratie, ne croit pas les militaires qui prétendent que son mari a tenté de s'évader. Elle craint qu'il n'ait été torturé et tué et demande une enquête approfondie sur sa mort, avec une exhumation et une autopsie de son cadavre.

La junte militaire est au pouvoir au Myanmar depuis 1962, même si des réformes démocratiques ont été mises en place ces dernières années. Aujourd'hui, il existe un gouvernement civil mais les militaires continuent d'exercer un pouvoir et une influence considérables sur la bureaucratie.

Min Ko Naing, de l'organisation Génération 88, pense que l'on a donné trop d'autorité à l'armée sans lui demander de rendre des comptes sur ses actions. Il s'est exprimé lors des manifestations et a cité [birman] les mesures constitutionnelles qui protègent l'armée :

C'est à prendre en considération ; il y a un article de la constitution qui stipule que quiconque appartenant à l'armée -du simple soldat au général- qui commet un crime quel qu'il soit ne peut être jugé devant un tribunal civil ; c'est la preuve qu'ils ont trop de privilèges et c'est un abus manifeste.

Ko Ko Gyi, activiste politique de la même organisation considère qu'il n'y pas d'état de droit et de la sécurité dans le pays. Il dit [birman] :

Considérez simplement la déclaration du Ministère de la Défense. Il a été arrêté le 30 septembre et tué le 4 octobre ; sa femme les a interrogés le 19 octobre mais ils ne lui ont pas donné de réponse, et ils n'ont publié une déclaration que le 24 octobre. Cela a pris presque un mois, plus de 20 jours. Qui est responsable de cela ?

Nay Myo Zin de l'organisation pour le Développement Social pense que l'engagement des militaires de donner une compensation à la famille du journaliste tué revient à dire que “la vie d'un citoyen ne vaut pas plus qu'une balle”.

Moethee Zun, activiste politique et fondateur du Parti Démocratique pour une Nouvelle Société, dit que l'armée n'aurait pas dû le tuer même s'il essayait de s'évader :

A l'évidence Ko Par Gyi n'a jamais tenu une arme. C'est quelqu'un de sérieux et de responsable. Même s'il était armé, ils (les militaires) n'auraient pas dû faire ce qu'ils ont fait.

Le blogueur Moe Zay Nyein pense [birman] lui aussi que les accusations de l'armée ne sont pas crédibles :

Ko Par Gyi n'était pas quelqu'un qui avait peur de la prison. Sa femme aussi a été prisionnière politique. Il savait qu'ils serait relâché s'il était arrêté. En ces temps de démocratie, il savait qu'il y aurait des gens qui le soutiendraient s'il lui arrivait d'être emprisonné. Le concept d'emprisonnement ne lui était pas étranger. Pour ces raisons, il est incroyable qu'il ait essayé de voler une arme pour s'enfuir et échapper à la prison.

Moe Thway de Generation Wave, l'un des organisateurs de la manifestation, presse [birman] les gens de soutenir les journalistes.

A l'époque où la liberté des médias n'existait pas, les activistes politiques étaient les journalistes. Même la femme de Ko Par Gyi a été condamnée à la prison à vie pour avoir écrit des articles politques. S'ils n'avaient pas risqué leurs vies, nous n'aurions jamais connu la vérité. Alors, au lieu de les considérer comme de simple journalistes ou activistes politiques, on devrait protéger ceux qui tentent de nous transmettre la vérité.

Une fois de plus cet assassinat démontre le besoin urgent de protection pour les professionnels de l'information dans le pays. Bien que le conseil de la censure ait été aboli, la mort de Ko Par Gyi est un triste rappel des limitations qui continuent de s'exercer sur la liberté des média et la démocratie.

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