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L'Espagne est sur le point d'autoriser l'exploitation commerciale de ses parcs nationaux

Circo glaciar de Soaso. Foto de Patrick Rouzet en Wikimedia Commons con licencia de documentación libre de GNU.

Vallée glaciaire de Soaso dans le parc national pyrénéen d'Ordesa et du Mont-Perdu. Photo de Patrick Rouzet publiée sur Wikimedia Commons avec la licence de documentation libre GNU.

Le Parti populaire (PP) a introduit un amendement au nouveau projet de loi pour la protection des parcs nationaux, ledit amendement pourrait ouvrir la porte à la chasse et à l'exploitation des ressources des parcs nationaux espagnols. Le projet de loi est en cours d'examen au Sénat après avoir été approuvé par le Parlement. Le PP détient la majorité absolue dans les deux chambres. 

Cette manoeuvre a été commentée par Greenpeace:

Après avoir présenté un mauvais projet de loi au Parlement, le Parti populaire a profité à présent de l'examen de la loi par le Sénat pour y adjoindre une série d'amendements qui empire le contenu du texte de loi.

Les organisations écologistes Amigos de la Tierra [Amis de la Terre]Ecologistas en Acción [Écologistes en action], Greenpeace, SEO/BirdLife et WWF se sont rassemblées pour lancer la campagne #DefiendoMisParques [Je défends mes parcs] sur les réseaux sociaux, laquelle a eu une répercussion considérable parmi les internautes, se transformant en peu de temps en sujet tendance (Trending Topics). La pétition contre l'amendement sur le site change.org a déjà dépassé les 4000 signatures au moment de la rédaction de cet article.

La loi de 2007, actuellement en vigueur, garantissait aux parcs nationaux une protection maximale. En effet, la loi actuelle prévoit l'interdiction de la pêche sportive et de la pêche de loisir, la chasse sportive et commerciale, l'exploitation à des fins commerciales, les projets hydroélectriques, la construction de routes, les réseaux électriques et toute autre infrastructure, l'exploitation des ressources minières et agricoles ainsi que le survol aérien à moins de 3.000 m d'altitude. Lors de son entrée en vigueur en 2007, la loi a accordé un moratoire de 10 ans – jusqu'en 2017 – pour que ces espaces deviennent conforme à la législation et pour que cessent les activités prohibées. L’ amendement 278 présenté par le PP pourrait prolonger indéfiniment cette durée tout en attribuant, en plus, un pouvoir de décision aux particuliers possédant des propriétés ou ayant des intérêts dans certaines de ces zones.

Le journal en ligne elEconomista.es a recueilli l'évaluation de l'amendement réalisée par Theo Oberhuber, coordinateur national d’Écologistes en action :

(…) les interdictions demeurent inappliquées soit jusqu'à ce que des accords soient conclus sur une base volontaire soit jusqu'à ce que l'administration indemnise les particuliers pour l'application de la réglementation. Étant donné que le particulier n'est pas intéressé à conclure un accord sur une base volontaire et que l'administration peut rétorquer qu'elle n'a pas les fonds pour l'indemniser, toutes les activités interdites, qui subsistent au cœur des parcs nationaux, resteront autorisées « sine die ».

Lince ibérico. Foto de la web Natura Hoy, con licencia CC BY 3.0.

Le lynx ibérique, le félin le plus menacé au monde, victime occasionnelle d'accidents de chasse. Photo du site web Natura Hoy, sous licence CC BY 3.0.

Les organisations écologistes ont sévèrement critiqué ce qu'ils qualifient de tentative de «voler à toute la société son patrimoine naturel au profit d'une minorité»:

L'amendement 278 propose tout simplement la non-entrée en vigueur du régime juridique de protection d'un parc national tant que le propriétaire terrien ne donne pas son accord. (…)

D'autre part, l'amendement protège les droits réels qui pourraient exister dans le futur sans aucune limitation. Si demain on trouve du pétrole à Doñana, on pourra l'exploiter ; et si après demain une municipalité requalifie les Pics d'Europe, l'urbanisation pourra s'y déployer. (…). Désormais, il n'existe plus aucun lieu sur le territoire national où le patrimoine naturel est protégé de manière maximale. 

Antonio Sanz, député au sein du PP, a déjà donné, il y a quelques jours, quelques indications sur les intentions du gouvernement, sur le site web de son parti

[Le gouvernement] a initié une politique environnementale avec un objectif très clair, aller vers un partenariat effectif entre la protection de l'environnement et la croissance entendue comme un élément également fondamental de la reprise économique et comme moyen de parvenir à un modèle de développement soutenu et durable.

Pour sa part, le secrétaire à l'Agriculture du PP, Luisa Soriano, a défendu la manoeuvre de son parti en déclarant que «les amendements du PP n'introduisent aucune nouveauté en ce qui concerne les activités réalisées jusqu'alors, mais il abroge la perte des droits que le PSOE avait établi à compter de 2017, sans pour autant prévoir de mécanismes correctifs effectifs en faveur des particuliers et des municipalités».

Cependant, les organisations écologistes ont une vision très différente des choses, comme l'indiquent clairement les propos de Theo Oberhuber, coordinateur d’Écologistes en action dans le journal elEconomista.es :

Le PP a un problème à Cabañeros parce les propriétaires de plusieurs terrains sur ce parc sont des amis, à l'instar des entrepreneurs Alberto Alcocer ou Alejandro Aznar (…). Par conséquent, il y a une intention politique d'autoriser la chasse dans ces zones et puisqu'il n'y a rien dans la loi à la mesure de Cabañeros, ils l'ont détruite et autorisent toutes les formes d'exploitation dans tous les parcs.

Parque nacional de Timanfaya. Foto de Tiemen-S en DevianART, con licencia (CC BY-NC-ND 3.0

Paysage volcanique du parc national de Timanfaya, sur l'île de Lanzarote aux Canaries. Photo de Tiemen-S sur DevianART, avec licence (CC BY-NC-ND 3.0

Cette opinion était également partagée de manière générale parmi les nombreux internautes qui participèrent à la campagne #DefiendoMisParques. Les twittonautes ont accusé ouvertement le gouvernement de spolier le pays sans se soucier de l'intérêt commun et ils n'ont épargné aucun qualificatif :

Il est ironique d'avoir un gouvernement composé de vautours et de vermine qui ne se soucie pas des parcs naturels

Comment est-il possible que nous ayons un gouvernement qui au lieu de nous défendre nous attaque toujours.

Il ne semble pas que les arbres fassent partie de ce cette conception de la patrie, du pays ou de la nation, dont ils se réclament tant.

Les parcs sont INTOUCHABLES, ils constituent notre patrimoine et celui des générations futures.Vous ne nous avez pas déjà assez spoliés ?

#Défendremesparcs avec des lynx, des renards et des loups, des faucons, des vautours et des grues, des reptiles, des amphibiens et des insectes, avec de la biodiversité mais sans chasseurs

Et comme beaucoup d'autres internautes,  comme le montre l'utilisateur indigné MacBride sur l'agrégateur de nouvelles Menéame:

Ils sont en train de mettre l'Espagne en vente. Ils sont patriotes mais vendent pourtant notre territoire, ses richesses, sa culture et des ressources au plus offrant, qui se trouve normalement être un ami ou un membre de leur famille. Nous devons récupérer notre pays des mains de ces usurpateurs et escrocs. 

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